Les députés voteront pour augmenter leur propre salaire et celui des juges

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En cette période où la priorité semble être donnée à la rigueur budgétaire, où faire des économies est le maître mot de tout un chacun, l’augmentation des salaires des législateurs et des juges, que pourraient prochainement voter les députés, risque de ne pas passer inaperçue. Selon le gouvernement, qui a donc décidé jeudi dernier de soumettre cette mesure à la Chambre des représentants, il s’agirait de se conformer à un arrêt de la Cour constitutionnelle, abrogeant une loi qui réduisait le salaire des juges et un amendement qui gelait celui des hommes politiques jusqu’en 2014. Un argument fallacieux pour l’opposition et démentie par la Cour constitutionnelle elle-même…

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Le projet d’augmentation des salaires des juges, des ministres, des députés et des procureurs a été proposé par le ministère du Travail et des Affaires sociales et le gouvernement a décidé de le soumettre au vote des députés. Selon Petr Nečas (ODS), le Premier ministre, il s’agit d’une décision logique suite à l’arrêt pris par la Cour constitutionnelle qui abroge une loi réduisant le salaire des juges et un amendement gelant celui des politiciens jusqu’en 2014. En période de vache maigre, alors que le gouvernement invite tout le monde à se serrer la ceinture, il n’aurait donc simplement pas eu le choix :

Petr Nečas, photo: CTK
« C’est une démarche obligée après la décision de la Cour constitutionnelle. Le gouvernement n’a jamais songé à revenir sur cette question des salaires avant 2014 et il garde le sentiment que les juges aussi devraient être soumis au même régime que tous les citoyens de ce pays. Cela signifie que quand l’Etat réalise des économies, cette catégorie professionnelle est également concernée. »

Selon lui, le gouvernement a économisé près de huit milliards de couronnes en réduisant la masse salariale. Il estime cependant qu’il est normal de respecter la décision de la Cour garante du respect de la constitution. Pourtant, il semble que personne n’ait forcé la main du gouvernement. Ainsi, Pavel Rychetský, le président de la Cour constitutionnelle a tenu à rappeler que la décision de son institution ne concernait que les juges :

Pavel Rychetský
« La Cour constitutionnel a seulement défini les contours du salaire de base dans le cas des juges, et en aucune manière, celui des autres hauts fonctionnaires. »

Refuser de baisser le salaire des juges ne signifie donc pas en préconiser l’augmentation. L’opposition et les syndicats n’ont pas tardé à exprimer leurs critiques. « Pas sérieux » pour les uns, « injuste » pour d’autres, ce projet dénoterait « l’absence de bon sens » du gouvernement. Lubomír Zaorálek, le vice-président du parti social-démocrate a annoncé que celui-ci y était opposé :

Lubomír Zaorálek
« Nous ne soutenons pas la position du gouvernement, qui aurait dû assumer ses choix, mais comme je l’ai constaté, il n’assume pas sa pensée et a renvoyé la balle aux députés. Je peux dire personnellement, que j’exprimerai auprès de mon groupe parlementaire l’idée que ce n’est certainement pas le moment d’augmenter les salaires des hauts fonctionnaires. »

Les députés actuellement en vacances se pencheront sur cette hausse de leurs salaires au mois de septembre. Ceux-ci sont actuellement calculés sur la base d’un coefficient lié au salaire minimum dans la fonction publique. Les parlementaires devront plancher sur cinq scénarios de hausse de ce coefficient. Selon un récent sondage réalisé par le centre pour l’étude de l’opinion publique, les fonctions de député et de sénateur seraient parmi les moins considérées par les Tchèques. Il y a fort à parier que cette réputation ne s’améliorerait guère si les parlementaires s’augmentaient entre eux, alors même que les deux Chambres n’en finissent pas de voter des mesures d’austérité pour les autres.