Lucie, une jeune scoute tchèque devenue une icône pour avoir défié l’extrême-droite

Lucie Myslíková, photo: Vladimír Čičmanec / ČTK

Il est plutôt rare qu’une photo tchèque fasse, en l’espace de quelques heures, le tour du monde. Non seulement cette photo montrant une jeune scoute tchèque, Lucie, tenant la tête à un sympathisant néo-nazi, a déjà été partagée par plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs des réseaux sociaux, mais l’histoire de ce cliché pris par un photographe amateur a fait la une des grands journaux et serveurs d’information internationaux.

Lucie Myslíková, photo: Vladimír Čičmanec / ČTK
« Avoir une photo dans The Guardian ou à CNN, c’est superbe. Je ne photographie que par plaisir et je préfère les manifestations, par ce qu’elles sont riches en moments dramatiques et attrayants », a confié aux médias Vladimír Čičmanec, auteur de cette photo puissante prise le 1er mai à Brno, en Moravie.

La scène qu’il a captée s’est déroulée lors d’une manifestation d'extrémistes de droite. Lucie, une jeune fille de 16 ans qui étudie le design dans un lycée de Brno, a participé, avec ses amis du mouvement scout, à une contre-manifestation s’opposant à ce rassemblement de l’extrême-droite. Cette contre-manifestation prend une forme ludique : certains scouts dansent, d’autres chantent ou jouent de la musique pendant que les nationalistes prononcent leurs discours sur une place du centre-ville. Lucie brandit une banderole avec l’inscription « Nous élevons aussi vos enfants ». C’est justement cette scène qui est capturée par le photographe amateur ; une scène où Lucie, tranquille, avec un petit sourire aux lèvres et des bulles de savon au-dessus de la tête, fait face à un militant nazi en train de gesticuler violemment, le visage caché derrière les lunettes de soleil. C’est ainsi que Lucie Myslíková a décrit cette situation dans une interview à la Radio tchèque :

Lucie Myslíková, photo: ČTK
« Cet homme s’est mis à discuter avec mon ami, avec beaucoup de ferveur, sur les notions de l’Etat et de la nation. Mon ami a essayé de lui expliquer que les nations, les frontières n’existaient plus vraiment aujourd’hui. Le monsieur a eu du mal à comprendre, alors il s’est mis un peu en colère. Mais la police était à côté et je pense qu’il ne nous aurait pas fait de mal. Avec moi, il a discuté de l’immigration. Il m’a dit avoir peur que les immigrés dont je prends la défense me violent. Finalement, j’ai eu l’impression qu’il voulait plutôt me protéger qu’autre chose. C’était un peu rigolo (rires). »

Surnommée « Bobo » dans le groupe de scouts qu’elle fréquente dans sa ville, Lucie accorde une grande importance à l’idée que porte le mouvement mondial auquel elle appartient :

« Le fait que nous soyons habillés en uniforme scout a donné encore plus d’importance à notre protestation. Même si le scout est un mouvement apolitique, il est nécessaire, à mon avis, que nous nous opposions aux régimes totalitaires et plus particulièrement au fascisme sous lequel, par ailleurs, le mouvement scout a été interdit. C’est aussi l’idée du scoutisme : élever des gens libres de pensée et actifs dans l’espace public qui s’engageront en faveur d’un monde meilleur. Cette manifestation était une occasion idéale pour confirmer cette mission du scoutisme. »

Lucie Myslíková, photo: ČTK
L'image a fait le tour des réseaux sociaux. Elle a été remarquée, entre autres, par Madeleine Albright ou par la fille de Nicolas Winton, Barbara, les deux dames ayant salué le courage de l’adolescente tchèque. Or, sans son pays, c’est un autre chapitre qui s’ouvre après cette avalanche d’intérêt médiatique : la police enquête sur les auteurs de messages parus sur Facebook et qui invitent au lynchage de la jeune étudiante, placée sous la surveillance des forces de l’ordre. Dans un communiqué envoyé à l’agence de presse tchèque, la Jeunesse ouvrière, qui a convoqué la marche des extrémistes du 1er mai, se réjouit de « l’intérêt médiatique massif » porté au mouvement de l’extrême-droite après la publication de la photographie désormais iconique.