Soupçonnée d’avoir voulu faire tuer un chien, une députée tchèque est contrainte de faire une croix sur sa carrière politique

Margita Balaštíková

Soupçonnée, entre autres, d’avoir cherché à commanditer le meurtre du chien de la compagne de son ex-mari, une députée membre du mouvement ANO d’Andrej Babiš a été exclue sur le champ de la liste des candidats du parti populiste pour les prochaines élections législatives. Une histoire peu banale qui, ne serait-ce qu’en matière d’actualité domestique, occupe l’attention de tous les médias tchèques en ce milieu de semaine.

La vengeance, dit-on, est un plat qui se mange froid, et dont Margita Balaštíková aurait bien voulu se délecter. Mais dans un pays, la Tchéquie, où le chien, omniprésent, est roi, la curieuse affaire dans laquelle cette femme divorcée de 57 ans, députée depuis près de douze ans, se retrouve impliquée, risque fort de lui coûter sa carrière politique.

Pour Margita Balaštíková, les ennuis ont commencé suite à la publication, mardi puis mercredi, par Seznam Zprávy, un des sites d’actualité les plus suivis en Tchéquie, d’enregistrements réalisés à son insu et à leur domicile par son mari Josef Balaštík suite à une série de disputes durant la procédure de divorce, il y a deux ans.

Des enregistrements selon lesquels la députée aurait, d’une part, abusé de son pouvoir pour faire procéder, par l’autorité sanitaire régionale de Zlín, à des contrôles répétés dans l’entreprise de son mari spécialisée dans la production de produits de nettoyage pour le secteur agricole avec l’unique objectif de nuire à ses intérêts, et, d'autre part, cherché à plusieurs reprises à faire tuer le chien de la nouvelle compagne de celui qui, depuis, est devenu son ancien époux.

Andrej Babiš | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Autant de révélations qui ont choqué jusqu’au leader d’ANO, l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, lui-même propriétaire de quatre chiens, comme il n'a pas omis de le préciser à cette occasion :

« Ce que nous avons pu lire et entendre dans les médias est absolument choquant, inacceptable. Je suis consterné que quelqu’un puisse dire de telles choses, et c’est pourquoi nous avons réglé le problème en deux heures. »

Par « réglé le problème », Andrej Babiš sous-entend l’impossibilité désormais pour Margita Balaštíková, qui figurait en troisième position sur la liste de candidats mise sur pied par ANO pour la région de Zlín (Moravie), de se présenter aux élections législatives qui se tiendront les 3 et 4 octobre prochains. Une échéance où elle comptait pourtant briguer un quatrième mandat de député consécutif, depuis son premier succès dans les urnes en 2013.

Karel Havlíček | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Vice-président d’ANO, dont il est une des figures les plus en vue durant la campagne électorale, Karel Havlíček, qui aime lui passer ses week-ends avec son airedale terrier, a lui aussi été contraint de constater que plusieurs limites dans l’affaire en question avaient bien été dépassées :

« Pour nous, c’est là quelque chose de tout à fait inacceptable non seulement d’un point de vue politique, mais aussi, en toute honnêteté, du point de vue humain. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de retirer Margita Balaštíková de notre liste pour la région de Zlín, où elle devait se présenter, et que nous avons estimé qu’il était devenu impossible qu’elle puisse rester notre candidate à d’éventuelles fonctions de ministre de l’Agriculture (si ANO est appelé à former le prochain gouvernement en cas de victoire aux élections, ndlr). »

De son côté, tout en refusant de s’exprimer publiquement, la principale intéressée a réagi sur Facebook aux accusations la visant en indiquant qu’elle « [rejetait] tous ces mensonges », que « tout cela ne [provenait] que d’enregistrements manipulés », qu’il s’agissait là « d’un exemple classique d’article écrit sur commande, sans vérification des faits » ou encore que « personne ne [pouvait] imaginer ce [qu’elle avait] vécu durant les deux dernières années de [son] mariage ».

Dans un souci, prétend-elle également, de « laver [son] nom » et de ne pas nuire aux intérêts d’ANO, épargné jusqu’ici par les scandales et qui continue de caracoler en tête des sondages avec toujours un peu plus de 30 % d’intentions de vote, Margita Balaštíková a néanmoins décidé de suspendre, « avec effet immédiat », son adhésion à ANO.

Un effet immédiat qui risque toutefois désormais fort pour elle de se prolonger, surtout que la police a fait savoir qu’elle menait l'enquête sur une affaire qui fait désormais les choux gras de la presse politique mais qui aurait aussi pu ne rester que la conséquence malheureuse d’une tragédie humaine - la séparation d'un couple en mauvais termes - comme tant d’autres Tchèques en vivent eux aussi.

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