L’auto-défense mentale pour seniors : lancement d’un projet international en Tchéquie

En Tchéquie, près d’un tiers des personnes âgées ont été confrontées à la violence, aux mauvais traitements ou aux abus. Appelé « Express to Protect », un projet international a pour objectif d’éduquer des formateurs dont la mission sera de renforcer la résilience sociale des personnes vulnérables, et donc de prévenir ces agressions. Le projet a été lancé en République tchèque, en Pologne et en Croatie.

Linda Štucbartová est la fondatrice de « Sebeobrana pro všechny » (L’Auto-défense pour tous), une organisation qui met en place le projet en Tchéquie, en collaboration avec l’institut IREAS. Linda Štucbartová a commencé à s’intéresser aux techniques d’auto-défense lorsque sa fille, alors âgée de 16 ans, s’apprêtait à partir seule pour un séjour d’études au Canada. « Je m’inquiétais pour elle et voulais qu’elle apprenne à se défendre pour qu’elle puisse faire face à toute éventuelle situation de danger. Mais à l’époque, nous n’avons trouvé que des cours de Krav-Maga ou de judo qui ne répondaient absolument pas à nos besoins », explique-t-elle. Linda Štucbartová a alors lancé elle-même des cours d’auto-défense adaptés, comme elle le souligne, à tous :

Linda Štucbartová | Photo: Hana Řeháková,  Radio Prague Int.

« Notre approche est basée sur le concept international Empowerment Self Defense (ESD). Nous nous concentrons sur les groupes vulnérables susceptibles d’être agressés. Nous proposons donc des formations aux médecins, aux travailleurs sociaux, aux enseignants et aux professionnels de différents domaines d’activité qui peuvent être confrontés à des comportements inappropriés de leurs clients. Notre concept propose des techniques d’auto-défense qui ne sont pas physiques. »

« C’est aussi le principe du projet ‘Express to Protect’ – S’exprimer pour se protéger. L’auto-défense adaptée aux seniors repose sur les principes de la prévention, d’une communication efficace et sur la recherche de soutien. Quand on évoque les agressions envers les personnes âgées, cela signifie, pour la plupart d’entre elles, une agression commise par un inconnu. Or, le danger vient le plus souvent des personnes proches de la victime ou encore, par exemple, des réseaux sociaux. Les abus financiers et la maltraitance de la part des soignants représentent également un grave problème chez nous. »

Photo: ESD SPV

Financé par le programme Erasmus +, « Express to Protect » est un projet pilote qui s’étale sur deux ans. Il vise à former, dans chacun des pays participants, douze professionnels et à élaborer une méthodologie. Hana, 79 ans, fait partie des 120 seniors tchèques impliqués. Elle parle de son expérience :

Photo: ČT24

« J’avais déjà participé auparavant à un cours d’auto-défense, mais c’était autre chose. On nous apprenait par exemple à donner des coups de pied à un agresseur, en position couchée. Or, c’est très éprouvant pour les personnes de mon âge qui ont souvent des douleurs au niveau des genoux et des hanches. Cette formation est différente. On nous apprend surtout à être plus résilients mentalement, à avoir une bonne posture du corps, par exemple. Lorsqu’on se tient debout, non pas avec les jambes parallèles, mais avec la jambe droite en arrière et la jambe gauche en avant, on devient beaucoup plus stable et sûr de soi-même. Et ça ne demande aucun effort ! »

Source: ESD SPV

Think, Yell, Run, Tell, Fight (réfléchir, crier, courir, raconter, se battre) : tels sont les cinq principes sur lesquels est basé le concept de l’auto-défense promu par Linda Štucbartová. Elle souligne que la confiance en soi, qui se manifeste par le langage corporel, les gestes et le placement de la voix, est plus importante que la force physique. Le projet « Express to Protect » a également pour mission de lutter contre la victimisation secondaire des seniors confrontés à un comportement agressif.

« Nous apportons une assistance aux victimes. Souvent, elles se sentent coupables, elles ont honte et pensent que ce qui leur est arrivé est de leur faute. Nous leurs expliquons que ce n’est pas vrai, que c’est toujours l’agresseur qui est responsable. La victimisation secondaire est très fréquente chez les seniors, en Tchéquie comme dans les autres pays européens », constate la coach, qui a déjà formé dans ses cours près de 4 500 personnes de toutes tranches d’âge.

Photo: ČT24