« Nous avons tatoué des souris pour apprendre que les encres perturbaient le système immunitaire »
Les encres de tatouage peuvent affecter, sur la durée, la capacité de défense du système immunitaire : voilà la conclusion choc d’une étude internationale publiée, en décembre dernier, par des chercheurs suisses. Leurs collègues de l’Académie tchèque des Sciences y ont participé.
Art primitif devenu populaire partout dans le monde (et notamment en Europe, aux États-Unis ou en Australie), le tatouage fait, en effet, depuis quelques décennies, l’objet d’un extraordinaire engouement, devenant un véritable phénomène de masse. On estime le nombre de Tchèques qui embellissent ainsi leurs corps entre 15% à 25% de la population du pays, soit à peu près le même chiffre qu’en France et dans d’autres pays : à l’échelle mondiale, une personne sur cinq arbore un ou plusieurs dessins indélébiles sur sa peau.
La récente étude, publiée dans le prestigieux journal scientifique PNAS (The Proceedings of the National Academy of Sciences) a révélé que cette encre ne restait pas seulement dans la peau, mais qu’elle se déplaçait, immédiatement après la séance de tatouage, également dans l’organisme. La substance s’accumule dans le système immunitaire, où elle peut rester pendant des années.
« Ce récipient contient des échantillons de cellules immunitaires humaines que nous conservons dans l’azote », décrit Martin Palus, biologiste à l’Institut de parasitologie basé à České Budějovice, en Bohême du Sud. Son équipe a participé à l’étude menée par des chercheurs suisses. Comme l’explique encore Martin Palus, les cellules ont été exposées à l’encre de tatouage :
« Nous avons étudié la toxicité des trois couleurs les plus couramment utilisées dans les salons de tatouage, c’est-à-dire sur le rouge, le noir et le vert. Il faut bien préciser que nous avons utilisé l’encre certifiée pour le marché européen. Nous avons alors découvert que l’encre migre en quelques heures vers les ganglions lymphatiques, où elle est absorbée par les cellules du système immunitaire, appelées macrophages, qui sont responsable de l’élimination des particules étrangères. Malheureusement, ces cellules ne sont pas capables de digérer le pigment capturé, comme elles le font avec d’autres matières biologiques, telles que les virus ou les bactéries. »
Dans les tissus humains, l’encre déclenche donc la mort cellulaire ce qui provoque une inflammation chronique susceptible d’affaiblir les défenses de l’organisme.
Cette réaction s’est avérée plus forte pour les tatouages réalisés avec de l’encre rouge et noire.
Au micro de Radio Prague Int., Martin Palus a décrit des tests effectués sur des souris :
« En effet, nous avons tatoué des souris et avons observé l’encre qui pénétrait dans les ganglions lymphatiques. En fait, ce qui est visible à l’extérieur sur la peau est également visible dans les ganglions, même sans utiliser de microscope. Ensuite, nous avons constaté que l’encre avait été absorbée par les macrophages, pour lesquels elle est donc toxique. »
Bien que l’encre de tatouage soit réglementée dans l’Union européenne depuis 2022, son utilisation soulève des inquiétudes :
« Il y a d’une part la toxicité chimique, qui est réglementée par la législation. Celle-ci veille à ce que les encres de tatouage ne contiennent pas de substances toxiques, cancérigènes ou dangereuses. Du point de vue chimique, la situation est donc réglée, mais notre étude est la première du genre à évaluer la sécurité biologique du produit », souligne le biologiste tchèque.
Les chercheurs ont également voulu savoir si l’efficacité d’un vaccin pouvait être atténuée s’il était injecté sur un bras tatoué. Cela s’est confirmé pour le vaccin contre le Covid-19, tandis que les mêmes encres ont renforcé la réponse à un vaccin contre la grippe.
Menée pendant sept ans, l’étude sur les impacts de cette pratique en vogue sur la santé doit encore se poursuivre : Martin Palus et ses collègues se pencheront désormais sur l’influence potentielle de différents pigments de tatouage sur l’apparition et l'évolution des maladies infectieuses.






