Les Tchèques face aux mesures d’austérité

Le paquet de mesures législatives exceptionnelles approuvé il y a une semaine par la Chambre des députés réduit à 162,7 milliards de couronnes (6,5 milliards d’euro) le déficit budgétaire pour 2010. Soit près de 60 milliards de moins par rapport au déficit initial record prévu à 230 milliards (9,2 milliards d’euros). Quel poids aura cette restriction sur le budget des familles tchèques ?

Photo: Štěpánka Budková
L’endettement de l’Etat tchèque ne cesse d’augmenter. Jusqu’en 1995, le pays possédait un budget excédentaire. Le premier déficit supérieur à 110 milliards a été atteint en 2003. A la fin du mois d’août de cette année, le déficit approchait déjà les 90 milliards, et l’année prochaine, il est établi à près de 163 milliards.

Les mesures d’austérité qui ont permis de le ramener à ce niveau comportent notamment : l’augmentation du taux de la TVA de 9% à 11% et celui de 19% à 20%, et l’augmentation de l’impôt à la consommation sur les carburants, le tabac ou encore la bière. Une somme de 25 milliards de couronnes sera économisée sur l’assurance sociale. Ainsi, les allocations de maternité que les femmes touchent pendant 28 semaines après la naissance du bébé seront radicalement réduites, de 2 000 jusqu’à 4 000 couronnes par mois. Les Tchèques devront s’organiser pour faire face à la réduction des allocations maladie et celles destinées aux services sociaux.

Eduard Janota,  photo: CTK
Le ministre du Budget Eduard Janota a également ordonné un gel des salaires. De même, aucune valorisation n’est prévue pour les pensions de retraite. Il n’est donc guère étonnant que les retraités et les familles avec enfants soient les premiers à regarder l’année 2010 avec inquiétude. D’autant que celle-ci apportera une nouvelle hausse des loyers. Les données publiées le 1er octobre par la Banque nationale sont tout aussi alarmantes : l’endettement des ménages tchèques a atteint le chiffre astronomique de 950 milliards de couronnes, à la fin de septembre, et 7% des ménages se retrouveront l’année prochaine dans l’incapacité de rembourser leurs prêts.

En période de crise, la Chambre des députés n’a pas donné son feu vert au projet du ministre Janota de diminuer les salaires des parlementaires, des ministres et des juges de 20%. La baisse finalement votée n’est que de 4%. Le vice-président du parti social-démocrate Zdeněk Škromach, responsable des affaires sociales à la chambre basse du parlement, y a réagi par les propos suivants :

« Le ressenti sur les familles sera sensible, c’est sûr. Nous regrettons qu’une plus grande solidarité n’ait pas été possible, une solidarité des personnes aux revenus plus élevés sous forme d’impôt direct par exemple. Car nous sommes convaincus qu’en période de crise économique, le taux de solidarité devrait être plus élevé. »

Le vice-président de l’ODS Petr Gandalovič juge que le paquet de mesures d’austérité est mal conçu et n’apportera pas les économies escomptées :

« La proportion entre l’augmentation des impôts indirects et la restriction des dépenses est inverse à ce qui est recommandé par des économistes d’après lesquels, le principe d’un paquet de restriction, en général, est de doubler les restrictions au lieu d’augmenter les impôts. »

Pour terminer sur un ton un peu plus optimiste : dans son pronostic actualisé publié le 1er octobre, le FMI prévoit une croissance de 1,3% de l’économie tchèque, en 2010, après une chute de 4,3 % prévue pour 2009. Un certain réconfort pourrait aussi être le fait que les mesures de restriction mises en place par le gouvernement transitoire ne devraient rester en vigueur que pour une durée d’un an.