Judith Lego : « Quand Jan Palach s’est immolé, j’ai décidé d’émigrer »

Judith Lego

Originaire de Plzeň (Pilsen), Judith Lego, née Jitka Legová, a quitté la Tchécoslovaquie communiste pour la France le 11 avril 1969. La jeune femme a été bouleversée par la mort de son amie, tuée par un soldat soviétique à un arrêt de tramway à Prague, ainsi que par l’immolation de l’étudiant Jan Palach qui, par son acte, a protesté contre l’apathie de la population vis-à-vis de l'occupation de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie. « Je ne pouvais pas vivre dans un État dirigé par des criminels », a confié Judith Lego au micro de Radio Prague Int. Diplômée de l’Université polytechnique de Prague (ČVUT), elle a poursuivi ses études au sein du prestigieux Centre des hautes études de la construction à Paris.  « J’ai terminé cette formation comme l’unique femme ingénieur parmi 99 hommes, avant d’être embauchée, sans problèmes, dans une grande entreprise de construction française », se souvient-elle.

Extrait :

Judith Lego | Photo: Archives de Judith Lego

« Dans la Tchécoslovaquie des années 1950, l’ambiance était tout-à-fait schizophrène. Ma mère institutrice n’en pouvait plus : elle était obligée d’expliquer aux élèves que tout le pays avait été libéré par l’Armée rouge en mai 1945, alors que tout le monde à Plzeň savait que la ville avait été libérée par les Américains. Ils ont d’ailleurs laissé des traces à Plzeň : il y avait des enfants métis dans les écoles et dans les caves des maisons, on pouvait encore à l’époque trouver des boîtes de conserves que les soldats américains avaient apportées. Il était ridicule de faire semblant que cette réalité n’existait pas. Mais nous avons rapidement compris ce qu’il fallait dire en public et ce qu’on pouvait dire entre nous, à la maison. »

Auteurs: Marie Sýkorová , Magdalena Rejžková
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