Budget de l’État 2026 : bientôt la fin des « douzièmes provisoires » en Tchéquie

Alena Schillerová

Faute d’avoir pu adopter une nouvelle loi des finances en fin d’année dernière en raison de l’évolution de la situation politique suite aux élections législatives, la République tchèque, comme la France, opère jusqu’à présent sans encore disposer de budget pour l’année en cours. Lundi, néanmoins, le gouvernement a approuvé le projet présenté pour 2026 par la nouvelle ministre des Finances, Alena Schillerová (ANO). Un budget au déficit plus important encore que celui qui avait été envisagé à l’automne dernier par l’ancien gouvernement.

« Le résultat, comme vous le savez certainement déjà, est un déficit de 310 milliards de couronnes, soit seulement 24 milliards de plus que le déficit initial, qui était totalement irréaliste. Ces 24 milliards supplémentaires sont entièrement destinés à des investissements visant à stimuler la croissance. »

Cela faisait déjà quelques semaines qua la ministre avait prévenu publiquement qu’elle envisageait mal pour 2026 un déficit inférieur à 300 milliards. Malgré cela, l’annonce qu’Alena Schillerová a faite lundi, à la sortie du conseil des ministres, n’a pas manqué de faire grincer quelques dents dans les rangs de l’opposition et des experts en économie.

310 milliards de couronnes (12,7 milliards d’euros), cela signifie aussi 20 milliards de plus que le déficit atteint en 2025,  qui était déjà le quatrième solde négatif le plus élevé dans l’histoire du pays depuis la partition de la Tchécoslovaquie.

Issue des élections légistatives qui se sont tenues en octobre dernier, la nouvelle coalition gouvernementale tripartite (ANO, SPD et Automobilistes) a élaboré son propre budget après avoir refaçonné le projet initial qui avait été approuvé en septembre dernier par le précédent cabinet dirigé par le conservateur Petr Fiala. Celui-ci prévoyait alors un déficit de l’ordre de 286 milliards de couronnes (11,7 milliards d’euros). La nouvelle composition de la Chambre des députés a toutefois ensuite empêché d’aboutir à l’adoption de la loi des finances.

Selon le président de la Chambre basse du Parlement, Tomio Okamura, les députés devraient pouvoir approuver en première lecture les paramètres de base de ce nouveau budget, à savoir les recettes (1 978 milliards de couronnes), les dépenses (2 288 milliards) et le déficit, le 11 février prochain, tandis que le vote final, qui ne devrait constituer qu’une formalité compte tenu de la nette majorité du gouvernement, devrait se tenir le 11 mars.

Selon, par exemple, l’économiste Jan Pavel, membre du Conseil national budgétaire interrogé par la Radio tchèque, le montant de ce déficit, qu’il estime injustifié en raison notamment d’une prévision de croissance économique de 2,4 % pour 2026, pose toutefois problème pour trois raisons essentielles :

Jan Pavel | Photo: Kateřina Cibulka,  ČRo Plus

« Premièrement, nous sommes dans une situation où la situation économique évolue favorablement, avec un écart de production qui se comble. Cela signifie que nous nous approchons d’un certain niveau optimal. À ce stade, d’un point de vue macroéconomique, il n’est donc pas nécessaire de stimuler l’économie. Nous devrions conserver les mesures de relance pour les périodes où les choses iront moins bien. »

« En recourant à ces mesures de stimulation dans la situation actuelle, nous épuisons les ressources dont nous pourrions avoir besoin à l’avenir. Et celles-ci pourraient nous manquer lorsque l’économie connaîtra réellement des difficultés. Et la troisième raison est que ce budget enfreint tout simplement la législation en vigueur. »

Selon la loi sur la responsabilité budgétaire, qui fixe le montant maximal du déficit des finances publiques, le solde structurel, c’est-à-dire le résultat économique corrigé du cycle économique et des effets ponctuels, peut atteindre pour cette année au maximum 1,75 % du produit intérieur brut. Selon le ministère des Finances, le cadre de dépenses permet, selon les prévisions économiques actuelles, un déficit de 293 milliards de couronnes.

Au-delà du non-respct de ce plafond en raison de la forte augmentation des dépenses, ce déficit par trop élevé, toujours selon Jan Pavel, aura d’autres conséquences néfastes dans une optique à plus long terme, y compris dans un contexte européen plus global :

Photo illustrative: Gerd Altmann,  Pixabay,  CC0 1.0 DEED

« Évidemment, plus les déficits sont importants, plus le service de la dette publique est élevé. Nous constatons déjà que depuis la pandémie, si l’on compare la période pré-Covid à la période actuelle, le service de la dette a augmenté de manière assez significative. Auparavant, cette dépense était de l’ordre d’environ 0,7 % du PIB, alors qu’aujourd’hui nous en sommes pratiquement au double. »

« Et je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose de nous référer à la moyenne européenne, car la plupart des pays européens sont confrontés à d’importants problèmes d’endettement. Au contraire, nous devrions nous inspirer des pays qui ont des finances publiques raisonnablement gérées pour éviter de nous retrouver dans la situation de l’Italie ou de la France, par exemple, où l’on observe des déficits relativement élevés et une certaine paralysie de la représentation politique, qui ne sait pas comment résoudre le problème. »

aucun résultat trouvé