Le week-end parfait d’un rugby tchèque (enfin) en plein progrès
Pour la très grande majorité des amateurs de sport en Tchéquie, une victoire de leur équipe nationale contre la Suède n’a bien évidemment pas la même saveur selon qu’il s’agit de rugby ou de hockey sur glace. Samedi dernier, à Prague, c’est pourtant une performance de choix qu’a réalisée la « česká ragbyová Reprezentace » en battant nettement la Suède (48-24), qui était leader de l’Europe Trophy 2025-2026, une compétition considérée comme la 3e division européenne - après le traditionnel Tournoi des Six Nations et le Championship (que disputent des pays comme la Géorgie, la Roumanie ou l’Espagne). Au terme d’un match riche notamment de sept essais tchèques, le talonneur Vojtěch Vomáčka, seul joueur de la sélection tchèque à évoluer en France, dans le club de Saint-Marcellin, a confié son bonheur au micro de RPI :
« Franchement, c’est d’abord incroyable ce que nous avons réalisé aujourd’hui. Pour moi, et je pense que je peux parler au nom aussi de tous mes coéquipiers, c’est une victoire historique, car cela faisait longtemps que nous n’avions plus réussi à battre la Suède (depuis 2016). Là, avec les jeunes qui ont amené du sang neuf dans l’équipe, les anciens qui, eux, ont pris un peu d’expérience, c’est un bon mix. Avant le match de la semaine prochaine, ce que nous avons réussi aujourd’hui est vraiment très important. Je pense que ce succès va nous lancer et nous permettre de voir encore plus loin. »
Ce samedi, c’est en effet un déplacement en Pologne, leader de la compétition, qui vous attend. Puisque l’on sait déjà que ce sera très difficile pour vous de monter en Championship, que représente ce match à vos yeux ?
« Nous étions tous très déçus après le match perdu ici à Prague contre la Pologne il y a un an. Cela ne s’était joué qu’à quelques points et, à mon avis, nous aurions alors mérité de gagner. Nous allons donc là-bas avec l’envie de confirmer et ramener une victoire, même si les Polonais seront chez eux. »
Peut-on dire que c’est là le meilleur match de l’équipe de Tchéquie de ces dernières années ? Au-delà du nombre d’essais, vous avez joué l’essentiel de la deuxième mi-temps en infériorité numérique et l’on exagère à peine en disant que votre défense a été héroïque.
« Oui, j’ai presque envie d’en rire. Nous connaissons ce type de match, moi le premier, j’avais reçu un carton rouge pour une bêtise l’année dernière. Mais cela nous pousse à nous serrer les coudes. C’est bête à dire, mais ces cartons font que nous sommes plus solidaires encore. Et cela nous donne encore plus de gaz pour continuer à avancer, pour montrer que nous méritons de monter à terme dans la division supérieure (en Championship). »
Concrètement, et au-delà une fois encore du résultat, quels sont aujourd’hui les principaux motifs de satisfaction? Sur quels éléments avez-vous bâti ce succès avec 24 points d’écart sur cette équipe de Suède habituellement très solide ?
« Nous avons beaucoup compté sur nos trois-quarts et je pense que cela s’est vu puisque ce sont eux qui ont inscrit tous nos essais... La stratégie pour ce match était d’abord que les grands et les avants resserrent la défense, pour ensuite pouvoir envoyer du jeu vers nos arrières et laisser faire la magie. C’est ce que nous avons réussi à bien faire. On sait que nous avons des joueurs qui savent créer et prendre les espaces et qui sont très bons dans les duels. C’est là un des nos points forts. »
Avant le match, il se disait que le paquet d’avants de la Tchéquie était un peu léger. Finalement, notamment en mêlée, mais aussi plus généralement dans le combat de manière générale, vous avez répondu présents...
« Merci ! J’ai entendu dire ça aussi. Ça m’a fait un peu sourire parce que c’est vrai. Au niveau du poids, nous sommes bien plus légers que les packs d’autres équipes. Mais pour la conquête, nous avons certes quelques soucis, mais nous savons compenser avec notre caractère. Au moins, ne pas reculer et ne pas se laisser faire. Je pense même pouvoir affirmer que permets de dire que nous sommes généralement plus forts, comme on l’a vu aujourd’hui. »
Cette équipe de Tchéquie évolue avec un demi d’ouverture d’origine sud-africaine, Tristan Horak (premier joueur étranger élu joueur de l’année en Tchéquie en 2022). Que vous apporte-t-il dans la conduite du jeu ?
« Il est notre meneur du jeu. C’est lui qui a pris le ballon et trouvé les espaces dans la défense adverse, et c’est à nous de le suivre et de continuer à faire avancer le jeu. C’est lui le playmaker, il est celui qui crée les situations. Tristant est indénibalement l’homme du match aujourd’hui. Il a abattu un gros boulot et le reste de l’équipe a achevé son travail en quelque sorte. Au bout du compte, je pense que nous pouvons être fiers de tout le monde. »
Juste avant vous ce samedi, l’équipe des moins de 18 ans a battu le Portugal (29-26) et s’est qualifiée pour les demi-finales du championnat d’Europe. C’est là aussi une grosse performance, peut-donc parler de journée parfaite pour le rugby tchèque (dimanche, les U20 ont, eux, dominé la Roumanie 31-18 et participeront eux aussi aux demi-finales) ? Même si personnellement vous évoluez en France et ne pouvez donc pas disputer tous les matchs de l’équipe nationale, dans quelle mesure ressentez-vous cette progression ? Rappelons ici que l’objectif déclaré du rugby tchèque est désormais de se qualifier pour la Coupe du Monde qui se tiendra en 2031...
« Je dois avouer que j’ai été surpris quand j’ai vu ce que ces jeunes sont capables de faire pour la première fois au Portugal. Pour moi aussi, c’est une source de motivation, car j’ai envie de montrer que même à 25 ans, je ne suis pas encore trop vieux et que je ne suis pas prêt à ce qu’un petit jeune de 19 ans me pique ma place. J’ai hâte de voir jusqu’où cette progression nous ménera. Notre premier objectif est de monter en Championship et je pense que c’est faisable. Mais franchement, je crois aussi de tout cœur et de toutes mes forces que nous qualifier pour la Coupe du monde 2031 est possible ! »
Bon, avant de penser au déplacement en Pologne dans quelques jours, on suppose que la fin de soirée (de samedi dernier) va être joyeuse après cette belle victoire contre la Suède, non ?
« Me concernant, je vais d’abord saluer ma famille et appeler ma copine. Mais après, oui, aller boire un petit coup fait partie de la culture tchèque. Mais je pense que cette troisième mi-temps est méritée ! »







