Michaela Šojdrová : « Etre solidaires avec les migrants sans oublier la sécurité »

Photo: ČTK

Suite de l’entretien avec Michaela Šojdrová, membre du Parti populaire européen, une formation qui regroupe un ensemble de partis d'inspiration chrétienne au Parlement européen. Dans la première partie de l’entretien qu’elle a accordé à Radio Prague, Michaela Šojdrová s’était exprimée sur l’accueil en République tchèque cette année de 153 réfugiés irakiens de confession chrétienne. Si elle estime que ce programme d’aide pourrait permettre de faire évoluer la position très réticente des Tchèques à accueillir en plus grand nombre des migrants originaires du Proche-Orient, Michaela Šojdrová affirme néanmoins soutenir la politique du gouvernement de Bohuslav Sobotka, une position souvent mal acceptée à Bruxelles :

Photo: ČTK
« Oui, nous avons déjà dit à plusieurs reprises qu’il s’agit là d’un projet pilote. Si tout se passe bien, une suite y sera donnée. Nous voulons aider plus de gens, car ce que nous faisons actuellement n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Même si cela n’enlève rien au fait que des vies seront quand même sauvées et que c’est important, l’accueil de ces chrétiens d’Irak n’est qu’un début. »

Concernant la crise migratoire, le pape François a appelé les pays européens à accueillir les réfugiés. En République tchèque, on a assez peu entendu l’Eglise. Le cardinal Dominik Duka dit certes qu’il faut aider les gens dans le besoin, mais il y a toujours un ‘mais…’ Pourquoi donc, selon vous, la voix de l’Eglise, qui serait légitime, ne se fait-elle pas plus entendre ?

« Je comprends la situation. Je pense qu’il faut agir plus et parler moins. Personnellement, je sais que l’Eglise fait beaucoup de choses. Tous les chrétiens, qu’ils soient catholiques, évangéliques ou autres, sont prêts à aider. Mais faire une grande campagne publicitaire n’est pas la bonne stratégie. Je le dis ouvertement. Il y a une grande menace de populisme, car il y a encore des milliers de réfugiés musulmans qui vont vouloir se rendre en Allemagne. Nous avons peur, et c’est naturel. Mais les forces politiques utilisent tous les arguments en leur faveur pour mener leur combat, et même ce que peuvent dire nos évêques ou notre archevêque Dominik Duka. C’est pourquoi je comprends qu’il préfère ne pas trop s’exprimer. Mais je suis sûre que nous sommes prêts à agir. Et cela est beaucoup plus important que tous les discours. »

Michaela Šojdrová, photo: Filip Jandourek, ČRo
Vous ne pensez donc pas qu’il aurait été préférable que l’Eglise dise clairement ‘Oui, nous avons des capacités d’accueil, accueillons ces gens’ ?

« Vous savez, à la messe, j’ai entendu plusieurs fois les prêtres qui disent ouvertement qu’il est de notre devoir d’accueillir les migrants et qu’il faut écouter le message du pape François. Je ne peux pas non plus m’exprimer au nom des hauts représentants de l’Eglise, mais je ne doute pas de sa volonté d’agir. Il faut refuser la haine et la violence, le faire savoir et se faire entendre, mais pour le reste, l’Eglise a sa propre stratégie. »

Vous êtes membre du parti chrétien-démocrate, qui est une des trois formations de la coalition gouvernementale. Celle-ci est très réservée sur l’accueil des migrants et opposée aux quotas de répartition imposés par l’Union européenne. Quelle est la perception de votre parti sur ce débat au sein du gouvernement ?

Photo: CAFOD, CC BY-NC-ND 2.0
« Je pense que le gouvernement est à l’unisson dans la direction des activités. La sécurité et la solidarité constituent la priorité. C’est aussi celle des chrétiens-démocrates. Oui à la solidarité, mais face à cette vague de réfugiés, la sécurité doit prédominer. Par exemple, nous avons accepté sans protester les quotas obligatoires de répartition. Parallèlement, nous demandons à ce que soit renforcé le contrôle des frontières extérieures de l’espace Schengen. C’est là pour nous une condition sine qua non. Il faut éliminer l’immigration illégale, parce qu’elle constitue un grand danger. A mon avis, accepter d’accueillir ces migrants clandestins a été la grande erreur de l’Allemagne. Je pense que nous pouvons mettre l’accent sur la solidarité sans omettre la sécurité. Cette position fait l’objet d’un consensus au sein du gouvernement. »