Presse : tous ces scandales sans conséquence sur les intentions de vote
Les scandales qui touchent tant le parti conservateur ODS au pouvoir que le mouvement d’opposition ANO influenceront-ils les choix des électeurs tchèques lors des élections législatives en octobre ? Les Tchèques se rendront-ils en grand nombre aux urnes ? Cette nouvelle revue de presse propose quelques éléments de réponse. Elle s’intéresse également à l’impact du dernier revirement de Donald Trump à l’égard de l’Ukraine sur les « pacifistes » tchèques et à la nouvelle mission confiée aux Patriotes pour l’Europe.
« L’affaire du don de bitcoins a été un immense scandale, l’opposition allant jusqu’à évoquer le plus grand scandale depuis la création de la République tchèque indépendante. Par conséquent, on pouvait s’attendre à ce que ce don d’un milliard de couronnes par un trafiquant de drogue et d’armes au ministère de la Justice dirigé à l’époque par Pavel Blažek (ODS) ait un impact significatif sur les intentions de vote. Mais il ne s’est rien passé. Le soutien aux partis de la coalition gouvernementale est resté pratiquement le même qu’il était avant l’affaire. »
Tel est le constat que l’on peut lire dans le quotidien Hospodářské noviny, dont l’auteur essaie de mieux comprendre la raison :
« En effet, la coalition Spolu (Ensemble), dont la principale formation est le parti conservateur ODS, est restée en place, et les différents sondages lui donnent toujours entre 20 et 22 % d’intentions de vote. Surtout, les prévisions ont sous-estimé le degré de polarisation de la société tchèque en matière de politique. L’électorat tchèque est aujourd’hui divisé en deux camps opposés : libéral-démocratique d’un côté et autoritaire-populiste de l’autre. Ainsi, passer d’un camp à l’autre est pratiquement impossible. Même les affaires importantes, quel qu’en soient les acteurs, ne changent rien à cette situation. L’affaire de fraude dite du Nid de cigognes liée à Andrej Babiš, ancien Premier ministre et leader du mouvement (populiste) ANO, en est une autre preuve marquante. »
Le chroniqueur du journal estime aussi que l’indifférence des électeurs face aux scandales relève d’un aspect profondément rationnel :
« Les électeurs de la coalition Spolu considèrent que le plus important pour la Tchéquie est qu’elle reste un ‘pays occidental standard’ et qu’une évolution semblable à celle de la Slovaquie ou de la Hongrie ne s’y produise pas. L’intégrité de l’électorat libéral du centre nous enseigne que nous vivons à une époque où l’hostilité et le négativisme sont encore plus importants que nous pourrions le penser. Une époque, aussi, où la peur de ‘l’autre camp’ est toujours plus grande que les doutes, même justifiés, à l’égard de son propre camp. »
Quand l’intérêt pour les élections est moindre
Pourquoi si peu de Tchèques envisagent-ils de se rendre aux urnes lors des prochaines élections législatives ? Telle est la question qui préoccupe un chroniqueur du site Aktualne.cz. En effet, selon l’agence Median, l’intérêt pour les élections qui se tiendront en octobre prochain a atteint son niveau le plus bas depuis la partition de la Tchécoslovaquie :
« Il y a deux ans encore, près de 80 % des personnes interrogées affirmaient avoir l’intention d’aller voter, tandis qu’elles n’étaient plus que 53 % en mai dernier. La tendance est donc clairement à la baisse, soit tout l’inverse de ce qui se passe dans les pays voisins, où la situation politique tendue liée à l’Alternative pour l’Allemagne et aux Libéraux en Autriche a fait grimper le taux de participation à près de 80 %. »
Pour l’auteur, la réponse à cette question se présente ainsi :
« Les partis politiques et les institutions d’État se trouvent dans une guerre civile latente qui utilise les émotions et les gestes comme armes. C’est une approche qui ennuie les gens. Ces moyens sont toujours les mêmes ou très similaires et, surtout, peu convaincants, chaotiques et ne reflètent pas la situation complexe de notre civilisation dans son ensemble. Beaucoup de gens ressentent instinctivement qu’ils ne peuvent pas croire ce que leur disent les politiciens et les considèrent comme de mauvais comédiens dans une pièce de théâtre jouée par des amateurs. Cette situation permet aux ‘entrepreneurs politiques’ de miser sur la ‘majorité silencieuse’, qui est toujours conservatrice et ne souhaite pas de changements. »
Outre les grands conflits, comme on peut encore le lire sur Aktualne.cz, une lutte fondamentale se déroule sur toute notre planète, à savoir la course à l’intelligence artificielle. « Ceux qui ne participent pas à cette lutte seront laissés de côté », prévient l’auteur.
Ukraine : les « pacifistes » tchèques face au dernier revirement de Donald Trump
« S’il y a quelque chose de positif dans la position de Donald Trump sur la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, c’est bien le fait que plus personne ne peut désormais croire que Vladimir Poutine souhaite réellement la paix », remarque le journal en ligne Forum24.cz. Selon l’auteur, seuls les naïfs peuvent encore prétendre qu’il est possible de mettre fin à la guerre par la voie diplomatique sans satisfaire les exigences russes et, par conséquent, sans la capitulation de l’Ukraine :
« Certes, il convient de rester prudent face aux revirements de Donald Trump. Mais il faut saluer le fait qu’au bout de six mois d’hésitations, de concessions, de vote avec la Russie à l’ONU et de nuisance active à la capacité ukrainienne de combat, Donald Trump a peut-être enfin compris qu’il ne suffit pas de parler pour parvenir à un accord de paix. Et, aussi, qu’une paix avec la Russie ne sera possible que lorsque Poutine aura compris qu’il ne peut pas gagner. »
« Les idiots utiles de Poutine en Tchéquie cesseront-ils d’attaquer l’initiative tchèque pour l’achat de munitions ? Cesseront-ils de qualifier de bellicistes tous ceux qui soutiennent les livraisons d’armes à l’Ukraine pour que celle-ci puisse atteindre la paix en combattant ? ». Telles sont les questions que l’auteur soulève dans ce contexte. Avant de répondre :
« On ne peut bien évidemment pas attendre cela de la part des sympathisants de la Russie. Cependant, si même Trump a compris qu’il ne suffit pas de vouloir la paix, certains de nos ‘pacifistes’ pourraient, eux aussi, le comprendre. »
Un acquis inédit pour Les Patriotes pour l’Europe
Le groupe des députés européens Patriotes pour l’Europe a obtenu le poste de rapporteur pour les négociations sur le nouvel objectif climatique de l’UE qui a été proposé début juillet par la Commission européenne et qui vise à réduire les émissions de dioxyde de carbone de 90 % par rapport à 1990 d'ici 2040. L’hebdomadaire Respekt constate que la direction de ce processus sera confiée à un groupe eurosceptique et nationaliste créé après les élections européennes de l’année dernière par des partis tels que le Fidesz en Hongrie, ANO en Tchéquie et le Rassemblement national en France. Par conséquent, Respekt s’intéresse à ce que cette nouveauté apporte :
« Le groupe Patriotes pour l’Europe a ainsi acquis un rôle politiquement et symboliquement fort dans les négociations à venir avec les États membres et la Commission européenne. Les Patriotes ont obtenu leur première position vraiment importante dans le processus législatif et ont ainsi, selon certains observateurs, brisé le ‘cordon sanitaire‘, un accord tacite entre les groupes les plus puissants qui empêche les membres des Patriotes et autres députés d’extrême droite d’accéder à des fonctions élevées au sein de l’institution. »
Respekt rappelle également que les Patriotes pour l’Europe rejettent avec véhémence la politique climatique de l’UE et que leur président, Jordan Bardella, préconise la suspension du Pacte vert. Le magazine considère cependant qu’ils n’ont pas le pouvoir de changer radicalement la politique verte européenne :
« Il appartient désormais aux députés européens des groupes libéraux et démocratiques de veiller à ce que les conclusions du Parlement européen sur la proposition de la Commission visant à réduire les émissions d’ici 2040 reflètent réellement l’opinion de la majorité. »






