12 avril 1945 : Hodonín, en Moravie du Sud, première ville tchèque libérée
Le territoire de l’actuelle Tchéquie s’étant retrouvé occupé par les troupes allemandes dès le 15 mars 1939, la Seconde Guerre mondiale a été particulièrement longue pour ses habitants. Et ce, d’autant plus que la première ville tchèque à avoir été libérée ne l’a été que le 12 avril 1945, soit un peu moins d’un mois seulement avant la capitulation allemande. Il s’agissait de Hodonín, en Moravie du Sud.
Située à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Brno, capitale de la Moravie, la ville de Hodonín se trouve sur la rive droite de la rivière Morava, qui forme la frontière entre les territoires tchèque et slovaque. En raison de sa situation et de l’avancée des forces soviétiques (mais pas seulement) depuis l’est, elle a été la première ville de ce qui était encore le Protectorat de Bohême-Moravie à être libérée de l’occupation nazie.
Historienne au musée Masaryk de Hodonín, Hana Sýkorová revient avec nous sur cet événement.
« La bataille pour Hodonín n’a pas été très longue puisqu’elle a commencé le 11 avril. Après que Holíč, ville frontalière en Slovaquie, a été libérée, les troupes de la 53e armée, une unité de l’Armée rouge, ont pénétré sur le territoire tchèque jusqu’à la rivière Morava, qui constituait la frontière entre Holíč et Hodonín. Mais les combats avaient en fait commencé plus tôt, car les avions de chasse soviétiques attaquaient déjà le secteur d’Hodonin. Ils bombardaient les lignes de défense allemandes et les Allemands qui battaient en retraite. Les combats ont eu lieu entre le 11 et le 12 avril, et le 12 avril à 20h00, la ville était libre et les Allemands en onz été chassés. »
« Les opérations de libération ont fait 39 victimes civiles, tandis que 53 soldats soviétiques et 130 soldats allemands sont morts. Environ 150 bâtiments ont été détruits. Il faut également souligner que si la bataille pour Hodonin a été si courte, c’est parce que l’Armée rouge a déjoué les plans des Allemands en lançant son offensive depuis une direction à laquelle ces derniers ne s’attendaient pas. Ils ont franchi la rivière Morava à proximité du village de Rohatec, qui se trouve à cinq kilomètres au nord-est d’Hodonín, et se sont ainsi retrouvés dans le dos des Allemands. C’est aussi ce qui explique pourquoi il y a eu finalement assez peu de pertes humaines par la suite. »
Hodonín a-t-il subi de nombreux raids aériens pendant la guerre ou, au contraire, l’essentiel des événements dramatiques se sont produits à la fin de celle-ci ?
« Hodonín a souffert de la fin de la guerre, mais je ne parle pas là du dernier mois. La grande tragédie s’est passée le 20 novembre 1944. La ville a été bombardée pendant sept minutes par les bombardiers américains, qui depuis leurs bases en Italie devaient se rendre dans le nord de la Silésie. Mais quand ils sont arrivés là-bas, ils ont constaté que leurs cibles n’étaient pas bien visibles, et afin de pouvoir rentrer en Italie, ils ont choisi d’autres cibles. Parmi celles-ci, outre Zlín, Přerov, Brno et Břeclav, figurait également Hodonín et sa gare. Le problème est qu’il s’agit d’une zone densèment peuplée. Quelque 3 000 personnes se sont retouvées sans abri sous les bombes. Vous imaginez bien la peur qui habitait ensuite les habitants dès qu’un avion, quel qu’il soit, survolait la ville. »
Quel a été le rôle des soldats roumains dans tout cela ? Peu de monde le sait, mais eux aussi ont contribué à la libération.
« La Roumanie a d’abord été du côté allemand au début de la guerre, avant, à partir d’août 1944, de passer dans l’autre camp, si je peux dire les choses ainsi. L’armée royale roumaine a été intégrée au 2e front ukrainien (front de la steppe, qui était une unité militaire soviétique). Et celui-ci a joué un rôle crucial dans l’opération appelée l’offensive Bratislava-Brno. »
Connaît-on le nombre de soldats roumais qui ont pris part à cette offensive, puis ensuite aux combats pour la libération d’Hodonín ? Quelle était la taille de cette unité ?
« Disons les choses un peu autrement : ils étaient présents dans tout le district d’Hodonín et ont participé à de grands combats dans les environs de Veselí nad Moravou et de Kyjov. 86 000 soldats roumains étaient engagés dans l’offensive Bratislava-Brno, mais tous n’ont pas participé aux combats pour Hodonín. Ils sont enterrés au cimetière central de Brno. Et, bien sûr, différents monuments dans les villages et les villes honorent leur mémoire. »
Quelle était la part de la minorité allemande dans la population d’Hodonín avant la guerre ?
« La population allemande n’était pas très importante. Les Tchécoslovaques étaient bien plus nombreux. Il y avait aussi une population juive. Mais, par exemple, les Allemands ne possédaient pas d’école séparée, il n’y avait même qu’une seule classe avec un enseignement en allemand dans la ville. Toutefois, après l’arrivée des troupes allemandes, de nombreux habitants ont commencé à revendiquer leur appartenance allemande, car il en résultait divers avantages. Surtout pendant la guerre, car Hodonín est devenu une ville de transport et de transit. »
« Le nombre de soldats allemands dans la ville augmente alors, avec des fonctionnaires et leurs familles qui s’y installent aussi. Sous le Protectorat, les Allemands se sont mis à occuper de nombreux bâtiments qui appartenaient auparavant à la population tchèque. Sont alors apparus un lycée, une école pour les garçons et une autre pour les filles, une académie de commerce, une école de métiers, une école maternelle, des auberges aussi... Peu à peu, les Allemands ont pris possession de ces bâtiments parce qu’il fallait bien qu’ils logent quelque part et avaient aussi besoin d'entrepôts et de bureaux. »
Est-ce exact que l’évacuation des Allemands a commencé avant même la libération de la ville ?
« Tout à fait. Les Allemands étaient bien conscients de la tournure des événements avec le rapprochement des troupes ennemies. Quand ils ont compris que la guerre était déjà perdue, ils ont commencé à quitter la ville. Bien sûr, cela s’est fait progressivement. Ce sont d’abord les plus riches et les plus influents qui sont partis, puis les fonctionnaires de rang inférieur. »
« Vers le 7 avril, soit donc plusieurs jours avant le début de la bataille pour Hodonín, de nombreux habitants allemands avaient déjà déménagé avec leurs familles. Ceci dit, après la guerre, certains sont restés et ont été internés dans les deux camps qui avaient été créés pour eux dans la ville. »
Y a-t-il eu beaucoup de violences ou d’autres excès contre les Allemands après la guerre ?
« Non. Il n’y a rien eu de notable ou qui ait particulièrement marqué les esprits. Comme je l’ai dit, beaucoup de familles allemandes ont été placées dans les deux camps. Certains d’entre eux ont ensuite participé aux différents chantiers de déblaiement des gravats et ont même, par exemple, aidé à débarasser les ruines de la synagogue de Hodonín. »
Et le premier monument à la mémoire des soldats soviétiques a, lui, été inauguré à Hodonín presque immédiatement après la guerre...
« C’est vrai. Le premier monument aux morts de l’Armée rouge a été inauguré le 30 juillet 1945 dans la zone située derrière l’hôtel de ville, aujourd’hui connue sous le nom de place de la Libération. Il y avait là une tombe où les corps de quatorze soldats tombés lors des combats pour Hodonín avaient été enterrés. Mais leurs dépouilles ont ensuite été transférées au cimetière de la ville, où reposent quelque 1 500 soldats de l’Armée rouge qui ont participé à la libération de l’ensemble du district de Hodonín. Cependant, le monument situé derrière la mairie de Hodonín est resté à sa place et s’y trouve encore aujourd’hui. »