L’Etat s’engage dans la lutte contre la sécheresse

Photo: ČT24

Nous en avons parlé tout récemment : Prague cherche à rafraîchir son climat, entre autres grâce à la création d’étangs. Pour lutter contre la sécheresse, des mesures sont prises aussi au niveau national. Le gouvernement a donné son feu vert à la construction de quatre nouveaux barrages et, chose un peu plus compliquée, il entend favoriser une meilleure rétention des eaux par les sols agricoles et forestiers, endommagés, pendant plusieurs décennies, par les activités humaines.

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« En République tchèque, nous avons perdu du temps, beaucoup de temps, des dizaines d’années. Depuis la première crue importante qui a frappé la Moravie en 1997, nous avons lutté contre les inondations, tout en négligeant la sécheresse. Mais ces deux phénomènes sont inséparables », a admis le ministre de l’Environnement, Richard Brabec, au cours d’un débat télévisé consacré aux changements climatiques.

Effectivement, la République tchèque ne s’est pas encore remise de l’été 2015, considéré comme le plus chaud et le plus sec depuis la fin du XVIIIe siècle, époque des premières mesures météorologiques dans le pays. Suite à cette canicule, mais aussi à un hiver doux, la partie est de la République tchèque notamment manque d’humidité. On écoute le climatologue Václav Cílek :

Václav Cílek, photo: Adam Kebrt, ČRo
« En Moravie par exemple, il a récemment beaucoup plu, plus de 100 mm de précipitations sont tombées à certains endroits, mais en une semaine, tout était sec, l’eau est complètement partie. Il semble que le déficit en eau était encore plus grand. Je crois que les conditions climatiques de base changent, mais de manière imprévisible pour nous. Ce qui est très important, c’est que le paysage ressemble à une éponge. Les sols devraient être capables de retenir l’eau et de la redistribuer progressivement. Cette fonction était auparavant assurée par les mouillères. »

La disparition d’une grande partie des mouillères, ces zones humides et marécageuses qui permettent à l’eau de circuler de manière naturelle, est une des conséquences de la mauvaise utilisation des terres en République tchèque. Un phénomène qui a des origines historiques : cela a commencé après la Deuxième Guerre mondiale, avec la nationalisation des biens et la collectivisation des terres imposées par le régime communiste.

Richard Brabec, photo: ČT24
Si l’Etat entend construire d’ici 2022 deux barrages de rétention des eaux dans les villages de Senomaty et de Šanov, en Bohême centrale, ainsi que deux autres dans les régions de Hradec Králové et de Zlín, le ministère de l’Environnement veut pour sa part se concentrer sur le soin de la terre dans toute sa complexité. Le ministre Richard Brabec explique :

« L’érosion des sols agricoles et forestiers représente un gros problème chez nous. La capacité des terres à absorber l’eau est réduite peut-être de moitié. Il s’agit de plusieurs milliards de mètres cubes d’eau, c’est beaucoup plus que la quantité d’eau retenue dans les barrages sur la Vltava, par exemple. Nous voulons donc mettre en place des centaines de mesures, des mesures anti-érosion, de gestion de l’eau pluviale qui ne devrait plus couler dans les rivières ou dans les stations d’épuration, mais qui doit être absorbée. L’infiltration artificielle, la mise en place de mouillères, de centaines d’étangs – tout cela fait partie de notre stratégie. Depuis 2014, le ministère de l’Environnement a investi à cet effet 3 milliards de couronnes (111 millions d’euros) en provenance des fonds européens. Nous entendons débloquer 3 milliards supplémentaires d’ici la fin de l’année. »

Photo: Michaela Kobyakov / freeimages
Les mesures en question font partie d’un plan d’action national relatif aux changements climatiques qui devrait être achevé et soumis au gouvernement à la fin de l’année 2016. Rappelons que le cabinet vient d’approuver la ratification de l’accord de Paris sur le climat, destiné à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre et à limiter ainsi la hausse des températures sous le seuil des 2 °C. Richard Brabec:

« Ce qui est le plus important, ce n’est pas tellement la ratification du document par les pays européens, mais par les plus grands pollueurs mondiaux. La Chine et les Etats-Unis ont déjà approuvé cet accord. Mais pour qu’il entre en vigueur, il faut qu’il soit ratifié par au moins 55 pays, représentant plus de 55 % des émissions mondiales. »