Radio Prague, les ondes de la révolte : le film de Jiří Mádl dépasse le million de spectateurs et vise l'Oscar

'Vlny'

Grosse semaine pour le film Vlny/Waves (intitulé en français Radio Prague, les ondes de la révolte) : il a dépassé la barre du million de spectateurs en Tchéquie et Slovaquie et a été sélectionné parmi les 15 long-métrages (sur 86 en tout) encore en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger.

Son réalisateur, Jiří Mádl, a encore un peu de mal a expliqué ce succès :

Jiří Mádl | Photo: Film Servis Festival Karlovy Vary

« Eh bien, si je connaissais la clé, je recommencerais, mais je ne peux pas vraiment le dire. Je pense que ce que nous avons vraiment essayé de faire, c’est de rendre le film clair à plusieurs niveaux. Nous voulions que les émotions soient claires, que les valeurs soient claires, et que les faits soient clairs pour tout le monde, pas seulement pour le public qui connaît un peu l’histoire, mais aussi pour celui qui n’en sait rien. Je parlerais d’un public international. Je ne dis pas qu’ils ne savent rien, mais leur connaissance de notre histoire est souvent limitée. Nous avons également beaucoup pensé au jeune public. »

Jiří Mádl a commencé à travailler sur ce projet il y a une quinzaine d’années, et une partie de ses recherches a consisté à parler à certaines des personnes qui étaient à la radio publique au moment de l'écrasement du Printemps de Prague et de l'invasion de la Tchécoslovaquie orchestrée par Moscou en 1968, et qui sont devenues des personnages dans le film :

« J’ai appris beaucoup de choses de ces personnes. Ce qui m’a peut-être le plus marqué, c’est que, peu importe ce qui s’est passé ensuite, ils ne se sont jamais vus comme des perdants. On peut appeler cela une défaite, mais selon leurs mots, ils ne se sont pas perdus eux-mêmes. J’aime beaucoup cette vision que Věra Šťovíčková m’a décrite. Elle disait : regardez la planète. Nous sommes si petits, et vous avez l’impression que votre vie est inutile, et c’est vrai. Mais imaginez qu’une fois dans votre vie, vous avez fait quelque chose de juste, dont vous êtes sûr. Cela rend beaucoup plus facile de regarder la planète à nouveau. C’est quelque chose que j’ai gardé à l’esprit et dans mon cœur. En racontant ces histoires, c’était une narration de vainqueurs. »

Rostislav Běhal est l’un des anciens de la radio tchécoslovaque à avoir inspiré l’un des personnages du film.

Rostislav Běhal | Photo: Archives de ČRo

Jiří Mádl : « C’était un directeur de programme, un employé de radio que l’on pourrait qualifier d’ordinaire. Mais une nuit, il a été réveillé et convoqué au bureau de Hoffmann, qui gérait les médias, la radio, la télévision — une sorte de ministre de l’Information à l’époque. Il l’a appelé peu avant minuit et lui a remis un faux message, disant que les troupes venaient pour nous aider et que les dirigeants tchécoslovaques avaient demandé cela. Il a répondu : "C’est un mensonge. Je ne vais pas le diffuser." Pour moi, c’est probablement le moment le plus crucial de tout ce que j’ai lu. Le déclencheur principal pour écrire cette histoire, car j’ai vu la grande responsabilité que cet homme ordinaire avait entre ses mains. S’il avait diffusé ce message, nous aurions probablement une toute autre perception de ces événements aujourd’hui. Le monde entier les aurait vus autrement, car il n’y avait pas tant de médias pour diluer ou contredire ce message. Il a fait preuve d’un immense courage, crucial pour toute la nation. »

'Vlny' | Photo: Dawson Films

Désomais sur la short-list pour l’Oscar du meilleur film étranger qui sera remis le 2 mars après la dernière sélection des nominés le 17 janvier, Jiří Mádl revient sur la compétition internationale plus que difficile avec des moyens limités :

« C’est sans doute le plus petit budget parmi les 15 films. J’en suis presque sûr. La première fois que nous sommes allés à Los Angeles, c’était un calvaire. Comprendre la différence entre nous et les autres, réaliser que nous n’étions pas sur la carte — personne ne nous connaissait. Nous avons rejoint la course très tard, car l’Académie tchèque du film et de la télévision choisit le candidat à la mi-septembre, ce qui est très tard. Certains films sont en lice depuis des mois, lancés à Berlin ou ailleurs, et la communauté les connaît déjà très bien. »

'Radio Prague – les ondes de la révolte' | Photo: Dawson Films

« Nous avons travaillé dur. Nous avons simplement investi notre énergie là où nous ne pouvions pas investir d’argent et utilisé intelligemment le peu de budget dont nous disposions. Mais il y a une chose essentielle et cette chose est le film. Et dans cette partie, celle où vous essayez d’atteindre la liste des finalistes, ce n’est pas équitable. Vous devez capter leur attention pour qu’ils regardent le film. D’autres films paient des dîners et trouvent des moyens très agréables pour séduire les membres de l’Académie, alors que nos outils étaient limités. Mais une fois que nous avons vu que les gens aimaient le film, il s’est propagé. Tout ce que vous avez à faire, c’est ne pas l’entraver et le soutenir autant que possible. Et chaque succès nécessite une bonne dose de chance. »

Pour l’instant l’accueil réservé au film par les publics étrangers a été plus que positif :

« C’est ce qui m’intéresse le plus. Vous ne pouvez pas vraiment dire si les réactions sont identiques. Mais les questions posées lors des séances de questions-réponses après le film, elles, sont les mêmes. C’est incroyable. Que ce soit à Los Angeles, en France, au Danemark ou ailleurs, ou même devant un jeune public, comme lors d’une projection pour des écoles où il y avait des enfants de 12 ans : ils posent exactement les mêmes questions que les spectateurs en Amérique, à Karlovy Vary ou ailleurs en Tchéquie. »

'Vlny' | Photo: Dawson Films

En passe de sortir dans quelques mois dans l’Hexagone – sous le titre Radio Prague, les ondes de la révolte – le film devrait sortir dans plusieurs autres pays prochainement.

« Le film a déjà été vendu en France, en Espagne, en Hongrie, et je crois que le Brésil est en négociation. Mais disons que le plus important est notre nomination sur la liste des finalistes, qui ouvre beaucoup de possibilités. Je ne peux pas encore dire quand et comment le film sera diffusé à l’international, mais c’est en cours. Sur les 15 films de la liste, seuls deux n’ont pas encore de distributeur aux États-Unis. L’un d’eux est Waves, alors nous espérons obtenir un distributeur - et un bon. »

'Vlny' | Photo: Film Servis Festival Karlovy Vary