Martin Polívka : « 55% des jeunes Tchèques en France ne veulent pas retourner à cause de la situation politique »

Photo: Commission européenne

Ces lundi et mardi s’est tenue à Prague, au Sénat, une conférence intitulée « La nouvelle émigration de la République tchèque après 1989 et la politique de retour ». Invitée à intervenir, l’association des Etudiants et jeunes professionnels tchèques en France a présenté les résultats de son enquête menée auprès des jeunes expatriés en France. Au micro de Radio Prague, Martin Polívka, président de l’association, évoque ses principales conclusions.

Martin Polívka, foto: Site officiel de CSMPF
Pourriez-vous présenter l’association des Etudiants et jeunes professionnels tchèques en France ?

« Notre association est née il y a deux ans sous l’impulsion de quelques étudiants avec le but de réunir les étudiants et les jeunes professionnels tchèques vivant en France pour leur proposer rencontres et des discussions soit autour de sujets politiques et socio-économiques, soit tout simplement autour d’une bière. L’association a organisé beaucoup d’événements depuis, des débats, et même une exposition de mode l’été dernier. L’association compte environ une vingtaine de membres qui cotisent et à peu près 300 sympathisants. »

Dans le cadre de cette conférence au Sénat, vous avez présenté les résultats de votre recherche menée auprès des Tchèques vivant en France. Quelles en sont les principales conclusions ?

Photo: Commission européenne
« Je commencerais d’abord par une brève description de l’enquête que nous avons réalisée l’été dernier. Nous avons pu recueillir 66 réponses de jeunes étudiants et travailleurs âgés de 20 à 35 ans. Pour la plupart, il s’agit de diplômés de l’enseignement supérieur, de niveau Master voire plus, qui sont bien insérés dans la société française, puisque près de 50% d’entre eux travaillent. Pour ce qui est des conclusions, il faut souligner que 44% de ces jeunes Tchèques affirment avoir une très bonne relation avec leur pays, contrairement à 27% qui considèrent que leur relation avec la République tchèque est négative. Pourtant, seuls la moitié d’entre eux aujourd’hui envisagent de retourner en République tchèque. 46 % affirment qu’ils veulent rester en France pour des raisons familiales, parce qu’ils ont trouvé un partenaire français, etc. 39% ne souhaitent pas quitter la France pour des raisons professionnelles. En revanche, ce qui a été très frappant pour nous, c’est que plus que 55% ne veulent pas retourner en République tchèque à cause de la situation politique dans le pays, ce qui me paraît assez inquiétant. »

Inversement, pour quelles raisons les autres souhaitent-ils rentrer ? Cela relève-t-il plus du personnel ?

Photo: Commission européenne
« Exactement, pour les trois quarts de ceux qui souhaitent retourner, il s’agit de raisons familiales. 65%, soit deux tiers, indiquent qu’ils veulent se rapprocher de l’environnement culturel et social dans lequel ils ont grandi. La bonne nouvelle pour la République tchèque, c’est que près de la moitié, 46%, veulent retourner en République tchèque pour mettre au profit du pays le savoir et l’expérience professionnelle qu’ils ont acquis en France ou ailleurs à l’étranger. »

Martin Polívka complète en expliquant que les Tchèques en France apprécient l’entrée en vigueur de la récente réforme qui permet d’avoir la double nationalité, mais regrettent l’absence d’un site d’information centralisé qui présenterait de manière claire les modalités pour un possible retour dans leur pays d’origine.

La conférence, qui s’est tenue au Sénat, a réuni des expatriés du monde entier. Ils y ont partagé leurs expériences et leurs difficultés. Reste désormais à voir si des avancées concrètes ressortiront de cette initiative.