Mojenka, les aventures d’une petite élève à l’école de la vie

'Mojenka'

 « Nous sommes tous interconnectés - arbres, champignons, animaux, gens », c’est un des messages que retient le lecteur quand il referme le livre intitulé Mojenka. Ce titre insolite que nous pourrions traduire très librement comme « Mienne » est l’œuvre d’une poétesse. Elle s’appelle Olga Stehlíková (1977) et son livre écrit pour les enfants présente de nombreux aspects susceptibles d’intéresser aussi les adultes.

Ecrire pour les enfants

Olga Stehlíková | Photo: Michael Erhart,  ČRo

Dire qu’Olga Stehlíková est une poétesse ne serait que sélectionner une des multiples facettes de sa personnalité. Cette lauréate du prix Magnesia Litera dans la catégorie Poésie est également une éditrice ayant préparé à la publication des dizaines de livres, une journaliste qui collabore intensément avec la radio et la télévision et aussi l’auteure de quatre livres pour les enfants. Ecrire pour les enfants est pour elle un plaisir et une récompense :

« C’est un monde tout à fait différent pour moi. C’est un monde plus libre où je me sens plus en sécurité. Je dirais que cela demande moins d’effort et c’est un travail plus joyeux. »

Les aventures d’une petite fille rebelle et aventurière

Mojenka, le dernier de la série de quatre livres qu’Olga Stehlíková a écrits pour les enfants, est une espèce de confession d’une jeune fille de neuf ans qui raconte avec beaucoup de désinvolture sa vie, ses aventures, ses malheurs, ses plaisirs et ses tristesses. Mojenka est le surnom tendre que lui a donné sa mère, botaniste et enseignante à l’université. La fille adore cette mère qui lui a appris à aimer la nature dans tous ses aspects. Elle aime cependant aussi son père, un historien pour lequel la nature n’est pas un sujet très attractif mais qui compense ce défaut par son sens de l’humour.

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

Les choses commencent à se compliquer lorsque la mère tombe gravement malade. Désormais l’existence de Mojenka se déroulera sur fond inquiétant de la maladie de sa mère ce qui ne l’empêchera pas cependant de vivre intensément sa vie et de passer à l’aventure. Olga Stehlíková s’explique :

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

« Je voulais écrire un livre qui ne serait pas destiné uniquement aux jeunes filles, un livre qui pourrait intéresser aussi les adultes et les garçons. Je ne voulais pas placer le thème de la maladie au premier plan. Cela devait être plutôt un rideau sombre au fond de la scène sur laquelle se dérouleraient beaucoup d’autres actions. Et c’étaient justement ces actions, ces péripéties que je souhaitais mettre en avant. Je voulais écrire un livre d’aventures parce que Mojenka est d’une nature assez rebelle et aventurière. Et ses aventures motivées par le besoin de faire le bien, ne finissent pas toujours bien. Je voulais donc écrire aussi un livre qui ne manquerait pas d’humour et serait amusant pour les lecteurs. »

L’amour de la nature

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

La mère a appris à Mojenka à observer et à aimer la nature dans toute sa splendeur mais aussi dans ses détails les plus infimes. Le livre regorge donc d’innombrables renseignements, observations et réflexions sur les plantes et les animaux, sur cette nature mystérieuse qui ne livre ses secrets que si elle est observée discrètement, patiemment et affectueusement. Olga Stehlíková avoue qu’elle partage aussi cet amour de la nature :

« Je suis passionnée par la nature et donc j’en sais quelque chose. Et les connaissances de la nature que la mère apprend à Mojenka, ce sont les faits généralement connus. Ce ne sont donc pas des données détaillées et scientifiques et je pense qu’elles sont connues aussi en grande partie des jeunes lecteurs. La mère les transmet à Mojenka dans les dialogues du livre d’une façon très claire en simplifiant un peu les choses, d’une façon qui est adéquate à l’âge de sa fille. Mon intention était aussi de motiver les lecteurs à s’intéresser davantage à la nature qui est fascinante. Je voulais donner aux enfants l’occasion de lire et d’apprendre tout cela d’une façon tout à fait naturelle et spontanée, mais mon objectif n’était pas d’écrire un livre didactique et savant pour leur transmettre des connaissances encyclopédiques. Absolument pas. »

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

Les désarrois d’une petite apprentie dans les ateliers de la vie

Le livre couvre une période de trois ans dans la vie de Mojenka, entre sa neuvième et onzième année. Elle découvre progressivement le monde et nous assistons à son apprentissage de la vie avec ses hauts et ses bas. Dans le texte qui prend la forme d’un journal intime, elle parle de ses désirs, de ses appréhensions, de sa timidité et de sa sauvagerie qu’elle n’arrive pas toujours à dominer. Elle est plutôt repliée sur elle-même et n’a pratiquement pas d’amis de son âge. Par contre, ses relations avec les adultes sont assez intenses mais bien compliquées.

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

Elle est pleine de bonnes intentions, mais ses activités ne sont pas toujours accueillies positivement et lui causent beaucoup de problèmes. Les adultes ne comprennent pas par exemple pourquoi elle s’est échappée de la maison pour passer une nuit à la belle étoile dans une forêt. Et ils comprennent encore moins pourquoi elle a volé plusieurs animaux dans une fourrière pour leur rendre la liberté. Olga Stehlíková est mère de deux filles dont la cadette a presque l’âge de Mojenka. En évoquant les désarrois de sa petite héroïne, elle sait donc bien de quoi elle parle :

« J’en ai discuté surtout avec ma fille cadette âgée de treize ans. L’histoire correspond donc très bien à son âge et à ses intérêts. Oui, nous en avons beaucoup parlé. Cela ne veut pas dire que j’aie changé beaucoup de choses dans le livre en fonction de ses conseils, mais elle m’indiquait par exemple les passages qui lui semblaient un peu longs ou trop instructifs. »

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

Les dons et les pertes

Les aventures de Mojenka se déroulent sur fond de la maladie de sa mère. Ce sont deux lignes du récit qui se développent en contrepoint. La petite fille ne peut pas ignorer l’affaiblissement de sa mère ni sa maladie qui progresse. Elle en souffre et se révolte intérieurement contre le destin. Et c’est encore la nature avec ses transformations continues au fil des saisons, avec ses périodes de vie renaissante et de dépérissement qui lui apporte la consolation et l’acceptation de l’inévitable. On trouve rarement ce genre de thème dans les livres pour enfants. Olga Stehlíková a le courage d’en parler parce qu’elle ne veut pas cacher aux jeunes lecteurs que la vie apporte aussi des pertes :

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

« Je voulais écrire cette fois-ci un livre sur une famille actuelle, un livre tout à fait réaliste mais je souhaitais démontrer aussi que la nature à Prague et dans ses environs est pleine de miracles. C’était ma principale motivation. »

La poésie de la terminologie botanique

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host

Mojenka est donc un livre qui est un hommage discret à la nature, c’est un aveu d’admiration et de fascination face à la diversité infinie des formes de la vie par lesquelles la nature ne cesse de nous étonner si nous sommes capables de les voir. Poétesse, Olga Stehlíková introduit tout naturellement dans son texte de nombreux noms de plantes et cette terminologie botanique nous fait découvrir non seulement les richesses de la nature mais aussi celles de la langue tchèque. L’écrivaine a toutefois cherché à éviter la tentation du didactisme :

« Je ne souhaite surtout pas que mon livre soit considéré comme une espèce de manuel ou de moyen didactique. Par contre, cela me ferait vraiment plaisir d’apprendre que des parents de familles qui se sont retrouvés dans une situation difficile, prennent ce livre comme une espèce de secours. Cela me plairait énormément parce qu’en écrivant mon livre, je voulais surtout donner de l’espoir. »

'Mojenka' | Photo repro: Olga Stehlíková,  'Mojenka'/Host