Trois ans après le feu, « le miracle de la nature » dans les gorges de la Suisse de Bohême
Trois ans après l’incendie qui l’avait gravement endommagé, le parc national de la Suisse de Bohême (České Švýcarsko), dans le nord de la Tchéquie, renaît littéralement de ses cendres. Preuve en est avec la récente réouverture au public de la gorge dite d’Edmond à Hřensko, un des plus beaux sites naturels que compte le pays.
D’abord connue pour sa porte de Pravčice (« Pravčická brána »), un impressionnant monument naturel qui n’est rien de moins que le plus grand arche de grès en Europe, la Suisse de Bohême, aussi parfois appelée Suisse tchèque ou bohémienne sur le modèle de la Suisse saxonne située, elle, de l’autre côté de la frontière qui sépare la Tchéquie de l’Allemagne, attire, depuis fort longtemps, de nombreux randonneurs aussi pour la beauté de ses gorges qui longent les eaux de la rivière Kamenice.
Depuis peu, les promenades en barque dans la plus célèbre d’entre elles, la gorge d’Edmond (« Edmundova soutěska », en tchèque), sont de nouveau possibles, comme s’en est félicitée la maire du village de Hřensko, Kateřina Horáková :
« La gorge d’Edmond est ouverte aux visiteurs depuis le 19 juillet. Dans un premier temps, le nombre d’entrées restera limité à cinquante par jour, et les billets sont disponibles uniquement aux guichets du centre d’information qui se trouve dans le bâtiment de la mairie et uniquement pour le jour-même de la visite. Les réservations ne sont donc pas possibles. Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, chaque groupe de visiteurs sera accompagné d’un guide. Bien qu’il s’agisse donc encore d’un régime très réduit, nous sommes très heureux de cette réouverture symbolique. C’est pourquoi nous demandons aux visiteurs d’être indulgents avec nous et de faire preuve de patience. »
Dans le parc national, les gorges de la Kamenice (« Soutěsky Kamenice »), qui toutes se trouvent dans les proches environs ou sur le territoire de la commune de Hřensko, sont au nombre de quatre. Mais toutes ne sont pas accessibles dans leur intégralité, et l’une d’entre elles, appelée « Ve Strži », reste même encore pratiquement à l’état sauvage.
Inversement, la découverte de deux d’entre elles, les gorges dites Sauvage (« Divoká soutěska ») et donc d’Edmond, peut se faire à la fois à pied et en barque. Un pur moment de plaisir au ras de l’eau et au pied de rochers escarpés hauts de plusieurs dizaines de mètres, comme nous l’a confirmé le ravissant chant de cette femme qui avait embarqué avec nous, dont avaient profité en 2019, avant que n’éclate la crise du Covid, près de 400 000 personnes.
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Le feu qui, en l’espace de quelques jours en juillet 2022, lors d’une forte vague de chaleur, a endommagé un peu plus de 1 000 hectares de la Suisse de Bohême, pour ce qui constitue le plus grave incendie de forêt de l’histoire moderne de la Tchéquie, a néanmoins entraîné la fermeture de la gorge d’Edmond. Un coup dur pour l’économie de Hřensko et d’une région située à deux petites heures en voiture de Prague.
Au moment de sa réouverture officielle, le 17 juillet dernier, en présence de très nombreux journalistes tchèques mais aussi allemands, c’est donc sur un ton fortement teinté de satisfaction que le ministre de l’Environnement, Petr Hladík, a souligné l’ampleur des travaux réalisés depuis pour permettre au public d’accéder de nouveau à la gorge d’Edmond :
« Quand j’ai pris mes fonctions de ministre quelques mois après l’incendie, j’ai d’abord participé ici à de nombreuses réunions et évaluations, j’ai aussi eu plusieurs fois l’occasion de discuter, au bord de la roche et du vide, avec les gars qui coupaient les arbres. Ils n’en abattaient alors que deux par jour tellement leur travail était dangereux mais aussi minutieux pour ne pas endommager davantage ce qui restait après les flammes. Je me souviens qu’à l’époque ils me disaient d’oublier qu’une réouverture soit possible dans les années à venir. Alors, de pouvoir être là aujourd’hui, trois ans seulement après un incendie comme les forêts de notre pays n’en avaient encore jamais connu, je considère que c’est un peu un miracle. »
De fait, si les dommages causés par l’incendie restent visibles à de nombreux endroits encore, et si certains sentiers restent toujours fermés, globalement, la nature a rapidement repris ses droits et la vie son cours après la catastrophe. Une évolution dont s’étonnerait presque, lui aussi, le directeur du Parc national de la Suisse de Bohême, Petr Kříž :
« Le renouvellement de la forêt a surpris tout le monde, surtout en raison de son intensité... Bien sûr, nous avions prévu le spectre des essences qui apparaîtraient, c’est-à-dire les espèces d’arbres pionnières qui sont les premières à coloniser un écosystème pertubé, comme l’était notre parc après l’incendie. Je pense là au bouleau, au sorbier, au tremble ou au pin. »
« Malgré ça, j’ai quand même été surpris par leur adaptation aux nouvelles conditions et leur croissance rapide, et c’est là bien évidemment quelque chose de très réjouissant pour la succession forestière, et j’encourage vivement les auditeurs à venir observer ce miracle de la nature. Et surtout, qu’ils ne fassent pas comme les Pragois qui ne viennent qu’une journée pour voir la porte de Pravčice ou les gorges. La Suisse de Bohême, ce n’est pas seulement Hřensko, c’est aussi les environs de Jetřichovice et de Krásná Lípa. Toutes sont un peu différentes, alors restez un peu et profitez-en ! »








