De la violence du derby Slavia-Sparta au vol du crâne de Zdislava, une drôle de semaine en Tchéquie
Les émeutes lors du derby des « S » pragois dans le championnat de République tchèque de football, la fin prochaine de la protection temporaire des réfugiés ukrainiens, la guerre de pouvoir qui secoue la scène politique tchèque ou encore l’étonnant vol du crâne de sainte Zdislava. Tels sont les titres de cette nouvelle revue de presse.
« Le football tchèque vit actuellement une période faste à bien des égards : après vingt ans d’absence, la sélection nationale s’est qualifiée pour la Coupe du monde, les clubs sont convoités par de riches homme d’affaires et la Fédération de football est même parvenue récemment à démanteler un vaste réseau de corruption. Toutefois, ses dirigeants n’ont pas réussi à résoudre le problème d’une culture du football agressive, ouvertement raciste et haineuse. »
Tel est le constat que dresse Respekt après les graves incidents qui se sont produits, samedi 9 mai dernier, lors du derby pragois entre le Slavia et le Sparta : l’envahissement du terrain, avant la fin du match, par les supporters du Slavia, dont certains étaient des hooligans cagoulés, qui ont agressé physiquement trois joueurs du Sparta et lancé plusieurs dizaines d’engins pyrotechniques dans le secteur réservé aux fans du Sparta. Selon le site de l’hebdomadaire libéral, ces scènes de violence sur la pelouse même du stade d’Eden ne constituent pas un fait accidentel, mais plutôt la conséquence du laisser-faire du football tchèque depuis plusieurs années :
« Les émeutes à Vršovice (le quartier où se trouve le stade du Slavia) ne font que confirmer que, dans le cas du meilleur club tchèque de ces dernières années, le problème se situe à presque tous les niveaux. Tant chez les supporters qu’au sein des services d’ordre et de la direction même du club. Il faut ici rappeler ce que le Slavia représente dans le contexte du football tchèque. Il s’agit sans conteste du club le plus titré de la dernière décennie avec cinq titres de champion et trois deuxièmes places au cours des huit dernières années. Il achète et vend des joueurs pour plusieurs centaines de millions de couronnes et participe à la Ligue des champions, qui est la compétition de clubs la plus prestigieuse au monde. Et, il y a deux ans, le club pragois a été racheté par l’homme d’affaires Pavel Tykač, dont la fortune s’élève, selon le magazine Forbes, à 188 milliards de couronnes (7,7 milliards d’euros). Dans ce contexte, avoir sous-estimé la situation lors du derby de cette manière est inexcusable. Autrement dit, si quelqu’un possède les conditions et les moyens de faire progresser le football tchèque, c’est bien le Slavia. »
Quand s’arrêtera le système de protection temporaire des réfugiés ukrainiens
« Au bout de cinq ans, le statut de protection temporaire accordé aux réfugiés ukrainiens devrait prendre fin en mars 2027. Des centaines de milliers d’Ukrainiens ne savent pas ce qu’il adviendra d’eux », rapporte Seznam Zprávy. Le site s’intéresse aux conséquences que cet arrêt aura non seulement pour quelque 400 000 réfugiés, dont environ la moitié travaille en République tchèque, mais aussi pour un marché du travail qui pourrait se retrouver confronté à une considérable perte de main-d’œuvre :
« Le marché du travail et l’économie tchèques ont besoin des migrants. Toutefois, les conditions de leur séjour ne semblent pas préoccuper les autorités outre mesure. Jusqu’à présent, le gouvernement d’Andrej Babiš n’a toujours pas clairement expliqué ce qu’il comptait faire une fois que le régime de protection temporaire s’arrêtera en mars 2027. Or, ce type de permis de séjour reste le principal outil d’intégration des réfugiés. La préparation d’un plan pour faire face à l’après-protection temporaire relève de la compétence du ministère de l’Intérieur qui attend le résultat de la réunion du Conseil européen des ministres prévue en juin. »
Seznam Zprávy cite Tomáš Prouza, le président de la Confédération tchèque du commerce et du tourisme, qui affirme que « le pays se retrouverait à l’arrêt complet si près de 199 000 personnes bénéficiant d’une protection temporaire venaient à partir ». Comme l’indique également l’auteur, les données du Système d’information sur les revenus moyens montrent que les Ukrainiens en Tchéquie perçoivent les salaires les plus bas parmi toutes les nationalités suivies.
La guerre pour la répartition des rôles entre le gouvernement et le président
« La République tchèque est au bord d’une crise constitutionnelle », avertit iRozhlas.cz, le site d’information de la Radio tchèque, en réaction au fait que le Premier ministre, Andrej Babiš, refuse toujours de laisser le président de la République, Petr Pavel, participer au sommet de l’OTAN qui se tiendra à Ankara les 7 et 8 juillet prochains. L’auteur estime que cette « querelle futile » pourrait avoir des répercussions fondamentales sur les fondements mêmes du pays :
« Il en va de la répartition des rôles, et donc du pouvoir, entre le gouvernement et le président. Officiellement, Andrej Babiš invoque des divergences de vues sur les dépenses de défense et affirme que la politique étrangère relève de la compétence du gouvernement, et non de celle du chef de l’État. Mais la véritable raison est différente : les Automobilistes (Motoristé), un des trois partis de la coalition gouvernementale, n’ont pas digéré que Petr Pavel ait refusé de nommer Filip Turek, leur président d’honneur, ministre et font pression sur Andrej Babiš pour qu’il le lui fasse payer. Où passe donc la ligne de démarcation entre les pouvoirs souverains du gouvernement et ceux du président ? Dans ce cas précis, il s’agit d’un conflit entre deux principes constitutionnels. Selon le premier, le président représente l’État à l’étranger, tandis que selon le second, c’est le gouvernement qui définit la politique étrangère du pays. »
Toujours selon le même chroniqueur, ce conflit autour du sommet de l’Alliance n’est qu’une conséquence parmi d’autres de la lutte d’influence qui fait rage depuis un certain temps déjà sur la scène politique tchèque :
« La Constitution tchèque est rédigée de telle manière qu’elle peut être source de tensions plus ou moins fortes entre le président et le gouvernement. Nous sommes certes une République parlementaire au sein de laquelle les pouvoirs clés sont détenus par le gouvernement. Mais à certains égards, le président de la République est en quelque sorte ‘au-dessus’ de cela. C’est lui qui nomme le Premier ministre et les ministres. En même temps, des ambiguïtés figurent dans la Constitution contient qui permettent des interprétations divergentes. Tout cela fonctionne plus ou moins bien lorsque le gouvernement et le président ont des positions politiques à peu près identiques et acceptent par conséquent de faire des concessions, mais pas dans le cas contraire. Faire preuve de bonne volonté est donc en quelque sorte la seule solution possible : supprimer la simple politique de pouvoir au profit d’une véritable gestion de l’État. Et ce, des deux côtés. »
L’étonnant vol du crâne de sainte Zdislava
Mardi soir dernier, le crâne de sainte Zdislava, figure religieuse importante en Tchéquie, canonisée en 1995 par le pape Jean-Paul II, a disparu. Le vol s’est produit à Jablonné v Podještědí, commune de la région de Liberec, en Bohême du Nord. L’occasion pour le journal Deník N d’observer :
« Cela faisait longtemps que la Tchéquie n’avait pas connu un tel sacrilège. Il s’agit en même temps d’un vol assez curieux dans un pays majoritairement athée. Désormais, les politiciens de tous bords se bousculent pour exhorter le voleur à rendre le crâne, et l’Église va même jusqu’à évoquer des malédictions. On ne sait pas exactement qui maudira le malfaiteur inconnu ni comment la malédiction se manifestera, mais ce qui est acquis, c’est que pour certains, il ne s’agit pas d’une menace anodine. »
« Mais qui, au XXIe siècle, se laisserait intimider par de telles menaces ? », se demande le chroniqueur du journal, avant de soulever d’autres questions pertinentes :
« Pourquoi le voleur a-t-il laissé sur place la couronne en or qui à l’origine se trouvait sur le crâne ? Qui a bien pu vouloir voler une relique dont la valeur est avant tout symbolique ? Les experts émettent l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’un membre d’une secte sataniste. La malédiction ne le dérangerait sans doute pas. Théoriquement, quelqu’un pourrait chercher à vendre le crâne de la sainte du XIIIe siècle au marché noir. Ou simplement le vénérer chez lui. Même s’il est difficile d’imaginer qu’une personne pieuse puisse voler un crâne, il existe encore aujourd’hui des collectionneurs de reliques de saints, et ce, bien que l’on ne sache souvent même pas s’il s’agit de pièces authentiques. »
Le chroniqueur conclut en rappelant que le plus célèbre collectionneur de reliques de l’histoire tchèque était Charles IV qui, toutefois, à la différence du voleur du crâne de Zdislava, les achetait avant de les ramener en Bohême.






