Les artistes tchèques légionnaires dans la Grande Guerre : sujet d’échanges pour lycéens français et tchèques

František Kupka

Comment intéresser des étudiants français à certains chapitres de l’histoire tchèque qui appartiennent aussi à l’histoire européenne ? C’est la question à laquelle s’efforce de répondre Zuzana Loubet del Bayle. Professeur d’histoire-géographie jusqu’à la fin de l’année scolaire écoulée au lycée Paul Langevin à Suresnes, dans la région parisienne, Zuzana Loubet del Bayle a travaillé avec ses élèves sur un projet dit eTwinning consacré à l’engagement des artistes tchécoslovaques dans la Légion étrangère durant la Première Guerre mondiale. Ce projet, marqué également par des voyages d’échange, a été mené à bien en coopération avec le gymnázium Matyáš Lerch à Brno, comme l’a expliqué à Radio Prague Zuzana Loubet del Bayle :

František Kupka
« Nous cherchions tout d’abord un sujet qui puisse concerner les deux pays, la France et la République tchèque, et un sujet historique, car je suis professeure d’histoire-géographie. Nous nous sommes donc dit que monter un sujet sur les légionnaires tchèques serait une bonne idée. Nous nous sommes intéressés surtout aux artistes, à des peintres et sculpteurs comme Otto Gutfreund, František Kupka ou Emil Filla, autant d’artistes tchèques qui ont passé une partie de leur vie à Paris et ont décidé, pendant la Première Guerre mondiale, de se battre aux côtés de la France. »

« Dans le cadre de notre projet, nous étudions donc l’œuvre de ces artistes, leur manière de représenter et de vivre la guerre, ce qui fait que notre projet s’intéresse à la fois à l’histoire en tant que telle et à l’histoire de l’art. »

Le gymnázium Matyáš Lerch à Brno, foto : Google Street View
-Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce qu’est un projet eTwinning ?

« D’abord, eTwinning est une plateforme européenne, ce qui veut dire qu’elle est financée par l’Union européenne. Cette année, en 2015, eTwinning fête son dixième anniversaire. Il est donc normal que tout le monde ne connaisse pas encore. C’est une plateforme qui permet aux différents pays européens de coopérer et de monter différents projets ensemble. Par exemple, pour vous donner un exemple concret, à l’issue de l’échange que les élèves ont vécu l’année écoulée entre notre lycée Paul Langevin à Suresnes et le gymnázium Matyáš Lerch à Brno, nous avons créé un forum de discussion auquel ont pu participer les étudiants tchèques comme français pour donner leurs impressions sur cet échange. Ou alors, autre exemple, nous pouvons produire ensemble un commentaire de document en histoire et le résultat de ce travail en commun peut être affiché sur la plateforme eTwinning pour le rendre accessible à tous ceux que ce type de projet est susceptible d’intéresser. »

-Vous êtes tchèque et enseignez en France. Est-il difficile d’intéresser vos élèves français à un sujet tchèque qui peut leur sembler très éloigné ?

« C’est difficile au départ, car la plupart d’entre eux ne connaissent pas, ou très peu, l’histoire tchèque. J’ai une classe française et un programme français dans lequel je peux, ici ou là, inclure ou mentionner quelques événements de l’histoire tchèque, mais cela ne se produit pas souvent car, généralement, les programmes ne s’y prêtent pas bien. C’est pourquoi ce n’est pas toujours évident de les intéresser. Comme ils n’ont pratiquement pas de connaissances, il faut partir de zéro, tout leur expliquer et essayer de leur montrer que cela peut être intéressant. »

« Comme la République tchèque est un pays qui est loin pour eux, ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce que nous pouvons leur raconter. C’est pourquoi il faut leur expliquer que ce sont des événements importants pour l’histoire européenne, y compris française donc aussi, et essayer de trouver une passerelle pour leur montrer l’intérêt de ce que nous leur proposons d’étudier. »

Pour plus de renseignements sur le sujet, cf. : http://www.etwinning.net/en/pub/profile.cfm?f=2&l=en&n=105176