Les députés baissent la TVA sur la presse pour doper ses ventes

Photo: Archives de Radio Prague

Et si pour faire face aux difficultés de la presse tchèque, il suffisait d’en réduire le prix de vente en abaissant le taux de TVA ? C’est le pari des députés qui ont validé mardi la proposition de loi élaborée par leurs collègues communistes afin que le taux super-réduit de 10% s’applique à la presse. Ils ont ainsi outrepassé le veto présidentiel et l’avis du gouvernement, lequel y voit surtout un manque à gagner pour les caisses de l’Etat.

Photo: Archives de Radio Prague
Avec la diversification des moyens d’accéder à l’information, les titres de presse sont dans la tempête depuis maintenant bien des années. La baisse du taux de TVA appliqué aux journaux et aux magazines, de 15% à 10%, est donc censée leur donner un nouveau bol d’air. C’est ce que semblent penser les parlementaires. En décembre, ils avaient déjà donné leur aval à la proposition de loi. Les députés viennent de le faire une nouvelle fois pour renverser le veto opposé par le chef de l’Etat Miloš Zeman. A l’instar du gouvernement de Bohuslav Sobotka, qui conseillait de s’opposer à une mesure aux résultats jugés pour le moins incertains, le président ne voyait rien de bon là-dedans et son porte-parole Jiří Ovčáček avait expliqué pourquoi :

« Le président a aujourd’hui mis son veto à la loi sur la baisse de la TVA sur les journaux et les magazines. Il s’associe à la position du gouvernement et ne voit aucune raison d’accorder quelque avantage fiscal que ce soit à ce bien, sinon de céder aux pressions liées au lobbying des éditeurs de ces titres. »

Le ministre des Finances, Andrej Babiš, par ailleurs propriétaire de plusieurs journaux parmi les plus vendus du pays à travers le groupe de presse Mafra, n’était lui-même pas favorable à un projet qui risque de représenter un manque à gagner pour le budget de l’Etat.

Jiří Dolejš, photo: Filip Jandourek, ČRo
Les députés ont fait fi de leurs avis et 133 d’entre eux, issus de presque tous les partis politiques représentés à la Chambre basse du Parlement, ont voté pour l’adoption définitive de la proposition de loi. Ils ont ainsi été sensibles aux arguments des parlementaires communistes qui en sont à l’origine, tels que Jiří Dolejš :

« Ce sont surtout les titres à faible tirage qui rencontrent le plus de difficultés. Je voudrais rappeler que, de façon générale, les tirages sur le marché durant ces dix dernières années ont connu une baisse de plus de 55%. »

Journaux et magazines baisseront-ils leurs prix pour doper leurs ventes ou bien profiteront-ils de la mesure pour bénéficier de marges plus importantes ? Difficile à dire pour l’heure. D’autant plus que le succès d’un titre de la presse nationale n’est sans doute pas seulement fonction des tarifs pratiqués. Sur Radio Prague, l’historien des médias Jan Cebe regrettait par exemple le manque de pluralité de la presse tchèque :

Jan Cebe / Site officiel de la Faculté des sciences sociales de l'Université Charles
« Un nouveau quotidien aurait du mal à s’imposer sur le petit marché tchèque notamment parce qu’après novembre 1989, la société tchèque a en quelque sorte demandé aux médias de faire preuve ‘d’objectivité’, de ‘neutralité’ et ‘d’impartialité’. Mais si les médias tentent de se conformer à un tel modèle, ils ne fournissent jamais d’idées radicalement différentes ou des débats véritablement riches. Cette tendance de l’après 1989 est quelque chose de nouveau, qui est historiquement étranger à la tradition des médias tchèques. »

L’échec de la version tchèque du magazine américain Newsweek, qui a mis la clef sous le tapis au mois de décembre après un an de parutions, illustre bien la difficulté pour un nouveau périodique de s’imposer sur le marché tchèque. Mais peut-être que la baisse de la TVA y changera quelque chose…