Les violences des guerres tchétchènes exposées au café Montmartre de Prague

Václav Havel, photo: CTK

La galerie du Café Montmartre a inauguré le 17 novembre dernier, date de la commémoration de la Révolution de velours, et en présence de l’ancien Président Vaclav Havel, une exposition qui présente des photos prises pendant les deux guerres de Tchétchénie. Elle a tourné dans de nombreux pays européens ainsi que dans plusieurs villes tchèques avant de revenir dans la capitale où elle avait déjà fait une étape à la fin de l’été dernier. Assez controversée, l’exposition est présentée au micro de Radio Prague par Martin Putna, directeur de la programmation de la bibliothèque Vaclav Havel, qui est en charge de son organisation.

Václav Havel, photo: CTK
«Il s’agit d’une exposition photographique intitulée « Tchétchénie, la solution finale ». Cette exposition est relativement controversée et elle a été interdite dans différents endroits. Concrètement, elle a été interdite au Parlement européen. Le vernissage a eu lieu un jour mais le lendemain, l’exposition n’y était déjà plus. Cette exposition est controversée pour deux raisons : la première raison est qu’elle montre des choses qui sont très brutales, ce qui veut dire des détails violents qui se sont passés pendant la guerre en Tchétchénie, mais aussi parce qu’elle porte atteinte à l’image de l’Etat russe car ce sont des guerres russes.»

Václav Havel, photo: CTK
Il est vrai que le titre choisi par l’auteur des clichés, Adam Borowski, est assez provocateur et ne reflète probablement pas la complexité de la situation tchétchène. Néanmoins, il cherche à témoigner de la violence du conflit et de ses conséquences sur la vie des populations locales. Il s’agit donc de photos très dures, des photos de guerre, où l’on voit des morts dans les rues, des personnes mutilées, des enfants blessés, et la détresse des personnes naturellement désespérées. La violence des clichés est une des raisons pour lesquelles l’exposition est présentée de façon inhabituelle.

«Nous avons choisi une présentation différente parce que dans les présentations précédentes certaines photos - les plus brutales ou les plus dures - ont été recouvertes de voiles pour que l’on puisse regarder seulement si on le veut vraiment. Mais nous avons décidé de ne pas couvrir que les photos les plus brutales mais toutes les photos. Ce n’est pas un excès de sensibilité mais complètement le contraire. C’est le symbole du fait que les gens ne veulent pas voir cela. Et en couvrant ces photos, on les prévient qu’il y a quelque chose qu’ils ne veulent pas voir. Donc c’est une exposition où quand on arrive dans la salle, on ne voit rien d’autres que des voiles noirs, et c’est à nous de savoir si l’on veut découvrir ces voiles et lesquels.»

Les planches de photos sont aussi systématiquement accompagnées d'extraits d’articles ou de reportages de correspondants de presse présents à Grozny ou dans d’autres provinces tchétchènes pendant ces deux guerres. Parmi eux, on compte plusieurs extraits des reportages d’Anna Politkovskaïa, une des dernières journalistes russes à couvrir les évènements en Tchétchénie, assassinée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou. Lundi 17 novembre dernier, jour du vernissage de cette exposition, le procès de ses assassins commençait en Russie. Martin Putna:

« C’est un hasard mais certains hasards historiques ont parfois un sens caché. Je suis historien et je crois sincèrement qu’il y a ici un rapport caché. Nous célébrons aujourd’hui notre fête nationale et nous ouvrons cette exposition. A Moscou s’ouvre le procès d’Anna Politkovskaïa qui a beaucoup écrit sur ce sujet. Je pense que ce sont des choses qui sont, peut-être de façon un peu mystérieuse, profondément liées.»

L’exposition se tient à Prague dans la galerie du Café Montmartre jusqu’au 12 décembre prochain.