Presse : 2025, la fin de la période post-communiste en Tchéquie ?

Andrej Babiš

Une lutte pour le caractère de la politique tchèque aura t-elle lieu en 2026 ? C’est la question soulevée par cette nouvelle revue de presse, qui constate que l’ennui ne marquera pas la scène politique locale. Les médias s’intéressent également à l’importance des élections qui se dérouleront à l’échelle internationale. Deux autres sujets sont abordés : les risques du populisme économique et la générosité caritative des Tchèques.

L’année 2025 a été marquée par le retour au pouvoir d’Andrej Babiš et de son mouvement ANO. Selon l’éditorialiste du site Aktuálně.cz, elle peut être perçue comme l’aboutissement d’une période entamée avec les élections de 2010 et comme l’échec de la politique d’après novembre 1989. Le nouveau gouvernement, explique-t-il, est formé exclusivement de partis dont le programme repose sur la critique de l’ordre établi à cette époque :

« Le gouvernement d’Andrej Babiš ne compte en son sein aucun parti traditionnel, aucun acteur se réclamant, d’une manière ou d’une autre, de l’héritage et de l’éthique de la révolution de novembre 1989. Il est composé exclusivement de partis populistes et contestataires, créés après 2010. L’essentiel est que Babiš s’est trouvé au bon endroit au bon moment. Il mise sur la nostalgie d’une grande partie de la population, ce qui nous ramène, d’une certaine manière, à l’avant-1989. Et si cela n’est pas vrai d’un point de vue strictement politique, cela l’est sans aucun doute d’un point de vue culturel et des valeurs. Ce que Babiš ne pouvait pas encore se permettre après les élections de 2013, ce qu’il n’osait pas faire en 2017, il l’a fait cette année en formant un gouvernement avec le parti d’extrême droite SPD. Une chose inimaginable il y a quelques années, car au moins une partie de la population serait descendue dans la rue. »

D’après l’auteur du texte publié sur Aktuálně.cz, ce glissement est également observable ailleurs. « La télévision tchèque, un média public, a par exemple diffusé le jour de Noël, sur l’une de ses chaînes à vocation culturelle, trois concerts de chanteurs liés à l’époque de la normalisation communiste », écrit-il avant de conclure :

« Andrej Babiš, qui avait initialement fondé le mouvement ANO comme un parti protestataire, est devenu un nouveau mainstream. Son retour au pouvoir incite toutefois à la réflexion tous ceux qui n’ont pas encore renoncé à la démocratie. Une lutte pour le caractère de la politique tchèque nous attend. L’année 2025 a marqué le début de quelque chose de nouveau, mais il reste à voir ce que cela sera exactement. »

Pas d’ennui à attendre sur la scène politique tchèque

Le quotidien économique Hospodářské noviny constate qu’en 2026, la Tchéquie ne connaîtra pas d’élections majeures, hormis les élections municipales et les élections sénatoriales partielles. Cela ne signifie pas pour autant, selon le journal, que la politique locale sera ennuyeuse :

Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Au contraire. L’année 2026 pourrait être décisive à bien des égards. Il s’agira non seulement de déterminer la trajectoire géopolitique et économique que suivra la Tchéquie sous le gouvernement d’Andrej Babiš, mais aussi, par exemple, de la manière dont seront interprétées les compétences constitutionnelles du président de la République ou de l’avenir de l’opposition démocratique. Tout cela se déroulera dans un contexte international extrêmement incertain, marqué par la poursuite de l’agression russe en Ukraine et par l’attitude de plus en plus réservée des États-Unis à l’égard de l’Union européenne. Non, il n’y a pas lieu de s’attendre à l’ennui. Préparons-nous plutôt à ce que l’on appelle, avec euphémisme, des “temps intéressants”. »

L’importance des prochaines élections dans le monde

Le journal en ligne Forum24.cz s’intéresse, pour sa part, aux élections qui auront lieu en 2026 dans le monde et qui, selon lui, auront une influence considérable sur l’ensemble de l’Occident, de l’Europe et du monde :

Viktor Orbán | Photo: Jonathan Ernst,  Reuters

« Les premières élections de ce type auront lieu dès le mois d’avril en Hongrie, pays dirigé d’une main de fer par Viktor Orbán depuis 2010, qui tire les ficelles de la scène politique non seulement dans son pays, mais aussi, depuis les récentes élections tchèques, en Tchéquie. Lors des élections législatives, Orbán affrontera pour la première fois depuis son retour au pouvoir, il y a quinze ans, un adversaire sérieux : Péter Magyar, leader de l’alliance d’opposition Respect et liberté (TISZA). Si ce dernier parvenait à l’emporter et à éloigner le pays de la Russie, de la Chine et d’autres dictatures, comme il l’affirme ouvertement dans sa campagne, cela signifierait un affaiblissement des forces prorusses dans une grande partie du monde occidental. »

Le journal souligne également que la Hongrie est de plus en plus à la traîne par rapport aux autres pays d’Europe centrale, notamment la Tchéquie et la Pologne. « Alors que la Tchéquie a atteint un niveau de vie équivalant à 91 % de la moyenne de l’Union européenne, la Hongrie n’atteint que 77 %. Les Hongrois perçoivent également des salaires nettement inférieurs à ceux des Tchèques ou des Polonais », précise-t-il avant de poursuivre :

« D’autres élections cruciales, cette fois pour l’ensemble du Moyen-Orient, auront lieu en Israël. Elles se tiendront au plus tard à la fin du mois d’octobre. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou y luttera pour sa survie politique et peut-être même pour sa liberté personnelle. Les élections américaines de mi-mandat, début novembre, semblent à première vue moins importantes, puisqu’elles ne décideront que de la composition de la Chambre des représentants, d’un tiers du Sénat et de plusieurs dizaines de postes de gouverneurs. Le contrôle des deux chambres du Congrès demeure toutefois essentiel. Si les démocrates parviennent à reprendre la Chambre des représentants, cela soulagera notamment l’Ukraine et les alliés européens des États-Unis. »

Le populisme économique, un avertissement pour la Tchéquie

Lorsque la Slovaquie est évoquée dans les débats politiques tchèques, la discussion se tourne généralement vers le populisme politique de la coalition gouvernementale de Robert Fico. Toutefois, comme l’indique un article publié sur le site Seznam Zprávy, ce ne sont pas tant le sort des médias publics ou les atteintes à la justice, aux institutions culturelles et à la société civile qui inquiètent aujourd’hui les Slovaques :

Source: geralt,  Pixabay,  Pixabay License

« Ce qui les préoccupe davantage, c’est le fait que, dès la nouvelle année, la TVA sur les denrées alimentaires passera à 23 % et que le taux maximal d’imposition sur le revenu atteindra 35 %. »

L’auteur estime qu’il s’agit là d’un avertissement important pour la Tchéquie :

« Le populisme politique est de plus en plus visible. Les populistes détruisent les institutions indépendantes, restreignent les droits des minorités et radicalisent la société par des guerres culturelles. Mais le populisme économique n’est pas moins dangereux. Le Premier ministre Andrej Babiš, qui a formulé avant les élections législatives de cette année de nombreuses promesses coûteuses et irréalistes qu’il entend financer par l’endettement, devrait en prendre conscience. Un populiste avisé doit savoir reconnaître le moment où il risque de ne plus surfer sur la vague populiste, mais d’être submergé par une vague de protestations. Robert Fico se trouve déjà dans cette situation. Babiš peut encore l’éviter. »

Cela exigerait toutefois, souligne Seznam Zprávy, de jeter à la poubelle la moitié des promesses économiques préélectorales du mouvement ANO.

La générosité caritative des Tchèques

Les Tchèques sont-ils avares ? Le chroniqueur du site Novinky.cz répond par un non catégorique :

Photo illustrative: Tomáš Adamec,  ČRo

« En 2024, les Tchèques ont donné plus d’argent à des œuvres caritatives que lors de l’année record 2022. Ils ont consacré à cette fin 15,8 milliards de couronnes tchèques. Il s’agit du montant le plus élevé versé par des fondations, des fonds de dotation, des entreprises et des particuliers depuis 2016. Le total des dons destinés aux personnes en difficulté, aux malades, aux personnes handicapées ou à l’éducation a augmenté de 1,7 milliard par rapport à l’année précédente. Les citoyens ont également soutenu des collectes axées sur l’aide à l’étranger, notamment à l’Ukraine et à la population civile de la bande de Gaza. »

Il n’existe pas encore de données pour l’année 2025, mais la situation pourrait évoluer. Novinky.cz indique que les Tchèques ont continué à faire preuve de générosité, tout en se montrant un peu plus prudents en raison des craintes liées à l’évolution économique.