Les « rois du soleil » s’invitent au Musée national de Prague

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Cela fait maintenant près de 60 ans que les archéologues tchèques et égyptiens travaillent ensemble sur le site d’Abousir afin de tenter de percer les mystères de l’Egypte antique. Pour la première fois, le Musée national de Prague va accueillir dès le 31 août une  vaste collection d’objets d’art prêtés par plusieurs musées, dont celui du Caire. Ces objets sont réunis dans une exposition intitulée « Les rois du soleil », qui s’achèvera le 7 février 2021.

Photo: ČTK/Vít  Šimánek

Des jeux d’ombres et de lumière sur des centaines d’objets dont certains ont plus de 5000 ans : pas de doute, nous sommes bien plongés dans la nouvelle exposition du Musée national de Prague, « Les rois du soleil ».

Photo: ČTK/Šimánek Vít

Ouverte au public le 31 août dernier, l’exposition est le résultat d’un projet international qui montre les plus grandes découvertes des égyptologues tchèques sur le site archéologique d’Abousir. Il s’étend du Caire au nord jusqu’à l’oasis du Fayoum au sud. S’y trouvent des pyramides et tombeaux de la famille royale qui remontent au temps du Vieil- et du Moyen Empire de l’Egypte ancienne, mais également des nécropoles non-royales datant parfois du IIIe siècle avant Jésus-Christ.

Pavel Onderka, photo: Musée national

Si le site d’Abousir a été exploré par des Européens pour la première fois dans les années 1840, notamment par l’Allemand Karl Richard Lepsius, les Tchèques s’intéressent à l’égyptologie depuis le XIXe siècle selon Pavel Onderka, conservateur au Musée national de Prague :

« Ici nous avons également voulu souligner le fait que l’égyptologie a une tradition beaucoup plus longue en pays tchèques. Elle ne commence pas en 1960, date à laquelle l’Institut tchécoslovaque d’égyptologie entame sa mission à Abousir. L’intérêt pour l’égyptologie remonte à bien plus longtemps. Des objets égyptiens sont rapportés en pays tchèques dès le début du XIXe siècle. C’est le cas notamment d’une des plus précieuses statuettes de nos collections. »

Abousir est depuis les années 1960 fortement connecté aux recherches de l’Institut tchèque d’égyptologie de l’université Charles. L’égyptologue tchèque de renom Miroslav Bárta travaille sur site d’Abousir depuis de nombreuses années et ses fouilles ont mené à la découverte de plusieurs tombes depuis les années 1990 :

« Le partenariat a une longue tradition qui remonte aux années 1960. Je connais l’égyptologue Zahi Hawass depuis mon premier séjour en Egypte en 1961, d’abord en tant qu’étudiant, puis en tant que collègue et ami de Zahi Hawass, donc le partenariat a eu une certaine évolution dans le temps. Certains de ses étudiants venaient au départ de grandes universités américaines, maintenant ils viennent de Prague pour beaucoup d’entre eux. »

Le site archéologique d'Abousir, photo: Institut tchèque d'égyptologie de l'Université Charles

L’exposition concerne l’époque de la Ve dynastie, qui a régné sur l’Egypte antique pendant environ 150 ans, du XXVe au XXIVe siècle avant Jésus-Christ. Quatre rois et plusieurs reines de la Ve dynastie sont inhumés à Abousir, leur tombeau se situant près des pyramides du site. Plus tard, pendant la période du Nouvel Empire, le roi Ramsès II a fait édifier un temple près du lac d’Abousir.

Photo: ČTK/Vít  Šimánek

Malgré le nom de l’exposition, « Les rois du soleil », celle-ci ne s’intéresse pas uniquement à la famille royale. L’exposition présente ainsi des papyrus, des objets du quotidien, des statuettes en lien avec la religion, et s’intéresse aussi  aux hauts dignitaires et aux sages.  Elle se veut un reflet de la société égyptienne de l’Ancien Empire dans son ensemble. La statue du prêtre Nefer retrouvée dans son tombeau figure d’ailleurs sur l’affiche de l’exposition. Certains objets présentés, comme notamment les sarcophages, sont particulièrement imposants ce qui a compliqué leur transport, comme le rappelle Pavel Onderka :

« L’ensemble de la logistique était extrême. Les objets sont monumentaux et l’exposition s’efforce de montrer ce qu’était cette période de la manière la plus large possible. »

Khaled El-Enany, photo: ČTK/Šimánek Vít

Tous les objets présentés ne sont pas issus des fouilles tchèques sur le site d’Abousir. L’exposition a bénéficié de prêts du Musée égyptien du Caire, du Grand Musée égyptien de Gizeh, ainsi que de prêts de plusieurs musées allemands. Pour le ministre égyptien des Antiquités, Khaled el-Enany, cette exposition est unique en son genre :

« Pourquoi l’exposition ‘Les rois du soleil’ est-elle exceptionnelle ? Parce que c’est le premier prêt du Musée égyptien du Caire à la République tchèque qui a envoyé un tiers de sa collection égyptienne soit plus de 90 objets. Beaucoup de ces objets quittent l’Egypte pour la première fois et certains pour la dernière fois, car ils vont retourner en Egypte pour la grande exposition d’un musée que nous ouvrirons l’an prochain. ‘Les rois du soleil  est à ce jour la plus grande exposition consacrée à la Ve dynastie. »

Photo: ČTK/Vít Šimánek

Les objets présentés sont mis en valeur par des effets audio-visuels, conférant une touche moderne à l’exposition. Les courts documentaires et les effets sonores plongent le visiteur 5 000 ans en arrière.

L’exposition devait également comporter des artéfacts du Metropolitan Museum de New York. Mais la crise sanitaire a empêché le transport de ces objets vers la République tchèque. Toutefois, la difficulté de l’organisation de cette exposition n’est pas nouvelle comme nous le rappelle Michal Stehlík, chargé des expositions au Musée national de Prague :

Photo: Musée national

« A l’université Charles, nous avons longuement discuté avec le professeur Miroslav Bárta de la possibilité de cette exposition. La première fois, c’était avant la révolution de Velours mais les changements en Tchécoslovaquie ont empêché notre projet d’aboutir. La deuxième fois, c’était en 2010, j’étais au Caire pour préparer l’exposition mais la crise économique et le printemps arabe égyptien ont stoppé net ce projet. Et depuis 2018, nous discutons à nouveau de la tenue de l’exposition. On peut donc dire qu’on prépare plus ou moins cette exposition depuis 1989. »

Il était aussi prévu que l’exposition circule de musées en musées en Europe, mais ce ne sera pas non plus le cas en raison de l’épidémie de coronavirus. Le Musée national de Prague a donc changé de stratégie, en décidant de faire venir les étrangers à Prague plutôt que faire voyager l’exposition :

Photo: Musée national

« Notre campagne marketing vise aussi les Autrichiens, les Allemands, les Polonais, les Slovaques et pas seulement les Tchèques. Nous espérons que les frontières vont rester ouvertes. L’avantage de cette exposition est qu’elle est unique en Europe centrale. Nous savons par exemple que Munich et Bratislava n’ont pas d’exposition aussi complète. Je pense qu’il est très intéressant de voir des statues  vieilles de 5 000 ans. L’époque de Cléopâtre est plus proche de la nôtre que celle des objets présentés ici. »

L’exposition reste toutefois un pari risqué alors que la pandémie gagne de nouveau du terrain en Europe centrale. Le coût du projet est quant à lui estimé à 50 millions de couronnes.

Auteur: Marion Galard
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