Adoption de l’euro : l'invariable « oui mais... non » de la Tchéquie
En 2024, la Tchéquie a ralenti le rythme de son endettement davantage que ne le prévoyait le gouvernement, avec un déficit, qui, selon les statistiques, est repassé en dessous du seuil des 3 % du PIB. Ainsi, la Tchéquie remplit de nouveau un critère clé pour une éventuelle adoption de l’euro. Sauf que pas grand-monde sur la scène politique ne semble vouloir faire de la monnaie européenne une priorité. Encore moins avec des élections en ligne de mire.
« Adoptons l’euro, cela facilitera les échanges commerciaux avec les autres pays et réduira les coûts de transaction. Dans le contexte des événements récents, je pense qu’il est également clair pour de nombreux citoyens qu’une plus grande intégration européenne est nécessaire. »
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Bien que Josef Bernard, président de la commission en charge du budget à la Chambre des députés et membre du parti STAN, prétende le contraire, disons les choses clairement : les politiques tchèques ne veulent majoritairement pas de l’euro. Même les partis favorables à son adoption - du moins si l’on s’en tient à leur programme et à leur discours officiel -, comme donc STAN (libéral) mais aussi TOP 09 (centre-droit) et dans une moindre mesure les chrétiens-démocrates, soit quand même trois des quatre formations qui composent l’actuelle coalition gouvernementale, n’en font pas une priorité.
Et ce, d’autant moins à l’approche d’une échéance aussi importante que les élections législatives puisque, si l’on s’en tient à une récente enquête d’opinion commandée par la Radio tchèque, un peu plus de sept Tchèques sur dix ne verraient pas d’un bon œil une éventuelle intégration de leur pays à l’eurozone.
À leur décharge, les partisans de la monnaie européenne doivent composer au sein du gouvernement avec les conservateurs de l’ODS, qui forment la composante la plus importante de la coalition. Même si le discours de leur leader, le Premier ministre Petr Fiala, a quelque peu évolué sur la question ces dernières années, les ministres et députés de l’ODS restent, pour l’heure, encore très réticents à l’idée de voir l’euro remplacer la couronne.
La semaine dernière, pourtant, après la publication par l’Office tchèque des statistiques (ČSÚ) du bilan de l’actuelle santé financière du pays, le ministre des Finances, lui aussi membre de l’ODS, n’a pas manqué de se féliciter de voir la Tchéquie à nouveau remplir un des critères clés de Maastricht, avec notamment un déficit qui a été le moins important de ces cinq dernières années. Interrogé sur la question dimanche par la Télévision tchèque, le même Zbyněk Stanjura a néanmoins rappelé qu’au-delà de l’interprétation de ces chiffres, seuls un quart des Tchèques souhaitaient actuellement suivre l’exemple de la Slovaquie voisine, dont l’abandon de l’ancienne couronne remonte désormais à seize ans :
« Tant que ce soutien ne sera pas supérieur à au moins 50 %, l’adoption de l’euro ne pourra jamais être quelque chose qui puisse être envisagé de façon réaliste. Mais au-delà de cet aspect, ce qui me semble important, c’est que l’euro, grâce à notre bonne gestion des finances publiques, constitue de nouveau un débat qui peut être mené sérieusement avec des éléments concrets. »
Par éléments concrets, le ministre entend, donc, d’abord le déficit du budget de l’État dont le montant final pour 2024 (177,2 milliards de couronnes - environ 7 milliards d’euros) a représenté 2,2 % du produit intérieur brut, soit un ratio en baisse après les 3,6 % de 2023 et, surtout, pour la première fois depuis 2019, de nouveau inférieur aux 3 % réclamés dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne au titre de la soutenabilité des finances publiques.
Quant à la dette des administrations publiques, avec un montant total d’un plus de 3 492 milliards de couronnes (près de 140 milliards d’euros) à la fin du mois de décembre dernier, elle a, elle, répresenté, en proportion, 43,6 % du PIB, soit, là aussi, un niveau d’endettement qui reste très en dessous du seuil des 60 % fixé par les règles de l’UE.
Autant de chiffres qui, comparés à ceux de beaucoup d’autres pays membres, laissent à penser que Prague demeure effectivement plutôt un bon élève en matière de gestion budgétaire, et ce, même si de nombreux analystes estiment que les finances publiques tchèques, malgré la volonté déclarée du gouvernement et ses régulières déclarations d’autosatisfaction, ne sont toujours pas assainies.
Mais plus encore peut-être qu’une affaire économique, l’euro en Tchéquie apparaît d’abord comme une question politique. Depuis l’adhésion du pays à l’UE en 2004, aucun gouvernement n’a fait de son adoption une priorité. Quelles que soient les compositions et les tendances des coalitions au pouvoir, tous ont toujours déclaré que le moment opportun pour une telle décision n’était pas encore venu.
Et puisque tous les sondages de ces derniers mois font du mouvement ANO le grand favori des élections législatives qui se tiendront à l’automne, il est fort peu probable que cette vision des choses évolue à court ou à moyen terme, comme le confirment les propos de Karel Havlíček, bras droit de l’ancien Premier ministre Andrej Babiš et l'une des figures les plus en vue de la formation populiste :
« Pour le mouvement ANO, l’adoption de l’euro ne constituera absolument pas un sujet pour la prochaine période de mandat électoral. En rejoignant la zone euro, la Tchéquie se priverait d’un instrument économique clé, à savoir la politique monétaire, qui ferait partie des garanties pour les pays les plus faibles de l’UE. »







