Le zoo de Prague, un site touristique mais aussi un centre de sauvegarde de la biodiversité
Dans le quartier excentré de Troja, à Prague, sur quelque 60 hectares de surface, s’étend le zoo de Prague qui, avec le Château, est le site le plus visité de Tchéquie, que ce soit par des touristes locaux ou étrangers. Créé en 1931, il est aujourd’hui à la pointe des jardins zoologiques mondiaux en termes de programmes de sauvegarde et de protection de la biodiversité.
Depuis quelques années, la question du bien-être animal est devenue un sujet brûlant que ce soit en termes d’habitudes de consommation ou de divertissement. Les cirques traditionnels font l’objet de critiques sévères : des pétitions circulent régulièrement pour protester contre l’élevage d’animaux dans les cirques.
L’exploitation à des fins commerciales des animaux dans les zoos est également montrée du doigt par les défenseurs de la nature, mais les établissements se défendent, mettant en avant leurs projets destinés à protéger la faune et les espèces menacées, tout en mettant en œuvre des programmes pour éduquer le grand public à leur préservation.
Pourtant, cette combinaison fructueuse entre attraction touristique et vision programmatique avec des projets de sauvegarde ne va pas toujours de soi, comme le concède Antonín Vaidl, conservateur au département d’ornithologie :
« Dans le cas du zoo de Prague, je pense que c’est clairement lié à notre directeur qui soutient ces projets. Mais la réintroduction des oiseaux ou aider les animaux dans leur milieu naturel est l’un des principaux objectifs des zoos, donc pas seulement l’élevage ou la reproduction en captivité. C’est aussi important d’établir des liens avec d’autres institutions, même si parfois ce sont des mondes et des manières de procéder très différentes de nôtres. Un bon exemple, ce sont les vautours d’Egypte. Lorsque nous avons commencé à nous occuper d’eux, nous sommes entrés en contact avec l’association Green Balkans qui avait une certaine expérience avec l’élevage en captivité. Ensuite nous avons aussi commencé à travailler avec BirdLife en Bulgarie, mais ils avaient un niveau de connaissance des oiseaux un peu différent car il est beaucoup plus difficile d’obtenir des informations sur les oiseaux sauvages. L’élevage en captivité permet de travailler avec les oiseaux tous les jours : nous pouvons les manipuler, les peser, prendre des mesures et donc avoir beaucoup d’informations. C’est aussi un aspect qui me semble important. Donc finalement, le zoo de Prague est une sorte de pont entre les projets d’élevage en captivité et de réintroduction. Et ce ne serait pas possible sans le soutien du directeur, bien sûr. »
Le directeur du zoo, Miroslav Bobek, est un ancien de la Radio tchèque : après des études de zoologie à la Faculté des Sciences naturelles à Prague, il y a travaillé plus d’une dizaine d’années comme journaliste. Il s’était fait tout particulièrement connaître en tant qu’initiateur du projet de « reality show » alternatif Odhalení, un projet multimédia de la Radio tchèque en coopération avec le zoo de Prague qui imitait les émissions de téléréalité diffusées à l’époque sur le modèle de Big Brother ou de Loft Story.
Grâce à des caméras invisibles, le grand public avait ainsi la possibilité d’observer en direct, 24h/24 la vie d’un groupe de gorilles : repas, repos, moments de sociabilité ou encore naissances, cette plongée dans la vie quotidienne des grands primates visait à confronter leur comportement à celui des humains tout en contribuant à promouvoir leur conservation. Très apprécié du public, le projet avait également été salué par la critique et avait fait l’objet de plusieurs récompenses.
Finalement, Miroslav Bobek a rejoint le zoo en tant que directeur et n’a cessé depuis 2010 de contribuer davantage à sa popularité. Mais pour lui, les activités du zoo ne s’arrêtent pas aux enclos et aux frontières du site. Si l’on parle de conservation des grands singes par exemple, l’idée est également de sensibiliser les populations locales des pays d’où ils sont originaires, comme par exemple avec ce projet de Bus itinérant au Cameroun :
« Le projet du Bus itinérant a pour objectif d’éduquer et de sensibiliser la population locale, en particulier les enfants. L’idée est de montrer aux enfants ce que sont les gorilles. Les enfants vivent à proximité de ces animaux mais ils ne les connaissent pas autrement que comme de la viande dans leur assiette. La plupart du temps, ils ne les ont jamais vus vivants. Il s’agit donc de leur montrer ces gorilles comme des créatures vivantes fascinantes. Le bus itinérant les emmène donc voir ces gorilles au centre de secours de Mefa. Mais bien sûr, il n’y a pas que cela, il y a aussi beaucoup d’autres activités éducatives, même si le voyage pour voir les gorilles est un grand moment pour eux. »
Eveiller la sensibilité des plus jeunes à la faune et à la nature qui les entoure, Antonín Vaidl, en sait quelque chose, lui pour qui l’ornithologie, l’élevage et la protection des oiseaux est une passion depuis l’enfance :
« Cette année, c’est un peu mon anniversaire au zoo, cela fait déjà 30 ans que je travaille ici. J’ai commencé à travailler comme gardien d’oiseaux et préposé aux couveuses. En 2002, j'ai commencé à travailler en tant qu’assistant du conservateur et en 2008, je suis moi-même devenu conservateur des oiseaux. Je suis donc responsable de toutes les collections d’oiseaux, qui comprennent près de 300 espèces. C'est l’une des plus grandes collections d’oiseaux en Europe. Nos résultats en termes d’élevage sont également parmi les meilleurs, car nous élevons environ cent espèces d’oiseaux chaque année. Je suis donc responsable de l’élevage, de la collection de trente espèces d’oiseaux, soit près de 2 000 individus. Je suis également responsable d’une équipe de 24 gardiens et gardiens en chef. »
En 2019, un pavillon abritant des perroquets des hautes et basses terres, des semi-déserts et des forêts tropicales a ouvert ses portes au zoo de Prague. Les huit expositions individuelles du pavillon, dont deux expositions itinérantes, présentent les oiseaux dans des habitats naturels reconstitués.
Un sentier y est dominé par trois volières spacieuses, dans lesquelles les visiteurs peuvent entrer pourprofiter d’un espace partagé avec les oiseaux. Parmi les autres zones dédiées à l’ornithologie, la zone humide des oiseaux où le visiteur peut admirer d’élégantes grues et de majestueux becs-en-sabot du Nil. Des ibis rouges et des vanneaux huppés y ont également élu domicile.
Eleveur privé également, Antonin Vaidl a pour sa part toujours quelques oiseaux chez lui, comme des petits passereaux, quelques oiseaux de proie, mais aussi des perroquets et des hiboux, son nouveau centre d’intérêt depuis quelques années. Entre les voyages à l’étranger, les soins à apporter aux oiseaux, leur élevage en captivité, sa journée de travail au sein du jardin zoologique est rarement la même. Pour Antonín Vaidl, pas de crainte de la routine ou d’ennui :
« En réalité, il y a toujours ce que j’aimerais faire et ce que je fais réellement. De nos jours, tout est beaucoup plus facile parce que nous avons un groupe WhatsApp avec les différents gardiens des différentes sections. Je reçois donc les informations immédiatement si nous avons besoin de ramasser des œufs ou d'aider quand il y a des oiseaux blessés. Je visite donc toutes les sections ornithologiques, mais je reçois aussi des informations de la section ornithologique. Je commence à sept heures du matin. Je suis également responsable de la reproduction, c’est-à-dire de l’installation des nichoirs ou des plates-formes de nidification. Je suis également responsable du transfert d’oiseaux, donc la communication avec d’autres zoos dans différents pays du monde est donc importante. En réalité, le matin, j’ai toujours des choses prévues pour la journée, mais comme nous travaillons avec des animaux vivants, il arrive que mes plans soient bouleversés. Ma journée est donc très, très variée. »
Vallée des éléphants, exposition d’animaux originaires du désert de Gobi, pavillon des gorilles, volières, animaux de l’Arctique, jungle indonésienne, île des singes, terrarium de serpents : difficile de résumer tout ce qu’il est possible de voir au zoo de Prague, raison pour laquelle aussi le jardin propose des abonnements annuels afin de pouvoir revenir plusieurs fois dans l’année, sans être obligé de faire les dizaines d’hectares au pas de course.
Plusieurs programmes de conservation de premier plan sont en cours depuis plusieurs années déjà : l’un de ces projets phare est celui qui concerne les chevaux de Przewalski, ces petits équidés robustes qui évoquent par leur silhouette les représentations des grottes pariétales de la préhistoire.
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Et pour cause : ceux qu’on a longtemps pris pour les derniers chevaux sauvages sur Terre ne sont certes plus considérés comme tels depuis une étude de Science de 2018, mais le fait qu’ils soient en réalité les plus proches descendants des premiers chevaux domestiqués voilà 5 500 ans, retournés à l’état de nature, n’ôte rien à leur rareté – et à la nécessité de les protéger et préserver.
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Depuis les années 1930, le zoo de Prague est un pionnier dans la sauvegarde de ce cheval, dans son élevage et dans sa réintégration dans son environnement naturel avec un vaste programme de réintroduction de l’espèce dans les steppes mongoles et désormais également kazakhs. C’est donc sans surprise que ce beau cheval est devenu une sorte d’emblème pour le zoo qui collabore avec d’autres institutions pour leur réintroduction en Asie centrale.
Impossible évidemment de citer tous les programmes et toutes les raretés conservées au zoo de Prague, mais outre le cheval de Przewalski, on retiendra également un petit animal qui a beaucoup fait parler de lui, lors de la crise du Covid-19 puisqu’on lui avait attribué – probablement à tort – un rôle dans la diffusion mondiale du virus. Fruit d’un accord de partenariat entre le zoo de Taipei et celui de Prague, ainsi qu’entre les deux villes, l’arrivée d’un couple de pangolins en 2022 avait suscité l’engouement du public, a fortiori après la naissance d’un bébé pangolin à courte queue un an plus tard. Miroslav Bobek :
« Les pangolins vivent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud et, dans ces deux régions, ils sont très menacés. Ils y sont chassés pour leur viande mais, en plus, les Chinois utilisent leurs écailles dans la médecine traditionnelle chinoise. Donc la pression pour acquérir ces écailles est énorme. La situation est devenue très grave en Asie du Sud. En Afrique subsaharienne, la tendance est également très négative. Cela faisait longtemps que je souhaitais accueillir des pangolins au zoo de Prague, mais c’est très difficile d’en obtenir et de les élever. Nous avons donc finalement réussi à obtenir des pangolins asiatiques, dont une des espèces est originaire de Taïwan. Nous sommes l’un des deux seuls zoos européens à en élever, c’est donc très rare. Nous y sommes parvenus avec un couple qui a donné naissance à deux petits, les tout premiers à naître en Europe. »
Quand on visite un zoo, il peut arriver de repartir déçu de ne pas avoir vu tel ou tel animal, caché au moment où l’on passe parce qu’en train de se reposer plus loin, ou tout simplement dans son coin : ainsi, le zoo de Prague organise régulièrement des séances de repas publics où les gardiens les nourrissent. Les mercredis « pastèque » sont en général très appréciés par les tortues géantes et les lions de mer d’Afrique du Sud, mais aussi par les visiteurs, petit et grands, qui ont la possibilité de voir les animaux en activité.
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