Les membres de la FMAC préservent la mémoire de la guerre

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La Fédération mondiale des anciens combattants, qui réunit 159 organisations et plus de 27 millions de membres de 86 pays, a tenu ses assises, en fin de semaine dernière, à Prague. Fondée en 1950 à Paris, la Fédération regroupe en son sein des anciens combattants de tous les conflits de guerre, des victimes des déportations, des otages de guerre, ceux qui ont lutté sur le même front ainsi que ceux qui se trouvaient dans des camps opposés. Parmi les participants venus de France, j'ai invité au micro M. Robert Créange, secrétaire général de la Fédération nationale des Déportés et internés, résistants et Patriotes et vice-président de l'Union française des associations de combattants et victimes de guerre, pour lui demander de nous raconter son parcours exceptionnel.

« Moi, je suis né en 1931, donc j'étais trop jeune pour participer à la Seconde Guerre mondiale, mais mon père et ma mère ont été déportés à Auschwitz et ne sont pas revenus ni l'un ni l'autre. J'avais 11 ans à ce moment-là et j'ai donc considéré quand j'étais adolescent puis adulte qu'il était de mon devoir de m'investir totalement dans tout ce qui concernait la préservation de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Sur le plan professionnel, j'ai d'abord été enseignant, professeur de collège, et ensuite j'ai été directeur du comité d'entreprise des usines Renault à Billancourt au moment où il y avait 40 000 travailleurs dans cette usine. Et donc je vais beaucoup dans les lycées et les collèges témoigner, raconter ce qu'était cette période, pour que les jeunes d'aujourd'hui sachent ce qui s'est passé entre 1933 et 1945, pourquoi cela s'est passé, et pour que eux-mêmes soient vigilants pour que de telles situations ne puissent plus se reproduire. »

Vous viviez à Paris au moment où vos parents ont été déportés ?

Fédération nationale des Déportés et internés, résistants et Patriotes
« Je vivais avec mes parents dans la banlieue de Paris, à Boulogne Billancourt, et mon père a été dès le début recherché par la police française qui était au service des Allemands, et par la Gestapo. Et il y avait à ce moment-là en France, je simplifie, deux zones : au nord, une zone qui était occupée par les nazis et au sud une zone que l'on appelait la zone libre jusqu'en 1942. Et les personnes qui étaient recherchées essayaient de passer de la zone occupée à la zone libre et pour cela contactaient ceux que l'on appelait les passeurs, qui connaissaient très bien le terrain et qui faisaient passer d'une zone à l'autre. Malheureusement mes parents sont tombés sur un passeur qui était payé par eux mais qui de l'autre côté était payé par les nazis, et ils ont donc été livrés aux nazis. Moi, j'avais 11 ans, ma soeur 13 et nous étions 200 mètres en avant, ils n'ont pas fait attention à nous. Nous sommes un peu des miraculeux. Donc je consacre tout mon temps à la préservation de la mémoire de cette période. »

Quel thème vous intéresse le plus à cette assemblée pragoise ?

« Je suis tout particulièrement intéressé sur un thème qui a été abordé ce matin, ce sont les psycho traumatismes d'apparition différée. Nous avons à Paris ce que nous appelons la Fondation pour la mémoire de la déportation. Nous recevons chaque semaine un groupe de travail composé de médecins, de psychiatres qui reçoivent d'anciens déportés pour voir avec eux comment ils ont vécu leur déportation, leur retour, et comment depuis leur vie a pu être influencée par ce qu'ils ont vécu. »

La fédération réunit les anciens participants des conflits les plus divers ?

« La FMAC, oui, c'est son grand mérite, réunit tous les anciens combattants de différents conflits, qu'il s'agisse de la Seconde Guerre mondiale, qu'il s'agisse des opérations de l'ONU, absolument tout le monde peut participer, les anciens alliés comme les anciens ennemis, ce qui permet effectivement d'avoir ce que l'on pourrait appeler la mémoire partagée et d'agir tous ensemble pour essayer de construire cette paix que nous espérons tous toujours. J'ai le souvenir que mes anciens camarades, quand ils parlaient de la Première Guerre mondiale, disaient « ah ! mais on espérait tous que c'était la der des ders et puis il y a eu le conflit, la SGM ». Depuis, pas de conflits généralisés, mais une série de conflits qui n'arrêtent jamais en ce moment, l'Irak, et bien d'autres encore, et donc je pense que le travail de la Fédération mondiale est justement d'apporter l'expérience de ceux qui ont vécu les guerres, qui ont souffert et qui donc plus qu'aucune autre personne sont attachés à construire cette paix que nous souhaitons tous ardemment. »

Avez-vous parlé, dans vos groupes de travail, également de la question des soins apportés par la société aux anciens combattants ?

« C'est une question extrêmement importante, parce que les anciens combattants ont tous d'une façon ou d'une autre des séquelles, des souffrances qu'ils ont vécues, qui peuvent être des séquelles psychiques ou psychologiques. Et la façon dont chaque pays prend cela en compte est extrêmement différente. Il y a des pays où les anciens combattants et les victimes de guerre n'ont à peu près aucun droit, et je dois dire qu'en France nous avons sans doute la législation la plus avancée dans ce domaine, et nous essayons justement d'aider nos camarades d'autres pays à pouvoir utiliser notre expérience pour pouvoir eux-mêmes conquérir de nouveaux droits dans leurs pays respectifs. »

Munich 1938
M. Créange s'est encore confié sur son souvenir de Munich :

« Moi, je considère, j'ai toujours pensé que la France avait une sorte de dette envers la Tchécoslovaquie, parce que les accords de Munich signés en 1938 par Daladier et Chamberlain ont fait que nous avons totalement abandonné la Tchécoslovaquie, enfin la région des Sudètes, alors que nous avions des traités d'amitié avec vous. Je pense que l'histoire est l'histoire, il faut assumer les périodes glorieuses de son histoire mais aussi les périodes qui le sont moins. »