Presse : à Brno, le congrès des Allemands des Sudètes suscite des crispations

Des dizaines de personnes se sont rendues à la réunion des conseillers municipaux de Brno pour protester contre la tenue du rassemblement de l’Association des Allemands des Sudètes

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse aux tensions qui accompagnent les préparatifs du congrès de l’Association des Allemands des Sudètes qui se déroulera pour la première fois en Tchéquie. Au menu également le rappel de l’accident de Tchernobyl, les liens entre les économies tchèque et allemande, la tendance de l’Eglise catholique à l’autofinancement ou encore le centenaire de la célèbre marionnette tchèque Hurvínek.

Le festival Meeting Brno, axé sur le dialogue et la réconciliation, qui se déroulera fin mai, accueille cette année pour la première fois le congrès de l’Association des Allemands des Sudètes, pour lequel environ un millier de participants sont attendus. Le programme du festival comprend également des cérémonies commémoratives, notamment à la résidence universitaire Kounice, où des centaines de personnes ont été exécutées pendant et après la guerre. Le journal en ligne Forum 24.cz rapporte que l’événement mobilise depuis un certain temps déjà les acteurs de la scène de la désinformation, les communistes, les sympathisants du parti d’extrême droite SPD :

« Les organisateurs du festival décrivent la situation comme très tendue. Ils  font face non seulement à de vives critiques, mais aussi à des menaces ouvertes. Leurs données personnelles circulent sur les réseaux sociaux et les messages anonymes se multiplient. Il est regrettable que l’ancien président Václav Klaus contribue lui aussi à cette atmosphère tendue. Récemment, il a par exemple déclaré que ‘nous n’avons rien à faire avec les Allemands. Le mot réconciliation est fallacieux, vide de sens’. Ces propos intransigeants à l’égard des Allemands des Sudètes et des Allemands en général ont suscité une vive réaction de rejet. D’autant plus qu’en 1997, alors que Václav Klaus était Premier ministre, il avait signé en personne la Déclaration tchéco-allemande, dont l’objectif était justement de surmonter un passé douloureux et d’améliorer les relations entre les deux pays. »

Le journal constate que la haine envers les Allemands des Sudètes reste, quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un thème de prédilection des désinformateurs, des communistes et des nationalistes. « Elle a d’ailleurs contribué à la victoire de Miloš Zeman face à Karel Schwarzenberg lors de l’élection présidentielle en 2013 », écrit-il.

Tchernobyl : 40 ans déjà

« Tchernobyl n’est pas seulement un événement historique. C’est un avertissement qui reste d’actualité aujourd’hui encore », observe le site Info.cz qui évoque différents aspects de l’accident survenu il y a quarante ans.

Tchernobyl | Photo: IAEA ImagebankWikimedia Commons,  CC BY-SA 2.0

« Cet accident montre que les systèmes technologiques peuvent échouer non seulement à cause d’une erreur, mais aussi en raison d’une combinaison de facteurs négatifs : une mauvaise idée, une communication insuffisante, la pression pour plus de performance et une servilité extrême. Il rappelle également que la transparence et l’ouverture ne sont pas un luxe, mais une condition indispensable à la sécurité. Et la leçon probablement la plus importante à tirer ? Les catastrophes de ce type ne surviennent pas soudainement. Elles trouvent leur origine bien avant, dans des décisions qui semblent mineures, routinières et insignifiantes. À Tchernobyl, ces décisions se sont accumulées en une seule nuit. Et elles ont changé le monde. »

Le journal Deník N rappelle pour sa part que le régime communiste tchécoslovaque a informé ses citoyens de l’accident de Tchernobyl avec beaucoup de retard tout en minimisant l’événement. Beaucoup de gens ont ainsi eu l’impression que l’accident ne les concernait pas, car Tchernobyl était loin de chez eux :

« Personne ne savait ce que cela signifiait réellement. Et encore moins que ce nuage contaminé allait atteindre le sud de la France et faire plusieurs fois le tour de l’Europe. Les informations ont certes afflué progressivement, mais même après,  il n’était pas clair si la population courait un risque quelconque et comment elle devait se comporter pour le minimiser le cas échéant. Les responsables politiques ont plutôt tenté de convaincre la population qu’il ne se passait rien de grave et que l’Occident exagérait les choses. Les gens n’avaient aucune expérience d’un accident aussi grave. On parlait des explosions nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki, généralement en y ajoutant une remarque sur l’impérialisme américain. Face à toute cette désinformation, la Tchécoslovaquie a eu beaucoup de chance, parce que le niveau de radiation qui l’a touchée était finalement minime. »

L’hebdomadaire Respekt indique que les Tchèques se souviennent notamment de Tchernobyl comme d’une histoire de mensonges et de secret qui a incité les gens à écouter les radios occidentales, même ceux qui ne l’avaient jamais fait auparavant. Et de déplorer qu’on évoque moins souvent les souffrances des personnes vivant à proximité du lieu de l’explosion, qui ont dû quitter leurs foyers. Et pourtant, « la catastrophe de Tchernobyl constitue l’un des déplacements de population les plus vastes et les plus tragiques survenus en temps de paix, sans motif politique, dans l’histoire européenne. »

Les liens entres les économies tchèque et allemande et la guerre dans le Golfe

« Les Allemands ont déjà ressenti les effets de la guerre dans le Golfe, et le même sort menace les Tchèques, qui sont les partenaires les plus proches de ce pays en grande difficulté ». Un avertissement lancé dans une analyse rédigée pour le site Seznam.cz qui se réfère aux propos des représentants de l’Institut économique Ifo de Munich publiées par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, selon lesquels « la crise iranienne a durement frappé l’économie allemande » :

Le détroit d'Ormuz | Photo: Reuters

« Les nouvelles en provenance de Munich sont catastrophiques non seulement pour les Allemands, mais d’une manière générale aussi pour les Tchèques. L’année dernière, il semblait que l’économie nationale avait laissé la crise derrière elle et, selon les prévisions du début de l’année, la situation devait encore s’améliorer cette année. L’année dernière, la croissance économique a été assurée par les ménages, qui se sont enfin remis du choc des prix et ont commencé à dépenser davantage. A la fin de l’année dernière, les entreprises ont enfin annoncé des chiffres d’affaires légèrement meilleurs, et la situation devait continuer à s’améliorer. »

Mais depuis le déclenchement de la guerre dans le Golfe, comme l’indique le publiciste l’éditorialiste du site, tout a changé. « Au vu de la dépendance des exportations tchèques eu égard à une Allemagne en perte de vitesse, il n’y a plus lieu d’espérer que la tendance positive se poursuive. Dès lors les Tchèques partagent avec leurs voisins occidentaux la peur de l’inflation », précise-t-il avant de souligner : « Même si cela ne signifie pas nécessairement qu’un scénario catastrophe se réalise, il est néanmoins raisonnable de s’attendre à une évolution négative. »

Être prêtre et étudier l’économie

Samedi dernier, Stanislav Přibyl a pris solennellement, lors d’une cérémonie d’intronisation à la cathédrale Saint-Guy, ses fonctions d’archevêque de Prague, succédant ainsi à Jan Graubner. L’occasion pour le journal Hospodářské noviny de constater que l’Église est un investisseur important qui s’oriente vers l’autofinancement et d’expliquer l’importance de la seconde spécialité de Přibyl qu’il a acquise en tant que prêtre grâce à des études d’économie et de gestion :

Stanislav Přibyl a pris solennellement,  lors d’une cérémonie d’intronisation à la cathédrale Saint-Guy,  ses fonctions d’archevêque de Prague | Photo: Michal Krumphanzl,  ČTK

« C’est le souci de comprendre les principes généraux de la gestion et de l’administration des biens qui a conduit Stanislav Přibyl à élargir sa formation. Ceux-ci ont commencé à être restitués à l’Église avec l’adoption de la loi sur le règlement patrimonial avec les Églises en 2012. Il s’agissait de biens immobiliers d’une valeur de 75 milliards de couronnes et d’actifs financiers d’un montant de 59 milliards de couronnes. Grâce à la restitution de ses biens immobiliers, l’Église est devenue, juste après l’État, le deuxième plus grand propriétaire de biens historiques et de monuments culturels, de forêts et de terres agricoles en Tchéquie. Plus de 20 000 personnes s’occupent désormais de la gestion de ce patrimoine. L’Église catholique figure ainsi parmi les dix plus grands employeurs du pays. »

Le journal économique rapporte qu’à partir de 2043, les revenus tirés de ce patrimoine devraient permettre à l’Église catholique de mener ses activités traditionnelles dans les domaines spirituel, éducatif, sanitaire et social grâce à ses propres ressources, sans intervention de l’État.

La marionnette Hurvínek fête ses cent ans

La marionnette Hurvínek, qui forme avec son père Spejbl un célèbre duo admiré des petits spectateurs tchèques, créé par le marionnettiste Josef Skupa dans les années 1920, célèbre ces jours-ci les 100 ans de sa naissance. L’hebdomadaire Respekt remarque à ce propos :

Hurvínek | Photo: Blanka Kovandová,  ČRo

« Dans l’histoire culturelle tchèque, ce personnage occupe certainement une place irremplaçable. Cinq générations ont déjà grandi avec les histoires espiègles de Hurvínek et de son père grincheux Spejbl. Et bien que la première génération n’ait eu pour seul concurrence que les films burlesques muets projeté dans les salles de cinéma, et que la génération actuelle soit confrontée, au contraire, à un divertissement numérique infini, leurs spectacles affichent toujours complets plusieurs semaines à l’avance. Hurvínek tout comme le Švejk de Hašek, de cinq ans son aîné, représente l’un des symboles de la nature collective tchèque ».