Presse : un président aux positions politiques totalement différentes de celles du futur gouvernement d’Andrej Babiš

Petr Pavel et Andrej Babiš

Cette nouvelle revue de presse revient sur certains points clés du discours prononcé par le président Petr Pavel à l’occasion de la fête nationale du 28 octobre, ainsi que sur la remise des hautes distinctions d’État. Une remarque concerne enfin les débats autour du changement d’heure.

Les valeurs qui guident le président Petr Pavel et la direction qu’il souhaite donner au pays : tels sont, selon un éditorialiste du journal Hospodářské noviny, les points clés du discours que le chef de l’État a prononcé le 28 octobre, jour de la fête nationale, à l’occasion de la remise des hautes distinctions d’État.

« Petr Pavel voit un danger de violation des valeurs et des principes fondamentaux dans ce qui se passe autour de la formation du gouvernement Babiš, qu’il s’agisse de sa composition ou de certains éléments du programme. Et même s’il est conscient des limites que lui impose la Constitution, il ne laissera pas passer cela », explique le journaliste, avant d’ajouter :

Petr Macinka  (Motoristé sobě),  Andrej Babiš  (ANO),  Tomio Okamura  (SPD) | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Avant de nommer Andrej Babiš Premier ministre, Petr Pavel exigera notamment que celui-ci explique clairement et publiquement comment il compte résoudre son conflit d’intérêts. En outre, il fera très probablement tout ce que sa position lui permet pour empêcher la nomination du candidat du parti Motoristé (Automobilistes), Filip Turek, au poste de ministre des Affaires étrangères : une personne qui, dans le passé au moins, avait un penchant obsessionnel pour les reliques et la symbolique nazies. Situation difficile pour Andrej Babiš, car les Automobilistes considèrent Filip Turek comme leur “icône”. »

Fort de son autorité, le président a également laissé entendre qu’il ne permettrait pas au gouvernement de mettre en péril la capacité de défense du pays et qu’il défendrait les institutions démocratiques. Il en ressort, selon le journaliste du quotidien économique, que le président a des positions politiques totalement différentes de celles du futur gouvernement d’Andrej Babiš et qu’il est prêt à mener une lutte politique pour les principes et les valeurs auxquels il croit :

« Évidemment, formellement parlant, il ne peut pas gagner, le pouvoir étant désormais entre les mains de Babiš et de ses compagnons. Mais il peut tenter de convaincre la société que le respect des valeurs fondamentales n’est pas seulement un ornement élitiste, mais une condition nécessaire au maintien de la liberté et de la prospérité. Petr Pavel y parviendra-t-il ? Les chances sont minces, mais tout n’est pas perdu d’avance. »

« Il est clair que le “discours d’octobre” présidentiel de cette année a atteint son objectif, car il a mis en évidence les risques qui guettent la République », lit-on également dans l’hebdomadaire Respekt, qui ajoute :

« Les appels de Petr Pavel doivent être perçus comme un engagement personnel à ne pas se taire et, surtout, à faire tout ce qui est en son pouvoir, lors de la nomination du Premier ministre et du gouvernement, pour atténuer les risques évoqués. »

Un ton plus critique, en revanche, se retrouve dans un article publié sur lidovky.cz, selon lequel « le discours du président n’abordait pas les problèmes réels de la société et ne traitait pas non plus la question fondamentale des élections de cette année : pourquoi la coalition gouvernementale actuelle a-t-elle perdu ? ».

La remise des distinctions d’État, une cérémonie empreinte de dignité

L’attribution des distinctions d’État est traditionnellement très suivie par la population, qui veille notamment à ce que le président n’enrichisse pas le panthéon national de ses sympathisants et de ses proches. Difficile donc de choisir 48 noms parmi les centaines de propositions adressées au Château de Prague par des citoyens, des organisations ou le Parlement.

Zdeněk Svěrák | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Le journaliste du site Novinky.cz estime que, cette année, la liste des personnes décorées constitue un ensemble complet et équilibré. Parmi les contemporains, outre les célébrités, figurent des représentants des professions civiles, et aux côtés des héros « professionnels » — membres des corps spéciaux —, des citoyens courageux ont également reçu des médailles. L’occasion pour lui de rappeler :

« Les trois précédents présidents tchèques ont tous exercé deux mandats, et les albums présentant les personnalités qu’ils ont décorées sont donc très riches. On peut assez facilement discerner leurs préférences. Chez Václav Havel, on remarque la forte représentation de chefs d’État mondiaux — de la reine Élisabeth II aux présidents américains Bush et Clinton, en passant par Mikhaïl Gorbatchev. Il y avait aussi de nombreuses personnalités auxquelles, pour des raisons politiques, les distinctions avaient été refusées sous le communisme. Václav Klaus, le plus parcimonieux en la matière, tenait à ce que les distinctions nationales ne soient pas accordées à tout le monde. Il en a décerné le moins, mais sans provoquer de scandales particuliers. Miloš Zeman, lui, a décoré ses amis célèbres parmi les acteurs, chanteurs ou réalisateurs — même s’il n’était pas particulièrement populaire parmi eux —, sans cacher ses motivations personnelles. »

Le chroniqueur de Novinky.cz constate en conclusion que la cérémonie annuelle d’octobre a perdu cette année un peu de son caractère dramatique, d’autant plus qu’aucune personnalité n’a refusé la distinction qui lui était proposée. « En revanche, elle a gagné en dignité », souligne-t-il.

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Un garçon de neuf ans parmi les personnalités décorées

Toujours à ce propos, une chroniqueuse du quotidien Deník N salue le fait que, parmi les décorés, figure un garçon de neuf ans, Šimon, récompensé pour un acte d’héroïsme. Elle replace cette reconnaissance dans un contexte plus large :

Šimon Malý a ramené son grand-père sur le rivage après qu'il ait perdu connaissance en nageant. | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Même si nous aimons dire que tout ce que nous faisons en tant que société, nous le faisons pour nos enfants, nous avons tendance, dans la vie quotidienne, à les mettre de côté ou à les ignorer complètement. Mettre en avant leurs mérites lors des remises de distinctions nationales est donc une bonne chose. Ils sont l’avenir de notre planète, de nos familles, de notre système de retraite. Tout repose sur eux et tout ce que nous faisons, nous le faisons pour eux. Mais pas au point, par exemple, de permettre au plus grand nombre d’entre eux d’accéder à la meilleure éducation possible. Ou même simplement de construire nos villes de manière à ce que les enfants puissent s’y déplacer en toute sécurité. »

Elle ajoute : « Selon les conclusions de l’organisation Pěšky městem (“À pied en ville”), près de la moitié des enfants tchèques considèrent que la circulation matinale devant leur école est dangereuse. Si nous les voyions — et surtout les écoutions — plus souvent, on ne s’étonnerait pas du nombre élevé d’enfants qui se sentent malheureux, comme le révèlent les sondages. »

Le changement d’heure : on en discute encore ?

Depuis plusieurs jours, la Tchéquie, comme d’autres pays, est passée à l’heure d’hiver, également appelée heure d’Europe centrale. Comme chaque année, de nombreux commentaires et études sont consacrés à ses effets négatifs sur la santé humaine et sur l’économie. Tout comme il y a un an, trois ans ou dix ans.

Pourtant, comme le rappelle un chroniqueur du magazine Reflex, le changement d’heure aurait dû être abandonné depuis plusieurs années déjà :

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« Il y a six ans, la commission des transports et du tourisme du Parlement européen y avait donné son feu vert, fixant la date de suppression du changement d’heure au 28 mars 2021. En d’autres termes, l’heure convenue entre les pays européens devait entrer en vigueur ce jour-là. Mais imposer quelque chose à près de trente pays à la fois s’est finalement soldé par un fiasco. Malgré leur volonté de supprimer le changement d’heure deux fois par an, les pays européens ne savaient pas choisir entre l’heure d’été et l’heure d’hiver. Et c’est là que l’accord a pris fin. »

Et de conclure : « Même si la majorité des citoyens ne souhaitent pas le maintien du changement d’heure, il sera très difficile de supprimer cette mesure, car les pays européens sont divisés en au moins deux blocs, chacun défendant ses propres intérêts. Si rien ne change, cela prouvera que les Européens sont incapables de se mettre d’accord… ou bien qu’il s’agit d’une question insignifiante et qu’ils continueront ainsi pendant encore cinq ans. »