« Milan, restez au-dessus de la mêlée !», conseille Havel à Kundera

Václav Havel, photo: CTK

Plus d’une semaine après le début de « l’affaire Kundera », la publication d’un rapport de police de 1950 dans lequel l’écrivain apparaît comme un informateur continue de diviser l’opinion en République tchèque. Plusieurs personnalités, dont l'ex-président, sont montées au créneau pour prendre la défense de l’auteur de L’insoutenable légerté de l’être et pour critiquer les méthodes des jeunes chercheurs.

Václav Havel, photo: CTK
On attendait sa réaction : elle est venue une semaine après la publication du désormais célèbre procès-verbal par le magazine Respekt. C’est dans le numéro suivant de cet hebdomadaire que Václav Havel s’est exprimé dans une tribune avec deux messages principaux.

Le premier message est destiné aux jeunes historiens que l’ancien président prie d’être prudents quand il s’agit de juger l’histoire. « Sinon vous ferez de bonne foi plus de mal que de bien, comme vos grands-pères », écrit Václav Havel, avant de s’adresser directement à Milan Kundera : « Milan, restez au-dessus de la mêlée ! L’homme, comme vous le savez sûrement, est confronté dans sa vie à des choses pires qu’à des diffamations dans la presse ».

Václav Havel – Milan Kundera : les deux Tchèques les plus célèbres dans le monde (si on laisse de côté les joueurs de foot) n’ont jamais été des proches. Cela n’empêche pas l’ancien dissident qu’est Havel de prendre la défense de l’ancien communiste convaincu ensuite exilé en France qu’est Kundera.

« Même si Kundera est vraiment allé à la police pour annoncer qu'il y avait un espion quelque part, ce qui n'a pas eu lieu à mon avis, il faut essayer - au moins essayer - de le voir dans le contexte de l'époque », écrit Havel dans Respekt.

Autre personnalité tchèque à prendre la défense de Kundera cette semaine : l’écrivain Pavel Kohout. Rappelons que Kundera a catégoriquement nié avoir dénoncé qui que ce soit à la police. « Je ne doute pas qu’il dise la vérité. Personne ne peut comprendre l’atrocité de cette époque s’il ne la pas connu », écrit Pavel Kohout, qui ajoute cependant que lui « s’efforce depuis 40 ans de parler et d’écrire sur son passé communiste, ce que Milan Kundera n’a jamais fait ».

« Aujourd’hui, cette épouvantable période le rattrape », conclue Kohout, selon lequel cette affaire pourrait permettre « d’ouvrir une discussion sur le passé ».