Les paradoxes des Spartakiades communistes

Photo: Olympia Sport

Plusieurs journaux ont rappelé que 60 ans se sont écoulés depuis la tenue de la première Spartakiade tchécoslovaque pour évoquer certains paradoxes qui accompagnaient cet événement phare de la propagande communiste. En ce qui concerne l’agenda international, c’est bien entendu l’évolution en Grèce qui prédomine dans la presse. Nous avons retenu deux extraits de textes qui la situent dans le contexte tchèque. La parution en version tchèque de l’œuvre Un Choc de religions de l’historien français Jean-Paul Roux a suscité un commentaire dans un des grands quotidiens locaux dont vous vous présenterons également un extrait avant de conclure avec un sujet de société – le manque dramatique de pédiatres locaux.

Photo: Olympia Sport
Si le régime communiste ne s’était pas écroulé en 1989, notre pays aurait probablement vécu la période du début du mois de juillet sous le signe de l’événement gymnique de masse, connu sous le nom de Spartakiade. La première Spartakiade a eu lieu dans l’ex-Tchécoslovaquie en 1955 avant de se tenir par la suite tous les cinq ans tel un important outil de la propagande du régime. Dans un article publié dans le supplément Orientace de l’édition de samedi dernier du quotidien Lidové noviny, Pavel Klusák a à ce sujet remarqué :

« Beaucoup estiment que l’ancien régime a puisé son inspiration pour les Spartakiades dans les réunions gymniques des sokols, les dits ‘slety’. Une idée d’autant plus absurde, car les autorités communistes ont liquidé le Sokol, le mouvement de promotion de la gymnastique, dès leur ascention au pouvoir en février 1948. Même si la notion de Spartakiade est apparue déjà en 1921, les ‘olympiades ouvrières’ des unités de gauche ne pouvaient pas cependant faire concurrence à la popularité et à l’étendue des manifestations sportives des sokols. »

L’auteur de l’article rappelle que la première Spartakiade d’il y a soixante ans s’est déroulée pleinement dans l’esprit du climat de la guerre froide, l’accent étant mis sur les efforts d’édification et sur les symboles du pouvoir communiste. La Spartakiade suivante qui a eu lieu en 1960 s’est tenue en revanche dans un esprit démilitarisé, un de ses slogans prédominant prêchant la Jeunesse et la Beauté. Pavel Klusák a à ce sujet noté :

Spartakiade 1985,  Poupata | Photo: ČT
« Le régime a voulu rendre les journées de la tenue de la Spartakiade « solennelles » en approvisionnant les magasins pragois par des marchandises rares, comme les bananes ou les mandarines et en organisant des événements extraordinaires au Théâtre national et dans la Galerie nationale, par exemple en exposant au public les Joyaux de la couronne. »

Ce qui est selon l’auteur du texte paradoxal, c’est que les anciens sokols ont été les seuls à avoir su mettre sur pied cette « fête » gigantesque traduisant la loyauté à l’égard de l’Union soviétique. Ceux parmi les sokols qui ont décidé de sauver la tradition des exercices de masse en dépit de leur nouveau contenu idéologique ont été par la suite confrontés à une longue polémique au sujet de leur engagement au sein de leurs propres rangs. Pavel Klusák signale également que les musiques pour les Spartakiades, dont la dernière édition dans le stade de Strahov à Prague a eu lieu en 1985, ont été majoritairement écrites par des compositeurs reconnus. Il indique en outre qu’en moyenne, près d’un million de gymnastes, enfants, jeunes et adultes, se produisaient lors d’une Spartakiade devant près de deux millions de spectateurs venus à tour de rôle les applaudir.


Les économistes tchèques demeurent favorables à l’adoption de l’euro

La situation en Grèce demeure le principal sujet de politique internationale traité dans les médias tchèques. Le dernier numéro de l’hebdomadaire Respekt a lancé une mini-enquête auprès de plusieurs experts locaux en économie pour savoir s’ils favorisaient toujours, dans le contexte du scénario grec, la perspective d’adoption de l’euro par la République tchèque. Le député européen conservateur Luděk Niedermayer (TOP 09) a, par exemple, répondu :

Luděk Niedermayer,  photo: Filip Jandourek,  ČRo
« Mon attitude à l’égard de l’euro en Tchéquie demeure la même depuis des années déjà, en dépit de l’évolution en Grèce. Je pense que la zone euro sera de plus en plus soudée, même si la crise grecque ouvre certaines questions, comme le fonctionnement des crédits de l’ultime secours de la Banque centrale européenne ou celle liée à la possibilité des banqueroutes d’Etat. Ceci dit je considère la zone euro comme un projet réussi qui a une importance clé pour l’avenir de l’Europe et au sein de laquelle nous devrions avoir une place. »

L’économiste et professeur universitaire Oldřich Dědek estime de son côté que le public tchèque devrait tenir compte de la réussite des mécanismes de stabilisation nouvellement introduits dans la zone euro. Une façon de démontrer qu’elle est aujourd’hui beaucoup plus forte et beaucoup plus résistante qu’il y a cinq ans. Un avis qu’expriment d’ailleurs tous les interrogés dans cette enquête et qui soutiennent également, « pour des raisons commerciales, économiques et de l’emploi », l’idée de la perspective d’adoption de la monnaie européenne commune par la République tchèque.


La crise grecque et la Tchéquie

Un éventuel départ de la Grèce de la zone euro toucherait-il la République tchèque ? Voilà une des question auxquelles a répondu, dans les pages du quotidien Mladá fronta Dnes, le gouverneur de la Banque nationale tchèque, Miroslav Singer en disant :

Miroslav Singer,  photo: Filip Jandourek,  ČRo
« Ceci n’aurait pas d’impact direct sur l’économie tchèque. Ce qui nous touche en revanche, c’est l’évolution ultérieure de la zone euro. Pour l’instant, on ne sait pas encore évaluer sur quelle catastrophe la crise grecque pourrait déboucher. C’est seulement dès que l’on saura quelle variante aura été privilégiée que l’on pourra réfléchir sérieusement sur ses conséquences pour notre pays. »

S’agissant des leçons à tirer par les représentants politiques tchèques des événements autour de la Grèce, le gouverneur Milan Singer a noté :

« D’abord, ce qui est évident, c’est que l’on ne doit pas promettre ce qui n’est pas réalisable et, aussi, qu’il faut débattre dès le début sur de mauvais scénarios. Pour l’instant, la zone euro ne dispose pas de mécanismes juridiques pour un tel type de crise. Il s’avère alors que les documents européens ne sont pas préparés de façon à pouvoir résoudre des situations où tout ne marche pas comme il faut. »


Un écho à la parution en version tchèque de l’œuvre Un choc de religions de Jean-Paul Roux

Le quotidien Hospodářské noviny qui réserve, prioritairement, une grande place à des sujets d’ordre économique a publié dans ses pages culturelles une note polémique de la plume d’Aleš Palán consacrée à la parution en version tchèque de l’œuvre Un choc de religions : la longue guerre de l'Islam et de la Chrétienté de Jean-Paul Roux, historien et orientaliste français, décédé il y a six ans et dans laquelle on a pu lire :

Coran,  photo: public domain
« La peur de l’islam que connaît actuellement la société européenne est souvent irrationnelle. Nous avons peur sans savoir de quoi. Dans son œuvre, Jean-Paul Roux a essayé d’étayer ces craintes par des faits, en le faisant cependant d’une manière un peu erronée... Son principal problème, c’est qu’il interprète tout conflit entre les Etats à la prédominance soit musulmane soit chrétienne comme un conflit à priori religieux. Toutefois, dans de nombreux cas il s’agissait et il s’agit de conflits ethniques, politiques ou de puissance. »

Aleš Palan refuse aussi le concept selon lequel la confrontation entre l’islam et le christianisme ait été uniquement une histoire signée par des armes en écrivant :

« Ce qui est vrai, c’est qu’au fil des siècles, musulmans et chrétiens ont non seulement souvent lutté les uns contre les autres, mais qu’ils se sont aussi mutuellement inspirés par leurs savoirs (la plus ancienne université au monde ne se trouve pas, comme on aime le prétendre, en Italie, mais au Maroc) et influencés dans les arts, la médecine, l’astronomie et dans beaucoup d’autres disciplines. Cet échange a profité aux deux parties. »

L’auteur du texte publié dans le quotidien économique Hospodářské noviny dénonce également la thèse de l’auteur français qui veut que le christianisme soit une religion de la paix, tandis que l’islam un outil d’expansion brutale. Selon lui, la vérité présentée dans l’œuvre citée n’est alors que partielle.


La Tchéquie en manque de pédiatres

Un texte mis en ligne sur le site aktuálně.cz constate que la République tchèque souffre d’un manque de pédiatres. Son auteur, Veronika Rodriguez précise :

Photo: Ministère de la Santé publique
« Les pédiatres tchèques sont une catégorie de plus en plus rare. Leur âge moyen est supérieur à 56 ans et la situation ne cesse de s’aggraver, car chaque année, on voit partir 1% de l’ensemble des pédiatres de moins de quarante ans. Ainsi, on peut voir même des pédiatres ayant dépassé les 80 ans exercer toujours leur profession. Selon le chef de la Chambre tchèque des médecins, Milan Kubek, il s’agit là d’une castastrophe démographique pouvant aboutir au fur et à mesure à une réelle absence des médecins spécialistes des maladies infantiles. »

Pour les experts, auxquels se réfère l’article, il existe plusieurs raisons de cet état de choses, liées principalement au système actuel des études en médecine, ainsi qu’au système de la formation postuniversitaire. Le fait que beaucoup de jeunes pédiatres préfèrent partir en Allemagne en raison des meilleures conditions salariales joue, aussi, un rôle important. Le ministère de la Santé envisage désormais des démarches consistant à remanier le modèle de la pédiatrie nationale, tandis que la Caisse d’assurance générale propose de favoriser ceux parmi les pédiatres qui voudront exercer dans des districts peu attrayants.