« Merci, les ménages » : en 2025, l’économie tchèque s’est portée mieux que prévu

L’économie tchèque est florissante et, ces derniers mois, ses performances comptent parmi les meilleures en Europe. Diverses institutions telles que le Fonds monétaire international, l’OCDE, la Banque nationale tchèque, l’Association bancaire tchèque et, enfin, les statisticiens confirment qu’elle se porte mieux que prévu au début de l’année, quand le pays sortait d’une crise inflationniste.

Toutefois, dans quelle mesure ces projections sur papier correspondent-elles à la réalité et quels sont les risques que la situation se dégrade à nouveau et que l’économie tchèque recommence à stagner, voire à reculer ?

Toujours tirée notamment par la consommation des ménages, l’activité économique tchèque a connu une croissance en glissement annuel de l’ordre de 2,8 % au troisième trimestre 2025, selon les données de l’Office tchèque des statistiques (ČSÚ). Il s’agit là du taux de croissance le plus rapide enregistré depuis le deuxième trimestre 2022.

Corrigée des variations de prix et des effets saisonniers, il s’agit aussi d’une hausse du produit intérieur brut de 0,8 % par rapport au trimestre précédent. Comme depuis le début de l’année, cette croissance doit beaucoup à la demande intérieure, comme le confirme Helena Horská, économiste en chef à la Raiffeisenbank. Ancienne membre du Conseil économique national du gouvernement et de l’équipe de conseillers du Premier ministre conservateur Petr Fiala, Helena Horská était l’invitée de la Radio tchèque en fin de semaine dernière :

Helena Horská | Photo: Kateřina Cibulka,  Radio tchèque

« Ce sont de bonnes nouvelles ! Il faut ici remercier les ménages, car ce sont eux qui étonnent toutes les institutions internationales et nationales. Jusqu’alors, les ménages tchèques avaient une attitude très conservatrice et prudente, et attendaient avant de consommer d’avoir les poches bien remplies et qu’il n’y ait plus aucun nuage à l’horizon susceptible de leur faire perdre leur confiance et leur moral. Aujourd’hui, ce sont eux qui portent l’économie tchèque. »

« Même le risque contre lequel de nombreux économistes nous avaient mis en garde, à savoir la politique de démondialisation de Donald Trump - et je pense ici concrètement aux droits de douane - a été surmonté. Au lieu de l’Armageddon que certains avaient prédit, le constat est que l’économie tchèque connaît une croissance nettement plus rapide que prévu. Et le mérite, encore une fois, en revient d’abord aux ménages. »

Une fois ce constat établi, la question se pose de savoir quel est le réel pouvoir d’achat des Tchèques, alors que ces dernières années, les salaires réels, en raison de la très forte inflation, ont fortement baissé et que longtemps, face à un avenir incertain, il a été supposé que les ménages préféraient épargner. Une question à laquelle Helena Horská répond en expliquant dans quelle mesure le faible taux de chômage constitue un avantage pour les Tchèques :

« Le paradoxe est que les médias nous répètent sans cesse à quel point la situation est mauvaise et que le pays est dans une situation inquiétante. Or, les chiffres nous disent que la réalité est différente. Le fait est que les ménages tchèques continuent de profiter de la situation sur le marché du travail. »

« Certes, le chômage tend à légèrement augmenter, il n’en demeure pas moins que nous possédons depuis vingt-six ans du taux d’emploi le plus élevé (en Europe.) En Tchéquie, ceux qui veulent vraiment travailler travaillent et disposent ainsi d’un revenu. Et oui, ces revenus augmentent, à un rythme soutenu, comme le confirmeront encore très probablement les prochaines statistiques. »

Ainsi, en novembre dernier, malgré une hausse d’un point en l’espace d’un an, le taux de chômage en Tchéquie, selon le Bureau du travail, s’est élevé à 4,6 % et seules un peu plus de 340 000 personnes étaient officiellement sans emploi.

De même, le montant du salaire brut mensuel moyen s’est élevé à 48 295 couronnes (environ 1 995 euros) au troisième trimestre, soit une augmentation en glissement annuel de 7,1 %. En tenant compte de l’inflation, de l’ordre de 2,5 % sur cette même période, il s’agit toujours d’une hausse réelle sensible de 4,5 %.

Et si environ deux tiers des employés perçoivent toujours une rémunération inférieure à cette moyenne, le montant du salaire médian n’en a pas moins été calculé à 42 901 couronnes (environ 1 772 euros), soit là aussi une augmentation interannuelle de 6,2 %. Une croissance qui concerne par ailleurs une majorité de Tchèques, comme le souligne encore Helena Horská :

« Nous avons traversé une crise énergétique et inflationniste sévère, certes, qui a considérablement réduit notre pouvoir d’achat, mais nous sommes désormais revenus au niveau d’avant la crise en 2019. Nous avons donc passé le cap le plus difficile et remontons désormais la pente, mais c’est surtout l’emploi qui, selon moi, permet aux ménages tchèques de rester relativement optimistes, et ce, d’autant plus qu’ils disposent de réserves. Les Tchèques sont vraiment très conservateurs à cet égard et, paradoxalement, contrairement aux ménages américains, par exemple, les ménages tchèques n’ont pratiquement pas puisé dans leurs économies liées à la crise sanitaire. »

« Au contraire même, ils continuent à les accumuler et, en cas de situation inattendue ou de changement imprévu d’emploi, par exemple, ils ont des réserves. La réalité est que la plupart des ménages tchèques ont de quoi vivre et il suffit de se rendre dans les commerces ou d’observer le nombre de réservations de billes d’avion ou pour de prochaines vacances pour en avoir la confirmation. »

Aux yeux de nombreux observateurs, le plus grand risque qui pourrait inverser cette tendance positive est l’évolution de la situation en Allemagne, à laquelle l’économie tchèque est étroitement liée. Si une stagnation du grand voisin occidental n’affecterait probablement pas directement les ménages tchèques, ceux-ci en ressentiraient néanmoins les conséquences sous la forme d’un affaiblissement des exportations et d’éventuels licenciements.

Malgré cette crainte, les perspectives pour le proche avenir n’en restent pas moins optimistes. Selon les dernières prévisions du ministère des Finances, la croissance économique devrait ainsi être de l’ordre de 2,2 % en Tchéquie en 2026.

Auteur: Guillaume Narguet | Source: iRozhlas
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