« Mr Nobody contre Poutine », coproduction tchèque, remporte l’Oscar du meilleur documentaire

Pavel Talakin avec l’Oscar du meilleur long métrage documentaire, Mr Nobody contre Poutine

L’Oscar du meilleur long métrage documentaire décerné par l’Académie américaine du cinéma a été attribué dans la nuit au film « Mr Nobody contre Poutine », coproduit par la Tchéquie et le Danemark.

« Au nom de notre avenir, au nom de nos enfants, arrêtez toutes les guerres », a lancé sur la scène à Los Angeles le co-réalisateur et protagoniste du film, Pavel ‘Pasha’ Talankin, qui s’exprimait en russe pour rappeler que « certains, depuis quatre ans, ne voient plus d’étoiles filantes mais seulement des missiles et des drones dans le ciel ».

« Mr Nobody contre Poutine raconte comment on peut perdre son pays », a déclaré l’autre réalisateur du film, David Borenstein, faisant référence à l’actualité dans les États-Unis sous la présidence Trump. Selon lui, cela peut se produire lorsque les gens ne protestent pas alors que le gouvernement tue des personnes dans la rue ou lorsque des oligarques cherchent à prendre le contrôle des médias. « Nous sommes tous confrontés à des choix moraux, mais heureusement même quelqu’un considéré comme “personne” est plus fort que vous ne le pensez », a-t-il ajouté.

Radovan Síbrt et Alžběta Karásková | Photo: Getty Images North America/AFP/Profimedia

Dans un communiqué, le producteur tchèque Radovan Síbrt, de la société PINK, a dit ressentir un profond sentiment d’accomplissement. « Pasha a risqué tout ce qu’il aimait, y compris sa vie. Et aujourd’hui, il se tient ici avec une statuette des Oscars », a-t-il indiqué. Selon lui, le film démontre que chaque individu peut agir face à l’injustice. Sa collègue Alžběta Karásková a quant à elle souligné l’engagement des producteurs dans la réalisation du film : « C’est un moment d’immense joie, de gratitude et aussi d’humilité. »

Le documentaire montre l’influence de la propagande de guerre dans le système scolaire russe dès l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Les images ont été tournées par Talankin, qui a vécu toute sa vie dans la petite ville russe de Karabach.

Il y travaillait comme enseignant dans une école primaire locale. Il y a quatre ans, la nature de son travail a changé : il a été chargé de mettre en place un nouveau programme éducatif lié à la guerre, comprenant des cours spéciaux et l’organisation d’événements de propagande.

Il devait en outre tout filmer et envoyer les images au ministère de l’Éducation. Frustré, l’enseignant a décidé de ne pas éteindre sa caméra et de documenter non seulement les activités imposées par l’État, mais aussi la vie quotidienne à l’école et en dehors. C’est également à cette époque qu’il est entré en contact avec le réalisateur américain installé au Danemark David Borenstein, avec qui il a trouvé tun moyen de faire sortir clandestinement les images du pays.

Radovan Síbrt,  Alžběta Karásková,  David Borenstein,  Pavel Talankin,  Helle Faber | Photo: Mario Anzuoni,  Reuters

Le documentaire a été réalisé en collaboration entre la société de production danoise Made in Copenhagen et la société tchèque PINK. Le coproducteur tchèque a participé à la postproduction sonore et visuelle du film et a joué un rôle clé pour garantir la sécurité du protagoniste et lui obtenir des papiers en Tchéquie.

Après avoir été primé au festival Sundance, le film a aussi récemment reçu le BAFTA du meilleur long métrage documentaire.

Cet Oscar attribué dans la nuit de dimanche à lundi est une première historique pour une co-production tchèque dans cette catégorie des documentaires. Pour autant, lundi matin, parmi les responsables politiques, seul le président de la République Petr Pavel, a souligné ce succès, précisant sur le réseau social X que dans ce film, « Pavel Talankin, au prix de grands sacrifices personnels, révèle avec force comment la propagande russe en temps de guerre cherche à façonner et à contrôler toute une génération ».

En revanche, une des conseillères du Premier ministre Andrej Babiš, Natálie Vachatová, a dénoncé le caractère "antirusse" du film Mr Nobody contre Poutine.

Ce succès mérité a été également été salué par plusieurs figures de l’opposition russe à l’étranger, notamment par Garry Kasparov, Mikhaïl Khodorkovski ou des membres du collectif Pussy riot. En Ukraine, si certains ont loué la manière dont ce documentaire oscarisé exposait la passivité des Russes, d’autres voix se sont élevées pour regretter que le film les dépeigne « comme une nation de ‘petites gens’, sincères dans leur naïveté, victimes de la malveillance de l’État plutôt que ses complices ».

Pour réécouter nos entretiens avec le co-réalisateur et l'un des producteurs de Mr Nobody contre Poutine, il suffit de cliquer ici et ici.