Publication du journal intime de Věrka Kohnová, l’équivalent tchèque du journal d’Anne Frank

Le journal intime de Věrka Kohnová présenté dans la synagogue Maisel en 2023

De fin août 1941 à mi-janvier 1942, Věrka Kohnová, alors âgée de douze ans, a tenu un journal intime de 90 pages, relatant la dernière année de sa vie à Plzeň avant d’être déportée dans le camp de Theresienstadt à bord du Transport S. Caché pendant près de 65 ans par Marie Kalivodová et Miroslav Matouš, ce précieux témoignage a été publié en tchèque, en anglais et en allemand en 2006.

'Le journal intime de Věrka Kohnová' | Photo: Motto

En janvier 1942, la famille Kohn est montée à bord d’un train à la gare de Plzeň et n’en est jamais revenue. Le seul témoignage de leur histoire est ce journal intime que Věra (dont le diminutif affectueux est Věrka) Kohnová avait tenu en secret, relatant les derniers mois de sa vie et celle de sa famille. La journaliste et écrivaine Jana Poncarová, profondément émue par ce journal, a décidé de publier un livre en collaboration avec l’historien Jiří Sankot. Intitulé Journal intime de Věrka Kohnová, cet ouvrage raconte l’histoire poignante d’une enfant juive, dont la vie a violemment été interrompue par l’Holocauste, croisant les écrits personnels de la jeune fille avec un éclairage historique de la situation.

Jiří Sankot et Jana Poncarová | Photo: Jan Markup,  ČRo

« L’année dernière, nous avons dévoilé une plaque commémorative pour Věrka sur la maison où elle et sa famille vivaient. C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée d’écrire ce livre avec Jiří Sankot. Des extraits du journal ont déjà été publiés tels quels, mais Věrka n’a pas eu la chance de raconter toute son histoire, car elle ne pouvait plus écrire après son transfert à Terezín. Son témoignage est précieux car il informe sur la manière dont les restrictions imposées à la communauté juive ont culminé avec les transports en janvier 1942. Je voulais raconter ce qui lui était arrivé, à elle et à sa famille, pour garder vivant le souvenir de cette époque. Au moment où nous travaillions sur ce livre, la Russie a envahi l’Ukraine, et j’ai réalisé qu’une fois encore, la guerre allait affecter des enfants innocents », confie Jana Poncarová.

La Radio tchèque a adapté le livre en une série audiopour le public. L’un des épisodes relate l’une des dernières fois où Věrka consulte son journal, avant d’être déportée par les nazis.

« Qui viendra vivre dans leurs chambres ? Qu’arrivera-t-il à leurs affaires ? Des nazis s’installent dans les maisons confisquées aux Juifs. Les nouveaux arrivants ne manqueront pas de jeter leurs biens. Reverra-t-elle un jour sa bibliothèque et la photo du chiot heureux qu’elle a depuis toute petite ? Elle regarde autour d’elle, le ventre noué. Quelqu’un sonne à la porte. Une sonnerie courte et nerveuse. Tante Marie est là. Věrka sait combien il est dangereux pour elle de venir leur rendre visite. Les Juifs ne sont pas autorisés à avoir des visiteurs. Ils ne doivent pas être aidés. »

Le livre décrit également un moment particulièrement émouvant : l’arrivée de Věrka à Terezín, marquée par le froid, la séparation avec son père, l’angoisse de sa mère et la cohabitation forcée dans une pièce surpeuplée, à l’ambiance lourde et hostile.

« La première nuit est difficile. Elle n’arrive pas à respirer. Il y a tellement de soupirs, de bruits et d’odeurs étranges. Sa mère, sa sœur et elle sont entassées sur la même paillasse. Elles se bousculent lorsqu’elles bougent dans leur sommeil. Étant au milieu de la pièce, chaque fois que quelqu’un sort, ils trébuchent sur elles. Věrka le sent malgré son profond sommeil. Tout cela ressemble à un mauvais rêve. »

Après avoir été déportée vers Theresienstadt en tant que numéro 519 dans le convoi S, Věrka est déportée dans le convoi Aa sous le numéro 408 vers Izbica avec sa famille, exterminée vraisemblablement dans le camp de Belzec où étaient gazés ceux d’abord déportés dans ce ghetto.

Des pages du journal intime de Věrka Kohnová | Photo: Sanki2010,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

Pour Jana Poncarová, publier ce livre est hautement symbolique. Sans le journal de Věrka, cette enfant de douze ans n’aurait été qu’un nom et un numéro de transport parmi des milliers d’autres enfants victimes de la Shoah.

La maison à Plzeň où Věrka a vécu | Photo: Sanki 2010,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

« J’ai entendu certains dire que ce n’était qu’une histoire de plus, et que tant d’autres histoires douloureuses avaient déjà été racontées. Mais c’est l’histoire de Věrka – elle m’a profondément touchée. Je pense qu’il est important de la partager pour faire réfléchir les lecteurs sur la manière dont certains ont pu rester indifférents face au mal. Comment ont-ils pu laisser leurs voisins, leurs connaissances et leurs amis être déportés ? De plus, c’est une histoire à laquelle les gens peuvent s’identifier, car ils peuvent visiter la maison où Věrka a vécu, parcourir le chemin qu’elle empruntait chaque jour pour aller à l’école, voir la synagogue où sa famille priait. Jiří et moi pensons à établir un ‘itinéraire Věrka Kohnová’ reliant tous les lieux mentionnés dans son journal. »

La série audio en dix parties est disponible en tchèque dans le lien suivant : https://plus.rozhlas.cz/jak-rada-bych-zustala-zapsala-si-zidovska-divka-a-nastoupila-do-transportu-denik-9466960

Auteurs: Agathe Georget , Tereza Kostková | Source: Český rozhlas
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