Les groupes étrangers se sont désintéressés des médias tchèques

Les stations Evropa 2 et Frekvence 1 qui appartenaient au groupe français Lagardère, photo: ČTK

Les groupes étrangers ne sont plus intéressés par les médias tchèques, dont ils étaient pourtant les propriétaires dans un passé encore relativement récent. Dans cette nouvelle revue de la presse tchèque, nous évoquerons également la participation du président de la République Miloš Zeman au congrès des communistes, la possible béatification du cardinal Josef Beran, dont la dépouille a été récemment rapatriée de Rome à Prague, la présence des Tchèques sur le marché du travail allemand ou encore la controverse autour de la volonté de la mairie de Prague de démolir un important pont de la ville.

Les stations Evropa 2 et Frekvence 1 qui appartenaient au groupe français Lagardère, photo: ČTK
« Pour quelles raisons tous les investisseurs étrangers ou presque ont-ils revendu les médias tchèques ? » C’est la question que soulève l’hebdomadaire Respekt suite à l’annonce, la semaine dernière, du rachat par la société Czech Media Investe du milliardaire Daniel Křetínský de stations de radio d’Europe centrale qui appartenaient au groupe français Lagardère. Cette transaction illustre la transformation dont nous sommes témoins sur le marché dans la région ces dix dernières années. Le magazine apporte plus de détails :

« Le grand transfert des médias entre des mains tchèques est le fruit de plusieurs phénomènes. Dans les années 1990, une période où les hommes d’affaires tchèques manquaient encore d’expérience et de capitaux, ce sont d’abord les maisons étrangères qui ont occupé l’espace local. Progressivement saturé, le petit marché tchèque a cessé de se développer, perdant ainsi tout son intérêt. Et ce d’autant plus que pendant la crise financière, les médias traditionnels se sont retrouvés dans une situation délicate en raison de l’austérité des annonceurs qui s’est encore aggravée avec la montée en puissance d’internet. Par ailleurs, dans leurs pays d’origine aussi, les groupes occidentaux ont été confrontés aux problèmes liés à la crise et au développement des médias en ligne. Voilà pourquoi ils ont préféré transférer leurs forces, le départ des marchés périphériques de l’Est constituant un choix logique. »

D’un autre côté, cette évolution a profité aux hommes d’affaires tchèques qui ont eu le temps d’apprendre et de comprendre que les médias pouvaient être non seulement un symbole de leur position, mais aussi un moyen d’influencer et de protéger leurs intérêts. L’hebdomadaire Respekt rappelle que c’est l’acteul Premier ministre Andrej Babiš qui a été été le premier, il y a cinq ans de cela, six mois avant la tenue des élections législatives à racheter, la maison d’édition Mafra, qui publie notamment les grands quotidiens Mladá fronta Dnes et Lidové noviny, ainsi qu’Impuls, la station de radio tchèque la plus écoutée.

Miloš Zeman au congrès des communistes

Miloš Zeman au congrès de KSČM, photo: ČTK
Bien que préalablement annoncée, la participation du président de la République Miloš Zeman au congrès du Parti communiste de Bohême et de Moravie (KSČM), samedi dernier, a été largement commentée. Le quotidien Lidové noviny, par exemple, a remarqué :

« Le cardinal Josef Beran, qui a été persécuté et forcé à l’exil par les communistes, est revenu dans son pays d’origine, sa dépouille ayant été rapatriée de Rome. Ce ‘retour’ a suscité une émotion d’autant plus grande que le même jour, le congrès du parti communiste se tenait à Nymburk, où le président de la République a prononcé un discours. Miloš Zeman n’a plus besoin des voix des électeurs communistes pour être réélu. En agissant de la sorte, il a tout simplement voulu légitimiser la participation des communistes à la prochaine constellation gouvernementale. Compte tenu de sa volonté de fortement influencer le cabinet d’Andrej Babiš, cette présence paraît dès lors entièrement pragmatique. »

Le quotidien Lidové noviny rapporte également que lors de la messe célébrée à la cathédrale Saint-Guy à l’intention de Josef Beran, le cardinal Dominik Duka, jusqu’alors allié politique de Miloš Zeman, a exprimé son désaccord. Cette prise de position lui a valu des applaudissements fournis. Reste désormais à savoir si celle-ci marquera la fin de la drôle d’amitié politique entre le cardinal et le président source d’importantes tensions au sein de l’Eglise catholique.

Le cardinal Josef Beran sera-t-il béatifié ?

La tombe de Josef Beran à la nécropole papale de la basilique Saint-Pierre, photo: MZV ČR
Parallèlement au rapatriement de la dépouille du cardinal Josef Beran dans son pays d’origine, s’est posée la question des démarches entreprises en vue de sa béatification. Auteur d’une biographie de Josef Beran et membre de l’Institut de l’étude des régimes totalitaires, Stanislava Vodičková s’est exprimée à ce sujet dans le mensuel Reportér :

« Je suis favorable à cette idée, car notre Eglise et notre société ont fortement besoin de personnalités qui peuvent servir de modèles. En Slovaquie, il existe déjà plusieurs personnes béatifiées de l’époque du communisme, tandis que nous, nous n’avons aucune personne béatifiée liée à notre histoire récente. Il faut raconter les histoires des gens braves pour effacer la légende selon laquelle l’Eglise a toujours collaboré, tant sous les nazis que sous les communistes. Cette image a été dépeinte et encouragée par l’ancien régime. »

Fidélité, courage, désintêret, éthos moral : telles sont les qualités que l’historienne attribue au cardinal Beran et qui, selon elle, justifieraient son béatification.

Ces travailleurs qui circulent entre la Tchéquie et l’Allemagne

Photo illustrative: Commission européenne
Des milliers de Tchèques circulent quotidiennement entre la Tchéquie et l’Allemagne pour des raisons professionnelles. Les villes et communes situées dans les régions limitrophes de la Bavière et de la Saxe sont les plus recherchées. Le supplément Česká pozice du quotidien Lidové noviny écrit à ce propos :

« La ville de Cham, en Bavière, offre des emplois à près de 3 300 travailleurs tchèques. Depuis 2011 et l’ouverture totale du marché du travail allemand aux Tchèques, le nombre de ces derniers en Bavière voisine, qui tourne autour de 25 000 actuellement, s’est multiplié par quatre. Ce mode de vie entre Tchéquie et Allemagne convient majoritairement à la catégorie d’âge des 35-45 ans, beaucoup moins aux jeunes de moins de 25 ans. Les plus sollicités sur le marché allemand sont les professions techniques ou celles d’électricien, de soudeur et de maçon. »

Le magazine indique que les travailleurs tchèques en Allemagne n’entrent que rarement en contact avec la population locale. Le constat concerne l’ensemble des villes allemandes dans lesquelles les Tchèques travaillent. Partout, le scénario est le même : c’est en Allemagne que les ‘navetteurs’ tchèques travaillent, font leurs courses et passent la plus grande partie de leur temps, mais c’est en Tchéquie qu’ils habitent, qu’ils ont leur famille et leurs certitudes sociales.

La controverse autour du pont de Libeň

Le pont de Libeň, photo: Karelj
La décision prise mardi par la municipalité de Prague de démolir un des ponts emblématiques de Prague, le pont de Libeň, en raison de son état déplorable est la source d’une controverse. Par exemple, le site echo24.cz remarque ironiquement que « compte tenu du fait que le pont a été inauguré le 28 octobre 1928 pour le dixième anniversaire de la fondation de la Tchécoslovaquie, l’occasion est belle aujourd’hui de le faire sauter et d’organiser une belle fête populaire pour le centenaire de la Première République ». Le texte rappelle également :

« Le pont de Libeň, œuvre de l’architecte Pavel Janák, qui est un des plus importants représentants de l’architecture tchèque moderne des années 1920, est une œuvre technique élégante avec des éléments cubistes uniques au monde. Pour autant, le pont n’était pas été admiré pour des raisons romantiques, mais en sa qualité d’œuvre servant la communication et les besoins et les contraintes imposés par la vie moderne. A l’époque, il était situé dans un quartier périphérique de Prague qui s’est développé de façon dynamique. Le quartier de Libeň était apprécié de nombreux artistes, parmi lesquels l’écrivain Bohumil Hrabal qui a situé l’action de plusieurs de ses romans dans ce quartier. »

Le mauvais état du pont de Libeň est la conséquence de son manque d’entretien, comme d’ailleurs pour d’autres ponts de Prague. L’auteur du texte se demande d’ailleurs ce que serait devenu le célèbre pont Charles si nos ancêtres s’étaient comportés avec lui de la même manière que nous aujourd’hui avec le pont de Libeň.