Les ambassades tchèques des années 1960-70, joyaux de l’architecture brutaliste
L’historien Adam Štěch s’intéresse depuis une vingtaine d’années à l’architecture brutaliste et moderniste dans le monde. L’un de ses projets concerne les bâtiments des ambassades tchèques construites dans ces styles architecturaux très populaires dans l’ancienne Tchécoslovaquie dès les années 1960. Jusqu’au 13 juillet, une exposition à ciel ouvert présente, sur le quai Rašínovo nábřeží, à Prague, ces édifices remarquables que l’on trouve à Berlin, Washington, Tokyo, Pékin ou encore au Caire.
« Les anciennes ambassades tchécoslovaques des années 1960-70 sont un exemple fascinant de l’architecture tchèque de l’époque », estime Adam Štěch. « Elles ont été conçues par de grandes équipes composées d’architectes, d’ingénieurs, d’artistes et de designers. Ce qui est tout aussi précieux, c’est ce qui se trouvait et ce que l’on retrouve parfois encore à l’intérieur des bâtiments : des meubles, des lustres, des œuvres d’art, mais aussi par exemple des planchers, des tapis, des portes et des balustrades. »
L’exposition pragoise fait partie d’un projet plus large qui entend promouvoir l’héritage culturel de la diplomatie tchèque. Celui-ci a été initié par l’ambassade tchèque à New Delhi qui représente, elle-même, un exemple parfait de l’architecture moderniste. Adam Štěch décrit ce bâtiment construit, il y a un peu plus de 50 ans, par le célèbre architecte Karel Filsak :
« Ce bâtiment reflète clairement les tendances mondiales et occidentales de l’architecture moderne de l’époque. Pour sa construction, on a utilisé du béton brut, sous influence de Le Corbusier et du brutalisme britannique. Ce qui est particulier, c’est que l’ambassade tchèque de New Delhi est très grande, elle ressemble presque à une petite ville. Le complexe est composé de plusieurs bâtiments qui sont reliés entre eux pour former un village diplomatique. Il y a différentes sections avec des objectifs différents, comme une aile représentative ou une aile administrative, et même une section culturelle et une zone résidentielle. Il s’agissait d’un projet très ambitieux pour l’époque, auquel ont collaboré d’excellents artistes, comme le designer Zbyněk Hřivnáč, les artistes verriers Stanislav Libenský et Jaroslava Brychtová ou encore le peintre et sculpteur Stanislav Kolíbal », explique Adam Štěch.
« La première ambassade tchécoslovaque moderne a été construite à la fin des années 1950 à Pékin », rappelle-t-il.
« Comme on le sait bien, les années 1950 ont été une période difficile pour les artistes tchèques, compte tenu du contexte politique : c’est le réalisme socialiste qui leur a été imposé. Les architectes étaient contraints de concevoir des bâtiments dans ce style inspiré de l’art soviétique. Mais à la fin des années 1950, le climat politique s’est détendu et l’architecture moderniste est réapparue. Les bâtiments des ambassades tchécoslovaques incarnent cette évolution vers la liberté de création », explique encore l’historien.
Il ajoute que d’autres sièges des représentations diplomatiques tchèques l’ont impressionné lors de ses voyages à travers le monde : « Nous avons une magnifique ambassade Art déco à Belgrade, conçue dans les années 1920 par l’architecte Alois Mezera. Enfin, j’aime beaucoup le bâtiment de l’ambassade tchèque à Tbilissi, construit dans les années 1990 par Jan Bočan. Depuis, aucun nouveau bâtiment qui se distinguerait par son architecture n’a été réalisé, à mon avis », constate Adam Štěch, avant de conclure :
« Il faut repenser l’utilisation de ces immenses bâtiments des années 1960-70. Alors qu’à l’époque, les corps diplomatiques comptaient des centaines de personnes, aujourd’hui, ils ont été réduits au minimum. Il faut réfléchir à la manière dont ces vastes locaux pourraient être exploités ».












