Basket : Prague et Valériane Ayayi, de nouvelles championnes d’Europe « presque » surprise
En battant les Turques de Mersin (66-53) en finale du Final Six de l’Euroligue, dimanche soir à Saragosse (Espagne), les filles de l’USK Prague sont devenues les nouvelles championnes d’Europe de basket. Un immense succès pour le club de la capitale tchèque dans lequel évolue la capitaine de l’équipe de France Valériane Ayayi, et un point final rêvé à la carrière de la légendaire coach slovaque Natália Hejková, sacrée, elle, pour la sixième fois.
Souvent placées mais rarement gagnantes. Prétendantes au trône mais jamais sacrées. Avant le week-end écoulé, telle était un peu l’image que l’on avait des filles de l’USK. Depuis le premier titre continental de l’histoire du club en 2015, conquis devant leur public, les Pragoises participaient en effet à Saragosse à leur huitième tournoi final de la plus prestigieuse des compétitions européennes de clubs en l’espace de dix saisons.
Bien que très souvent présent, donc, dans le dernier carré, jamais le multiple champion de Tchéquie n’était toutefois encore parvenu à réitérer son parcours d’il y a dix ans pour décrocher une deuxième couronne, dans une Euroligue dominée entretemps d’abord par les clubs russes, jusqu’à leur exclusion suite à l’éclatement de la guerre à grande échelle en Ukraine, puis, ces deux dernières saisons, par le géant turc de Fenerbahçe.
Autrement dit, en remportant cette édition 2025, dont la nouvelle formule de la phase finale rassemblait pour la première fois six équipes pour un Final Four ainsi devenu Final Six, c’est une performance majuscule qu’ont signée les joueuses du club tchèque.
D’abord vainqueurs en quarts de finale, mercredi dernier, des Italiennes de Schio (79-72), entre autres grâce à leur ailière française Valériane Ayayi meilleure marqueuse de la rencontre (19 points), puis en demies, vendredi, un peu à la surprise générale et dans les grandes largeurs (91-71), de Fenerbahçe, double tenant du titre, l’USK Prague a achevé une semaine de rêve en venant à bout cette fois de Mersin, l’autre ôgre turc, en finale (66-53).
Auteure de 24 points, élue aussi MVP (meilleure joueuse) de ce Final Six, la pivot américaine Brionna Jones a grandement contribué au sacre tchèque, dimanche soir, au terme d’une finale accrochée et très décousue. Alors qu’elles menaient de treize points (42-29) à la mi-temps, grâce alors notamment à l’adresse de Valériane Ayayi, les Pragoises ont en effet souffert au retour des vestiaires face à une équipe turque autrement plus agressive en défense, et qui comptait quatre joueuses françaises sur la feuille de match.
Auteure, elle, de 9 points, la capitaine tchèque de l’USK, Tereza Vyoralová, a reconnu que ce passage à vide en début de troisième quart-temps, sans l’ombre du moindre panier inscrit en près de huit minutes, aurait pu constituer le tournant de cette finale. Mais la résiliance alors affichée par les Pragoises et leur faculté à repartir de l’avant à ce moment-clé de la partie rendait, à l’heure du bilan, le succès final peut-être encore plus beau, selon elle :
« Je pense que ce que nous avons réalisé durant ce tournoi est tout à fait exceptionnel. La finale a surtout été une guerre des nerfs parce que nous n’avons pas fait notre meilleur match. Nous avons bien commencé et fait une bonne première mi-temps, mais le troisième quart-temps a été très compliqué et nous sommes restées plusieurs minutes sans marquer. Mais même quand Mersin est revenu à égalité au score (42-42), nous n’avons pas perdu pied et avons repris l’avantage. Et c’est aussi pourquoi je suis si fière de ce que nous avons réussi. »
Si Brno, en 2006, restera le premier club tchèque à avoir remporté l’Euroligue féminine de basket, l’USK Prague est, lui, devenu le premier à inscrire une deuxième ligne en lettres dorées à son palmarès sur la scène continentale.
Mieux même, en remontant plus loin encore dans l’histoire, depuis la victoire des handballeurs du Dukla Prague en finale de la Coupe des clubs champions en 1984, à une époque où l’Europe de l’Est était encore dominante, le basket féminin est le seul sport collectif (hommes et femmes confondus) dans lequel un club tchèque - et même deux, donc, avec Brno - est parvenu à décrocher un titre de champions d’Europe.
Natália Hejková, une légende du basket féminin européen s’en va
Ces succès, l’USK Prague les doit aussi beaucoup à son entraîneure Natália Hejková. Légende de son sport, la coach slovaque dirigeait, dimanche soir, le dernier match de son immense carrière. À 71 ans, celle qui avait entamé son parcours sur un banc en 1987 dans son pays natal à Ružomberok, a parachevé sa mission longue de treize ans à Prague de la plus belle des manières.
Après deux premiers sacres avec Ružomberok (1999 et 2001), puis deux autres avec le Spartak Moscou (2007 et 2008), Hejková, présente dans la capitale tchèque depuis 2012, a ainsi remporté sa sixième Euroligue. Interrogée par l’envoyé spécial de la Radio tchèque à l’issue de la finale, la future nouvelle retraitée est restée fidèle dans l’expression de sa joie à ce qu’elle a toujours été, très sobre et très mesurée dans ses propos :
« Ce qui importait le plus à mes yeux vers la fin, était de gagner. Je ne suis pas émue par le fait que c’était mon dernier match, mais par le fait que nous ayons gagné. Remporter une finale est toujours quelque chose de fantastique d’abord parce que c’est l’aboutissement de beaucoup de travail, et d’un travail fait en équipe. Et même à mon âge, il y a toujours une première fois, car c’est la première fois qu’il m’a fallu attendre si longtemps, dix ans, entre deux titres. Voilà, je suis comme ça, je suis d’abord satisfaite de la performance de mes joueuses, et pour tout vous dire, si un confetti ne m’était pas tombé dans l’œil lors de la remise du trophée, je n’aurais même pas pleuré. »
Qu’importe : même sans larmes, les confettis, dimanche soir, suffisaient amplement au bonheur de ces Pragoises nouvelles championnes d’Europe de basket.