Nouvelle-Guinée : un étudiant tchèque observe pour la première fois un des plus gros rats au monde

František Vejmělka et le rat laineux subalpin

Un étudiant tchèque en sciences naturelles a fait une découverte rare en Nouvelle-Guinée. František Vejmělka, du centre de biologie de l’Académie des sciences et de l’université de Bohême du Sud, est devenu la première personne au monde à filmer le rat laineux subalpin (Mallomys subalpin), un des plus gros rongeurs au monde – Il est aussi un des plus insaisissables, lui qui vit dans les forêts froides et brumeuses des montagnes et n’était connu que par des spécimens anciens conservés dans des musées. Radio Prague Int. l’a interrogé sur cette découverte.

Que peut-on dire de cette espèce de rongeur insaisissable, invisible ? Comment se fait-il que personne n’ait jamais réussi à filmer cet animal auparavant ?

Un Mallomys istapantap grimpant aux arbres | Photo: František Vejmělka/Académie des Sciences

« Ce rat laineux géant est une espèce endémique de l’île de Nouvelle-Guinée. Plus précisément, il ne vit que dans les hautes montagnes de Nouvelle-Guinée. En fait, toutes les espèces de Mallomys vivent à plus de 1 700 mètres d’altitude. Cette espèce en particulier, le rat laineux subalpin (Mallomys istapantap), vit à l’intersection de la forêt moussue de haute montagne et des prairies subalpines. Il vit donc très haut, très loin de toute civilisation. Ce n’est pas un animal bruyant, il n’émet aucun son et n’est pas facilement repérable. Le seul moyen de le dénicher, c’est la nuit, avec l’aide des chasseurs et de leurs chiens - ou en utilisant un piège photographique. Il faut aussi avoir un peu de chance. »

On a pu lire ou entendre que les scientifiques ne connaissaient pas son existence, mais en réalité ce n’était pas le cas. Il était juste invisible la plupart du temps…

« Il s’agit en réalité de ce que nous appelons une ‘espèce perdue’, ce qui veut dire qu’elle n’a pas été observée depuis plus de dix ans. Des individus de cette espèce ont été échantillonnés dans les années 1930, mais uniquement en tant que spécimens chassés – ils ont été abattus, empaillés et leur crâne a été collecté par des chasseurs locaux. Ces spécimens sont conservés dans de grands musées du monde entier, comme ceux de New York, de Londres ou de Sydney. L’espèce a été officiellement décrite en 1989 sur la base de ces collections. La dernière fois que quelqu’un a vu l’animal ou en a eu connaissance remonte à 1994. »

František Vejmělka sur le mont Wilhelm | Photo: František Vejmělka/Académie des Sciences

Vous avez passé six mois dans les montagnes de Nouvelle-Guinée à la recherche de cet animal. Comment avez-vous réussi à le capturer et à le documenter ?

« Pour être précis, je ne suis pas allé là-bas spécifiquement pour le trouver. J’y étais pour une expédition de six mois dont l’objectif principal était de documenter la diversité des mammifères non-volants sur le mont Wilhelm, la plus haute montagne de Papouasie-Nouvelle-Guinée. La découverte de ce rat laineux a été un bonus inattendu mais très apprécié. »

Un Mallomys istapantap pris par un piège photographique | Photo: František Vejmělka/Académie des Sciences

Quel rôle les communautés locales ont-elles joué dans vos recherches ?

« Un rôle immense. Toutes les terres appartiennent aux populations locales, je n’étais donc qu’un invité. J’ai travaillé en étroite collaboration avec eux : ils m’ont montré où vivaient les animaux et je me suis joint à eux pour les chasses nocturnes. Normalement, dans des endroits comme l’Afrique ou ailleurs sous les tropiques, nous utilisons divers pièges pour étudier les petits mammifères – des pièges à pression ou des pièges à fosse. Mais ce rat est si gros, comme beaucoup de mammifères de Nouvelle-Guinée, que les pièges classiques ne fonctionnent pas. J’ai donc collaboré avec des chasseurs locaux et j’ai acheté les animaux qu’ils avaient capturés. »

Comment avez-vous finalement réussi à documenter l’animal ?

František Vejmělka avec des assistants et porteurs locaux | Photo: František Vejmělka/Académie des Sciences

« J’ai passé deux semaines à chaque niveau d’altitude, dont dix nuits consacrées au piégeage, car ces animaux sont nocturnes. Au début, j’ai accompagné un chasseur local pour explorer la forêt et localiser les habitats éventuels, qui se trouvaient à environ 3 500 mètres d’altitude. Il s’agissait d’une forêt dense, moussue et froide, située bien au-dessus de l’endroit où les gens vivent habituellement. J’ai remarqué un tronc d’arbre tombé en travers d’un ruisseau de montagne, et sur sa face supérieure, la végétation était très usée – mais il n’y avait aucun signe d’activité humaine, comme des chemins ou des arbres coupés. Je me suis rendu compte que quelque chose de grand avait traversé le tronc à plusieurs reprises, abîmant la végétation – et que ce n’était pas un humain. J’ai donc installé un piège photographique à cet endroit pendant dix nuits. A la fin, j’ai été récompensé par des photos et des vidéos d’un rat laineux subalpin, un mâle. »

Pourquoi est-il important d’étudier les animaux dans des endroits aussi reculés et sauvages que la Nouvelle-Guinée ?

Les recherches ont suscité l'intérêt et la curiorité des communautés locales. | Photo: František Vejmělka/Académie des Sciences

« Pour documenter la biodiversité, car nous en savons encore très peu sur la biodiversité des montagnes tropicales. Par exemple, mes recherches sur la diversité des mammifères non-volants dans les régions montagneuses tropicales sont les premières à fournir de telles informations pour l’ensemble de la zone océanienne et australienne. Grâce à ces connaissances, nous pouvons commencer à construire une base solide d’informations et offrir aux gouvernements locaux des conseils pour les programmes de conservation concernant les forêts tropicales humides qui, comme nous le savons, disparaissent à un rythme alarmant. Deuxièmement, et c’est peut-être encore plus important, en Nouvelle-Guinée, les terres appartiennent aux communautés locales. Nous pouvons donc les informer sur ce qui vit dans leurs forêts, sur la biodiversité présente, sur la rareté de ces animaux et sur leur importance. Ensuite, lorsqu’une société minière arrive – et cela arrive souvent, surtout avec des sociétés asiatiques – les communautés locales peuvent choisir de ne pas vendre leurs terres. Au lieu de cela, ils peuvent établir une zone protégée et tirer des revenus des scientifiques et des touristes qui viennent voir ces espèces endémiques rares et remarquables. »

Cérémonie traditionnelle en l'honneur du scientifique František Vejmělka  | Photo: František Vejmělka/Académie des Sciences