Neutralité carbone et refus de l’aide de la CE, l’actualité européenne dans la presse tchèque

Photo: Petr Kinšt, CC BY-SA 3.0

Alors que le mandat du président de la République Miloš Zeman s’achèvera dans deux ans et demi, y a-t-il déjà lieu de chercher des candidats à sa succession ? C’est une des questions que se sont récemment posées les médias tchèques, comme nous le verrons dans cette nouvelle revue de presse. L’approche de la Tchéquie quant à la neutralité carbone et le rejet par le chef du gouvernement Andrej Babiš du projet d’aide de la Commission européenne sont deux autres sujets traités, de même que les émotions se rattachant au retour du loup sur le territoire tchèque.

Photo: Bazi, CC BY-SA 3.0

Les Pirates, le Parti civique démocrate (ODS) et les autres partis de l’opposition réfléchissent-ils chacun de leur côté à de possibles candidats dans l’optique de la prochaine élection présidentielle qui se tiendra en janvier 2023 ou cherchent-ils à se mettre d’accord pour n’en présenter qu’un seul ? Voilà une question à laquelle il convient pour l’heure de répondre par la négative, ce qui augmente l’hypothèse que la campagne se déroule sous la baguette d’Andrej Babiš et de l’actuelle chancellerie présidentielle. C’est du moins ce que prétend le commentateur du site aktualne.cz, qui explique :

« On se trouve à la mi-temps du deuxième quinquennat de Miloš Zeman, mais il est déjà grand temps de lui chercher un successeur, car il est évident que les électeurs peinent à accepter un candidat peu connu qu’il ne sont pas habitués à voir à la télévision. Selon une enquête menée en mars dernier par l’agence STEM/MARK, Andrej Babiš se trouve en tête du peloton des potentiels candidats, suivi de l’acteur et présentateur très populaire Marek Eben et du général Petr Pavel. Les sénateurs Pavel Fischer, Jiří Drahoš et Marek Hilšer, qui s’étaient présentés lors de l’élection précédente, figurent eux aussi sur la liste des favoris, tandis que les femmes, comme par le passé, sont presqu’absentes. »

Le commentateur remarque aussi qu’après la crise du Covid-19, la popularité de l’épidémiologiste Roman Prymula a grimpé en flèche. Du coup, celui-ci fait figure de potentiel candidat idéal pour le mouvement ANO du Premier ministre Andrej Babiš, dont il est proche.

L’éditorial de l’avant-dernier numéro de l’hebdomadaire Respekt soulève lui aussi la question de la prochaine élection présidentielle. De l’avis de son auteur, les Tchèques pourraient s’inspirer des Slovaques et de leur présidente Zuzana Čaputová, qui a durant la crise rendu toutes sortes de services exemplaires à la population de son pays. « Bref, les Tchèques ont devant eux une cheffe d’Etat idéale, le seul problème est que par un étrange concours de circonstances, c’est en Slovaquie qu’elle est née », écrit-il.

La neutralité carbone et la Tchéquie

Photo: Petr Kinšt, CC BY-SA 3.0

En finir avec le charbon est devenu un impératif. C’est ce qu’affirmait l’économiste Bedřich Moldan dans l’édition de jeudi dernier du quotidien Mladá fronta Dnes, à l’occasion de la tenue de la réunion de la Comission du carbone appelée à proposer au gouvernement un horizon concret pour la réduction et la la fin de l’exploitation du charbon en Tchéquie. Il écrit :

« Le monde entier est en train d’abandonner progressivement le charbon. Son utilisation est en déclin également en Europe. Les centrales à charbon ont déjà été ou seront fermées dans la plupart de ses pays, cet engagement ayant même force de loi dans certains d’entre eux. La Tchéquie quant à elle n’a toujours pas formulé d’engagements dignes de ce nom. C’est donc à la Commission du carbone de définir une date pour l’abandon du charbon entre 2030 et 2050. »

L’économiste rappelle la précédente décision prise par le gouvernement tchèque de se joindre à l’engagement européen pour parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2025, avant de remarquer :

« Si la Tchéquie veut faire partie des Etats qui se développent favorablement, elle ne peut pas abandonner ou freiner les tendances globales de l’Union européenne. Pourtant, sa position à l’égard de la crise climatique va à contre-courant de cette volonté, affaiblissant ainsi la compétitivité et l’attractivité du pays. Le but de la neutralité carbone dans le cadre de l’UE n’a pas été défini arbitrairement, mais en étant pleinement conscient de la gravité de la menace d’une crise climatique globale. Il convient de se réveiller et d’agir avant qu’il ne soit trop tard. »

Le refus tchèque du projet d’aide de la CE

Photo illustrative: Commission européenne

Le projet de soutien de 750 milliards d’euros présenté par la Commission européenne en vue d’aider le continent touché par la crise n’a pas suscité l’intérêt qu’il mériterait en Tchéquie. Pourtant, d’après ce qu’estime un commentateur du quotidien économique Hospodářské noviny, cette proposition constitue un moment historique dans l’histoire de l’Europe. « S’il la refusait, le Premier ministre Andrej Babiš se rangerait aux côtés de l’ancien chef de gouvernement communiste Klement Gottwad lorsque celui-ci a rejeté le plan Marshall, un autre projet tout aussi historique », a-t-il écrit. Il précise :

« Le plan Marshall, une aide économique et financière proposée par les Etats-Unis aux pays européens en 1947, a contribué au rétablissement économique des pays d’Europe de l’Ouest. Après l’avoir accepté dans un premier temps, la Tchécoslovaquie l’a finalement refusé sous la pression des Soviétiques. Aujourd’hui, il semble que nous voulions nous priver, de notre propre gré, d’une nouvelle chance historique. L’ampleur du plan de la Commission européenne ‘Next generation EU’ est pourtant au moins trois fois plus important que le plan Marshall. Il est vrai qu’en Europe le projet n’a pas été accueilli avec enthousiasme partout et par tout le monde et que ses différents aspects feront l’objet de débats animés. Cela dit, seuls deux Premiers ministres, Andrej Babiš pour la République tchèque et Viktor Orban pour la Hongrie, l’ont rejeté rapidement. »

C’est la raison pour laquelle toute la scène politique tchèque devrait s’intéresser à la question. « Sommes-nous vraiment dans une situation aussi bonne pour nous permettre de refuser un projet que beaucoup considèrent comme une occasion qui ne se représentera peut-être plus ? », s’interroge le commentateur de Hospodářské noviny. Pour lui, plusieurs raisons justifient son adoption, parmi lesquelles l’importante augmentation du Fonds pour une transition juste destiné à aider les pays qui décarbonisent leur production énergétique.

Retour du loup : inquiétude

Photo: Peter Drengubiak/Hnutí Duha

Une importante recherche de terrain effectuée l’année dernière a permis de recenser la présence de loups dans dix-huit localités en Tchéquie. Le supplément Relax du quotidien Lidové noviny observe à ce propos :

« Le retour des loups sur le territoire tchèque provoque des réactions contradictoires et remplies d’émotion. Pour les uns, il s’agit d’un miracle, tandis que pour d’autres, comme les éleveurs de moutons, la croissance de leur population représente un problème inquiètant qui touche d’ailleurs l’ensemble de l’Europe. Pour leur part, les biologistes et les écologistes voient la présence de ces espèces animales protégées d’un bon œil. Ils estiment qu’elle devrait profiter également aux agriculteurs et aux forestiers, car les loups peuvent réduire les dégâts causés dans les forêts par les grands gibiers en surpopulation, notamment les cerfs et les sangliers. Les dégâts causés par ces derniers sont en effet beaucoup plus importants que ceux causés par les loups sur les troupeaux de moutons. »

Le loup est présent en Bohême et en Moravie depuis plusieurs siècles. Toutefois, au fur et à mesure, la chasse a radicalement réduit ses populations, jusqu’à sa disparition aux XIXe et XXe siècles. Selon certaines sources, le dernier loup « tchèque » aurait été abattu en 1874 dans le massif de la Šumava. Les premiers loups sont réapparus en 1994 dans le massif des Beskides, en Moravie du Nord.

Le supplément Relax rapporte en conclusion que le ministère de l’Environnement a mis sur pied un programme spécial pour la protection du loup, histoire de trouver un arrangement pour la cohabitation de l’homme avec le prédateur.