« Le français est comme un vin que l’on marie avec un plat »

Pour la troisième année consécutive, l’Association des anciens élèves des sections tchèques en France (Dijon-Nîmes) a remis son prix appelé « Un grand MERCI », mettant ainsi à l’honneur différents enseignants de français en République tchèque. Comme son nom l’indique, le projet vise à rendre hommage aux professeurs qui inspirent leurs élèves et leur transmettent leur amour du français de manière à élargir leurs horizons tant personnel que professionnel. Après la cérémonie qui s’est tenue mercredi 3 juin à Prague au siège du ministère des Affaires étrangères, le lauréat de cette édition 2026 a présenté sa méthode de travail au micro de RPI.

L’intégralité de l’entretien est disponible dans la version audio.

« Bonjour, je m’appelle Přemysl Machatý et enseigne au Lycée Dašická à Pardubice ainsi qu’ à l’Alliance française de Pardubice. Je suis un ancien étudiant de l’Université Masaryk à Brno, et bien évidemment aussi du Lycée Dašická, où je suis donc revenu en tant que professeur. »

Přemysl Machatý | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.

« C’est un grand plaisir de recevoir ce prix ‘Un grand MERCI’, d’abord parce que je trouve que le métier de professeur est très important. Il peut influencer la vie des jeunes. Dans mon allocuation de remerciement, j’ai expliqué que quand j'avais 15 ans, il m’a fallu choisir une deuxième langue, qui a donc été le français. J’ai commencé à l’étudier  sans attentes particulières, mais très vite, ma professeure, madame Příhodová, me l’a fait aimer. C’était une personne très souriante, positive et motivante, et elle nous a toujours encouragé à développer nos compétences. »

« Du coup, quand j’ai moi-même commencé à enseigner le français quelques années plus tard, je me suis dit qu’elle était une bonne source d’inspiration et depuis, je m’efforce d’enseigner comme elle le faisait à l’époque. Évidemment, j’ajoute une touche personnelle, j’aime enseigner sur le ton de l’humour. Mon objectif est de faire en sorte que mes cours soient ludiques, amusants, et que mes élèves apprécient le fait que nous passions du temps ensemble. Je veux leur transmettre l’envie de découvrir un nouveau monde et une culture différente à travers le français. »

Quand vous parlez de cours ludiques et amusants, qu’est-ce que cela signifie dans la pratique ? Comment vous y prenez-vous pour motiver vos élèves et les « pousser » à apprendre le français ?

Lycée Dašická à Pardubice | Photo: Site officiel de Gymnázium,  Pardubice,  Dašická 1083

« Il y a différentes pistes envisageables. Mes collègues disent parfois de moi que je suis un showman, parce que je recours beaucoup au mime, aux gestes, aux grimaces. J’utilise aussi, par exemple, le jeu de société Activity... Et puis j’essaie toujours de trouver de nouvelles idées pour ‘sortir’ un peu du manuel d’apprentissage. Ça peut être des projets vidéo, des petits sketchs, pour travailler de façon un peu différente, même si, bien évidemment, la grammaire ou le lexique sont toujours là. »

Ça plaît à vos élèves ?

« En général, oui. La preuve en est que j’avais dix-huit élèves au total cette année en classe de terminale, dont douze ont passé le bac en français. Pour une deuxième langue, c’est un chiffre assez élevé (dans le système éducatif tchèque, pour les élèves qui passent l'examen de la ‘maturita’, l’équivalent du baccalauréat en France, l’épreuve de deuxième langue est facultative et dépend de leur choix). »

Quelles sont les motivations de vos élèves ? Quand on vit à Pardubice, en Bohême de l’Est, le français n’apparaît pas forcément comme un choix évident ?

« C’est vrai. Convaincre les élèves que le français est un bon choix n’est pas chose facile. Il faut leur expliquer pourquoi ça peut l’être et leur donner des exemples de la manière dont ils peuvent faire usage de cette langue, ne serait-ce déjà que pour voyager. C’est pourquoi je coopère avec Europe Direct Pardubice pour promouvoir les possibilités de voyages qui sont pris en charge par l’Union européenne. On participe aux projet européens, à Erasmus. Je leur explique qu’ils peuvent se préparer aux examens des diplômes de français professionnel, qui peuvent leur être utiles pendant leurs études mais aussi à plus long terme. »

« Il y a aussi des entreprises francophones même à Pardubice et dans ses alentours. Plus généralement, il y a toujours des possibilités en République tchèque pour mettre à profit la connaissance d’une autre langue que l’anglais qui, lui, selon moi, est devenu une nécessité ou quelque chose que l’on considère comme étant automatique. Mais si vous êtes capable de parler une autre langue, c’est un plus pour votre carrière. »

« Aujourd’hui, beaucoup d’élèves ont tendance à choisir l’espagnol plutôt que le français notamment parce que c’est une langue plus phonétique. Malgré cela, j’essaie de leur montrer que l’écriture, par exemple, ne serait-ce qu’au début, n’est pas si importante. À mes yeux, il s’agit d’abord d’une initiation à la langue où le plus important est de parler. C’est là l’un des intérêts des jeux, car ils permettent d’apprendre en s’amusant, et ce, même si c’est compliqué. Il y a aussi plein de sites où vous pouvez télécharger différents types de documents qui permettent d’enrichir vos cours. Et puis, encore une fois, je pense que la personnalité du professeur est importante, car c’est lui qui doit réussir à faire sortir les élèves de la routine scolaire quotidienne. »

Lors de la remise du prix, vous avez expliqué que le français était en quelque sorte une tradition dans votre famille...

« Cela remonte à mon arrière-grand-père maternel. Il est parti à Nice où il jouait dans un orchestre. Quand il est rentré en République tchèque, il est devenu gendarme, soit donc un métier complètement différent de ce qu’il faisait en France. Mais il s’est marié et le français est alors resté et s’est installé dans la famille puisque ma grand-mère a appris le français, puis ma mère. Quand est venu mon tour, le choix du français a donc presque été une évidence. »

Le français vous a tout de suite plu?

Et puis comme on dit que l’on marie un vin avec un plat, je trouve que la culture se marie bien avec le pays.

« Oui ! Mais comme je l’ai dit, j’ai eu la chance d’avoir avec madame Příhodová une professeure remarquable. Et je sais, grâce à mes amis, que ce n’est pas toujours le cas. C’est pour ça que je trouve que ce prix ‘Un grand MERCI’ est une belle récompense de notre travail. Je tiens d’ailleurs à féliciter tous mes collègues qui ont été nommés parce que cela signifie qu’ils font bien leur boulot et, surtout, qu’il y a des gens qui l’apprécient. »

« Il y a beaucoup de choses que j’aime dans le français... La sonorité, c’est une langue chantante et qui est riche en expressions. Et puis comme on dit que l’on marie un vin avec un plat, je trouve que la culture se marie bien avec le pays. »

Fin de l’entretien, sur notamment l’importance du plurilinguisme et même de la pratique de l’anglais dans les échanges entre élèves tchèques et français pour leur permettre ensuite d’en venir progressivement à parler aussi la deuxième langue étudiée, dans la version audio.