Moto : menacé de disparition, le GP de Tchéquie reste dépendant des deniers publics

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Le traditionnel Grand Prix moto de République tchèque s’est tenu à Brno ce week-end. Malgré l’immense succès populaire de la course, le maintien de celle-ci au calendrier du championnat du monde de vitesse reste menacé faute de moyens financiers suffisants.

Grand Prix moto de Tchéquie, photo: CTK
Même les politiques savent tenir une promesse ! La preuve : le Grand Prix moto de République tchèque 2012 comptant pour le prestigieux championnat du monde de vitesse s’est bien tenu à Brno le week-end écoulé. Pourtant, l’année dernière encore, les organisateurs eux-mêmes avaient menacé de tout supprimer sans une nouvelle aide publique. Cette année, rien de tout cela. Pas de supplication médiatique. Et comme de tradition depuis le premier Grand Prix en 1987, celui-ci a été un grand spectacle pour les amateurs de sport automobile en provenance de toute l’Europe centrale et une nouvelle fois très nombreux dans la capitale de la Moravie.

Pourtant, la survie du Grand Prix, événement sportif le plus important organisé en République tchèque, tient toujours à un fil. Cette année, la course a pu se tenir grâce à trois subventions d’un montant global légèrement inférieur à deux millions d’euros allouées respectivement par le ministère de l’Education et des Sports, la ville de Brno et la région de Moravie du Sud. Cette somme a été reversée, entre autres, à la société Dorna Sports, qui détient les droits commerciaux du championnat du monde et décide ainsi de l’inscription de Brno à son calendrier.

Ivana Ulmanová
Mais à la différence de 2012, aucune promesse politique n’a encore été faite pour l’édition 2013, les négociations avec le nouveau ministre de l’Education, Petr Fiala, en étant pour l’heure au point mort, comme l’explique Ivana Ulmanová, directrice de la société propriétaire du circuit Masaryk à Brno et organisatrice en tant que telle du Grand Prix :

« Je ne sais absolument pas s’il est amateur de sport automobile ou pas, s’il est favorable ou pas à l’organisation du Grand Prix. Le ministre est certes originaire de Brno, mais ce n’est pas une garantie pour nous. Ce qu’il faut d’abord, c’est rester les pieds sur terre et se poser la question de savoir si la tenue de cette manifestation a un sens ou pas pour l’Etat. Mais ce qui est certain, c’est que si l’Etat ne nous aide pas, ce ‘cirque’ sur le circuit Masaryk ne pourrait jamais plus être organisé. »

De nouvelles discussions avec le ministère devraient être engagées vers la mi-septembre. Il restera alors trois mois environ, jusqu’à fin décembre, pour donner la garantie à la société Dorna Sports que Brno est bien en mesure d’assurer l’organisation du prochain Grand Prix.

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Or, depuis quelques années, l’Etat tchèque envisage de ne plus concourir à son financement. L’année dernière, le ministre des Finances, Miroslav Kalousek, avait même comparé la manifestation à une fête foraine, estimant qu’il s’agissait d’une affaire commerciale comme une autre. Selon lui, en tant que tel, le Grand Prix ne mériterait donc aucune subvention publique. Une argumentation avec laquelle ne sont bien entendu pas d’accord les organisateurs, qui mettent en avant les importantes rentrées dans les caisses de l’Etat générées par le Grand Prix. Ivana Ulmanová :

« Tous les résultats des enquêtes commandées par diverses institutions pour savoir quelles sont les retombées réelles du Grand Prix confirment que celles-ci sont extrêmement favorables. Il y a d’abord le retour sur investissement qui est très important, mais aussi des retombées positives en termes de promotion tant de la République tchèque que de Brno et de sa région. »

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Le montant des frais d’organisation du Grand Prix s’élève à 5,8 millions d’euros. Malgré la présence de près de 240 000 spectateurs durant les trois jours de course, qualifications des vendredi et samedi comprises, l’édition 2012 s’était achevée sur un déficit de 1,25 million d’euros. Un bilan négatif qui, pour les organisateurs, ne doit cependant pas faire oublier que l’ensemble des dépenses de logement, d’alimentation et autres effectuées par le public tout au long du week-end, et même les jours précédents, rapportent à l’Etat plus de huit millions d’euros. Cette année, ce sera sans doute un peu moins, puisque seul un peu plus de 212 000 personnes ont assisté au Grand Prix. Une affluence en baisse par rapport aux éditions précédentes qui est la conséquence de la météo pluvieuse, mais aussi de la crise économique dont l’influence, selon Ivana Ulmanová, est…

« …énorme. Tout le monde fait des économies. Avant, les premiers spectateurs commençaient à arriver et à remplir les camps de camping dès les mardi et mercredi. Aujourd’hui, les visiteurs viennent d’abord de l’étranger. Les Tchèques, eux, s’ils ne sont pas de Brno ou de la région, ne viennent que pour assister aux courses le dimanche, car pour une famille, si on compte les frais de déplacement, de logement et tous les autres à-côtés, un tel week-end revient relativement cher. »

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Cher, le Grand Prix l’est donc pour tout le monde. Mais pour ses organisateurs, sa tenue n’en reste pas moins indispensable. Car si elle ne génère pas de bénéfices, la course permet néanmoins au circuit de Brno de conserver son prestige tant auprès des pilotes, qui l’apprécient beaucoup, que des équipes, qui s’y rendent régulièrement le reste de la saison pour tester leurs motos. Une location du circuit qui rapporte à la société qui en est la propriétaire près de 2,5 millions d’euros par an et lui permet de fonctionner le reste du temps. Car si le Grand Prix de République tchèque disparaissait du calendrier du championnat du monde, nul doute que le circuit de Brno, condamné alors à devenir le cadre de courses de moindre envergure, tomberait peu à peu dans l’oubli pour tout le monde.