L’exposition Shifted realities ou comment mener une quête vers le réel

L’exposition Shifted Realities, Paul Maheke

« Shifted Realities » - littéralement « réalités décalées », une exposition à retrouver du 16 mars au 11 juin 2023 à la Galerie Rudolfinum de Prague. Déambuler dans un dédale de pièces pour remettre en question nos perceptions de la réalité à travers les œuvres de cinq artistes de renommée internationale. Une exposition originale d’installations variées qui soulèvent autant de questions qu’elle ne donne de réponses.

Qu’est-ce que la réalité ? C’est la grande question à laquelle l’exposition se propose de répondre. Les installations des cinq artistes offrent un guide aux visiteurs pour chercher leur propre réponse à cette question. La diversité des supports utilisés permet de s’interroger sur la réalité sous toutes ces formes

Paul Maheke with Robert Bridger,  Mauve,  Jim and John,  2021 | Photo: Artangel in collaboration with The National Trust/Galerie Rudolfinum

Peut-on considérer le numérique comme réel ? La fulgurante ascension des réseaux sociaux a conduit à la création d’un monde numérique infini dans lequel chacun peut trouver un espace pour exprimer sa propre opinion. Autant de questions contemporaines que peuvent se poser les visiteurs lorsqu’ils déambulent dans les salles de cette exposition. Plonger dans les tréfonds de la réalité, ou des réalités, est le but recherché. Jen Kratochvil, un des co-programmateurs de l’événement, revient sur le choix du thème de l’exposition :

L’exposition Shifted Realities,  Leslie Thornton | Photo: Kateřina Šulová,  ČTK

« Le thème de l’exposition repose sur un discours public qui affirme ce qu’est la vérité. Cela signifie que la réalité n'a pas de démarcation ou de frontière claire qui expliquerait ce qu'est la vérité objective. Nous voulions présenter les positions d’artistes qui travaillent sur ce sujet afin d’offrir différents points de vue sur notre réalité. Des points de vue qui peuvent être contradictoires à certains moments. »

« Cela explique également pourquoi il y a trois programmateurs pour l’exposition. Nous souhaitions retirer cette position autoritaire du commissaire de musée qui décide de tout, seul, et donc avoir trois commissaires distincts. Petr Nedoma est le directeur de la Galerie Rudolfinum. Il a une grande expérience car il a travaillé toute sa vie dans l’art dit « traditionnel ». Eva Drexlerova et moi-même avons un regard plus jeune, ce qui explique que nous pouvons avoir des points de vue différents. Tout ceci a justifié cette mosaïque d’artistes pour l’exposition. »

Zach Blas,  The Doors,  2019 | Photo: Edith-Russ-Haus für Medienkunst,  de Young Museum,  and Van Abbemuseum/Galerie Rudolfinum

Une mosaïque d’artistes pour des installations surprenantes

L’exposition rassemble une équipe d’artistes de renommée internationale aux approches diverses. Comme un véritable voyage au travers de réalités différentes, chaque pièce de l’exposition est dédiée à une installation particulière. On retrouve ainsi Ed Atkins, artiste britannique, qui explore à travers « The worm », les frontières entre le monde numérique et le monde physique.

L’exposition Shifted Realities,  Adéla Babanová | Photo: Kateřina Šulová,  ČTK

Marwa Arsanios, quant à elle, met en lumière les nouvelles visions de l’égalité sociale avec la projection « Who is Afraid of Ideology ». « The Doors », l’installation de Zach Blas repousse les frontières de la perception en jouant des sons et des lumières. De son côté, Adela Babanova propose « The Law of Time », projeté sur quatre grands écrans pour mieux confronter des mondes intérieurs de la conscience humaine.

Le Français Paul Maheke se lance à la recherche des identités personnelles possibles. L’avant-gardiste américaine Leslie Thornton part en quête d’un langage commun à travers « Ground ».

Leslie Thornton,  Ground,  2020 | Photo: Courtesy of the artist and Rodeo,  London/Piraeus/Galerie Rudolfinum

La diversité des installations choisies et des thèmes représentés est destinée à surprendre le public, mais aussi à commenter les enjeux d’aujourd’hui comme le souligne Jen Kratochvil :

« La décision a été d’utiliser une grande diversité d’installations : des vidéos, des documentaires, des installations matériels mais aussi représenter l’art digital. Il nous a paru important de montrer que l’art devrait pouvoir servir à commenter les réalités politiques et les différentes perceptions de ces enjeux. »

Art traditionnel versus art contemporain

Il faut noter la confrontation entre un art contemporain très moderne à l’art qui se voudrait plus classique. La Galerie Rduolfinum se situe dans un bâtiment dont l’architecture remonte au XIXème siècle. Tout cet espace architectural en surface détonne avec les projections diverses qu’offrent les installations des artistes. Des dystopies numériques aux scènes théâtrales surréalistes, il y a une tension entre l’art contemporain moderne et numérique, face à l’architecture du bâtiment, trace d’un art traditionnel.

L’exposition Shifted Realities,  Paul Maheke | Photo: Kateřina Šulová,  ČTK

Jen Kratochvil revient sur cette tension entre deux générations d’art :

« Faire cette exposition dans la galerie Rudolfinum était à la fois un des plus gros défis, et à la fois un avantage. Le bâtiment entier représente l’architecture du XIXème siècle, avec un dédale de salons, des moulures et des peintures aux plafonds. En bref, ces pièces offrent l’atmosphère pour représenter la peinture classique. Dans cette exposition, on apporte tout ce contenu atypique, du moins qui sort des codes traditionnels. On peut y voir une tension, mais c’est une tension productive. Il y a un dialogue entre l’idée traditionnelle de la présentation de l’art, et la manière de présenter l’art contemporain. C’est un dialogue constructif. ».

Tout un catalogue numérique est à la disposition des visiteurs, qui peut être télécharger via QR code en tchèque ou en anglais. Vous pouvez également retrouver toutes les informations relatives à l’exposition sur le site internet de la Galerie Rudolfinum.  L’entrée y est gratuite.

https://www.galerierudolfinum.cz/en/