Les femmes sans-abris : invisibles mais toujours plus nombreuses

Photo: Kristýna Maková

Le nombre de femmes SDF en République tchèque s’accroît. Selon les estimations de l’ONG « Jako doma » (« Comme à la maison » en français), plus de 5 000 femmes seraient sans-abri. Au micro de Radio Prague, la fondatrice de cette organisation, Kristýna Ciprová, souligne que le phénomène des femmes SDF se propage dans l’indifférence de la société et des pouvoirs publics.

Kristýna Ciprová, photo: Site officiel de l'a ssociation Jako doma
Créée en 2012 et basée à Prague, l’ONG « Jako doma » dirige plusieurs projets qui s’orientent particulièrement vers les femmes SDF. Parmi les rares associations qui traitent de la problématique des personnes dans la rue, « Jako doma » est une organisation pionnière dans l’accent porté sur les défis spécifiques auxquels font face les femmes. Kristýna Ciprová :

« Les femmes se retrouvent dans la rue souvent après avoir subi des violences domestiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou dans leur famille. Leurs expériences traumatisantes avec les hommes font qu’elles évitent les structures d’aide et d’hébergement destinées aux SDF où les hommes dominent. »

Malgré la féminisation de la pauvreté et la précarisation de leur situation, les femmes sans-abris sont beaucoup plus invisibles, notamment du fait qu’elles ne correspondent souvent pas à l’image stéréotypée du sans-abri – un homme qui se trouve dans la rue avec une bouteille d’alcool dans la main. Pour cela, il est plus difficile d’estimer le nombre de femmes SDF, absentes des structures d’aide et donc exclues des statistiques officielles. Kristýna Ciprová explique :

Photo: Kristýna Maková
« Nous ne connaissons pas le nombre précis des femmes SDF parce que la majorité parmi elles ne se trouvent pas dans les lieux publics où nous sommes habitués à rencontrer des sans-abris. Elles sont moins présentes dans l’espace public, ont plutôt de logements instables, restent chez des personnes de connaissance ou dans des centres d’hébergement. Du fait de leur situation constamment changeante, le compte est difficile, mais selon nos estimations, il est question de 5 000 ou 6 000 femmes. »

Selon l’étude qu’a réalisée « Jako doma » en 2013, les femmes nécessitent une assistance correspondant à leurs besoins, c’est-à-dire surtout des espaces de confiance où elles peuvent passer du temps en sécurité et sans la présence des hommes. Exemple d’une activité régulière et collective, l’ONG « Jako doma » anime des ateliers de cinéma, de cuisine ou encore des débats. Cependant, le principal remède à la situation précaire des sans-abri concerne indifféremment les femmes et les hommes : il s’agit de la mise en place d’un système de logement social. Kristýna Ciprová :

Photo: Honza Ptáček, ČRo
« Dans le cadre de notre étude, nous avons réalisé une cinquantaine d’interviews avec des femmes sans-abri en l’espace de trois mois. Nous constatons le caractère indispensable des instruments dirigés spécifiquement vers les femmes pour répondre aux deux difficultés principales – l’impossibilité de trouver un emploi et en conséquence un logement. Pour cela, nous avons formulé des recommandations quant à l’action de l’Etat qui devrait mettre en place un système du logement social. »

L’étude de « Jako doma » propose également de prolonger à deux ans la possibilité de séjour dans un centre d’asile (actuellement d’une durée maximale de neuf mois pour les cas les plus graves) donnant ainsi plus de temps aux femmes ayant souffert de violences pour se rétablir. Mais cette étude, qui est qualitativement la plus importante consacrée aux femmes SDF en République tchèque, montre également que 90% des femmes sans domicile fixe ont été victimes de violences physiques et sexuelles et que leur situation s’est encore aggravée après avoir perdu leur domicile.