Les étudiants tchèques proposent le sauveur d'enfants juifs Nicholas Winton au prix Nobel de la paix

Nicholas Winton, photo: CTK

Un invité spécial du Forum 2000, sir Nicholas Winton, qui avait sauvé, à la fin des années 30 du XXe siècle, 669 enfants juifs tchèques des camps de la mort nazis. L'occasion pour lui d'en rencontrer quelques-uns, ce mardi, à Prague.

Nicholas Winton, photo: CTK
Entre le 14 mars et le 2 août 1939, Nicholas Winton, un banquier britannique de 29 ans, a organisé l'évacuation de 669 enfants juifs en Grande-Bretagne, les sauvant de la déportation dans les camps de la mort. Nicholas Winton s'est rendu pour la première fois à Prague à la fin de 1938 pour aider le comité britannique pour les réfugiés qui organisait l'évacuation de politiciens, artistes et intellectuels. Le 14 mars 1939, un jour avant l'occupation du Protectorat de Bohême-Moravie par les troupes de Hitler, Nicholas Winton a soumis aux autorités britanniques une première liste comprenant 20 noms d'enfants pour lesquels il avait trouvé un refuge en Grande-Bretagne. Le dernier et le plus grand transport d'enfants devait partir de Prague le 1er septembre 1939. Or ce jour-là, Hitler a envahi la Pologne et la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Les frontières ont été fermées. 250 enfants qui attendaient à la gare n'ont pas réussi à s'échapper et ont été plus tard déportés dans les camps nazis.

Photo: CTK
Jusqu'en 1988, Nicholas Winton a choisi de garder le silence sur son acte de sauvetage d'enfants juifs. Un cahier oublié dans lequel figurait une liste d'enfants accompagnée de leurs photos et de télégrammes a été retrouvé par hasard. L'un des enfants sauvés, Alice Klimova, raconte :

« C'est sa femme qui a retrouvé ces documents dans le grenier de leur maison et c'est seulement ainsi qu'elle a appris toute cette histoire, M. Winton a même voulu les jeter mais sa femme lui a dit : non tu ne peux pas, car ce sont des destinées humaines. »

Mardi, à Prague, Nicholas Winton, 98 ans, a rencontré ses « anciens » enfants mais aussi les étudiants qui ont déjà recueilli plus de 32 000 signatures sur une pétition qui circule actuellement dans les écoles tchèques et qui demande la nomination du sauveur au prix Nobel de la paix. Retenant à peine son émotion, Nicholas Winton a dit que des hommes d'une toute autre catégorie, pas lui, méritent cette distinction.

C'est aussi pour cette modestie que Nicholas Winton a toute notre admiration, a dit Tomas Halik, prêtre et enseignant universitaire :

« C'est un message à notre monde divisé par les différences culturelles et religieuses et il est très important de savoir qu'il y a des personnalités qui savent franchir ces limites et apporter une aide désintéressée... dans le cas précis de Nicholas Winton, une preuve qui témoigne de la pureté de son acte est le silence gardé sur son héroïsme. »

En Grande-Bretagne, la reine Elisabeth II l'a fait chevalier. La République tchèque l'a récompensé de l'ordre Tomas Garrigue Masaryk. Un film documentaire « La force du bien » a été tourné d'après son acte d'humanité. Si on comptait tous les membres des familles qui doivent leur vie à Nicholas Winton, on arriverait au chiffre de plus de cinq mille.