Presse : ces Pragois prêts à quitter Prague pour mieux vivre dans ses environs
La canicule et le repos nocturne à Prague, la volonté d’une partie des Pragois de quitter la capitale, l’accident de voiture du chargé gouvernemental Filip Turek, l’opposition en manque de leader fort ou encore – pour faire durer encore un peu le plaisir - la finale dames 100 % tchèque de Wimbledon : Tels sont les sujets au menu de cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine qui s’achève.
« La lutte contre les canicules impose des exigences totalement nouvelles et radicales », constate Respekt. Selon l’hebdomadaire, créer des corridors verts et des îlots d’ombre partout où les gens se déplacent fréquemment à l’extérieur sera bientôt une nécessité. Pour autant, il ne s’agit pas uniquement de transformer l’aspect des villes, mais aussi de modifier leur rythme de vie :
« Il faut s’inspirer des régions habituées depuis longtemps aux fortes chaleurs et qui sont pour nous d’excellents modèles. Il est inutile de chercher des leçons uniquement là où l’on combat la chaleur à l’aide de climatisateurs. Les populations des régions chaudes se protègent de la chaleur en modifiant leur rythme de vie quotidien. Aux heures les plus chaudes de la journée, elles réduisent leur activité, se reposent et reportent le travail ou leurs loisirs à des heures plus tardives. Compte tenu de nos habitudes, cela peut nous sembler irréaliste. Mais les vagues de chaleur finiront par être si tenaces qu’elles nous contraindront à changer nos habitudes. »
Toujours selon Respekt, les villes devraient commencer par réenvisager les règles relatives au repos nocturne et permettre aux gens, en été, de rester dehors jusque tard dans la soirée, soit l’un des moments les plus agréables de la journée :
« Cette modification profiterait également aux bars et restaurants qui perdent des clients pendant la journée. Certaines activités professionnelles se déplaceront également vers les heures du soir pendant l’été, du moins pour les personnes travaillant à domicile. Autrement dit, s’il doit faire aussi chaud qu’en Italie aujourd’hui, il est absurde de ne pas profiter naturellement de la fraîcheur du soir. Compte tenu de la fréquence des canicules, on peut espérer que même Prague, ville qui veille strictement à la tranquillité nocturne, finisse par comprendre [cette nouvelle réalité]. »
Ces Pragois prêts à quitter Prague
Prague fait partie des villes européennes dont les habitants sont majoritairement satisfaits de leur qualité de vie. Parallèlement, elle occupe la troisième place du classement des villes en Europe, derrière Athènes et Amsterdam, où accéder à la propriété d’un appartement neuf est le plus difficile, ou en tout cas coûte le plus cher par rapport au niveau de rémunération. Selon le Deloitte Develop Index, un indice bimestriel qui analyse et décrit l’état du marché du logement à Prague, quinze années de salaires bruts sont en effet nécessaires avant de pouvoir acheter un logement de 70 mètres carrés. « Il ne faut donc pas s’étonner si, d’après une étude de l’Institut de planification et de développement de la ville de Prague (IPR), jusqu’à un tiers des habitants envisagent de quitter Prague au cours des cinq prochaines années », écrit à ce propos le journal en ligne Echo24.cz, avant de préciser :
« Il s’agit principalement des générations les plus jeunes qui, pour beaucoup d’entre eux, s’installent dans des villes et communes de Bohême centrale telles que Kladno, Beroun, Říčany, Český Brod ou Kolín, qui sont bien reliées à Prague par les transports. La proximité du réseau ferroviaire, les écoles, les crèches et les services de base sont des éléments clés. Dès lors qu’une localité remplit ces différents critères, les Pragois sont prêts à quitter Prague. »
Pourtant, globalement, le niveau de satisfaction quant à la qualité de vie à Prague reste élevé, et ce, même si par rapport aux années précédentes, celui-ci a quelque peu diminué. Selon l’IPR, la pandémie du Covid-19, la guerre en Ukraine et la forte hausse des prix de l’énergie ont pesé sur le moral des Pragois.
La carrière politique de Filip Turek (Automobilistes) s’arrêtera-t-elle au volant ?
« Filip Turek doit démissionner avant que quelque chose de plus grave encore ne se produise. Son style de conduite a mis la vie de plusieurs personnes en danger. On ne peut plus fermer les yeux sur ses frasques. » Tel est l’avis, tranché, du quotidien Deník N suite à l’accident dans lequel le chargé gouvernemental pour la politique climatique et président d’honneur des Automobilistes (Motoristé), une des trois formations de la coalition gouvernementale, a été impliqué en percutant avec sa voiture, à un carrefour dans le centre de Prague, un véhicule hospitalier qui transportait du matériel biologique pour une urgence médicale. Si l’on a d’abord pu penser que l’accident, duquel le conducteur du véhicule hospitalier est ressorti blessé, n’était qu’un malheureux concours de circonstances, très vite cependant, grâce aux images vidéo qui ont été mises en ligne, ce fait divers a montré Filip Turek sous un jour à la fois défavorable et caractéristique de la personnalité de l’un des personnages les plus en vue et parmi les plus controversés sur la scène politique tchèque depuis la tenue des élections législatives à l’automne dernier :
« Fidèle à son attitude en public et à ses manœuvres rusées, Filip Turek répond parfaitement au portrait-type de ces conducteurs que l’on redoute de croiser sur la route, car ils ne vous considèrent pas comme leurs égaux. Leur empressement est bien plus important que le vôtre. C’est là un cocktail tout à la fois d’inconscience, d’égoïsme et d’aptitudes au volant qui ne correspond absolument pas à la confiance en lui-même dont il fait preuve. Et parfois, cela se termine mal. »
« Si la carrière politique de Filip Turek devait prendre fin au volant d’une Mercedes tout-terrain rutilante, il s’agirait bien évidemment d’une ironie du sort digne d’un film de fiction, alors que c’est précisément la défense de ce type de véhicules, grands et équipés d’un moteur à combustion, qui avait motivé Filip Turek à se lancer en politique », lit-on aussi à ce propos sur le site de Respekt, qui ajoute :
« Au cours de sa vie, Filip Turek a sans aucun doute commis des actes bien pires. Il a adoré le nazisme, intimidé ses opposants, tenu des propos racistes et, surtout, s’est efforcé ces derniers mois de paralyser le fonctionnement du ministère de l’Environnement. Mais c’est justement cette conduite dangereuse dans le centre de la capitale, filmée presque en direct, qui, en raison même de sa banalité, pourrait bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase et sceller le sort de la figure emblématique des Automobilistes au pouvoir. »
L’opposition en manque de leader fort
« Les partis d’opposition, qui pourraient tirer parti des erreurs et des scandales du gouvernement ou des représentants des partis de la coalition, n’y parviennent pas », peut-on lire sur le site Seznam Zprávy. Celui-ci s’appuie sur les résultats d’un sondage de l’agence STEM/MARK selon lesquels près de la moitié de leurs électeurs jugent leur travail « plutôt mauvais » voire « très mauvais ». De plus, comme le soulignent plusieurs observateurs de la scène politique tchèque, l’opposition manque d’un leader fort :
« Vít Rakušan (STAN), Martin Kupka (ODS) et Zdeněk Hřib (Pirates) mènent une lutte acharnée pour la direction, ce qui, paradoxalement, affaiblit l’action de l’opposition. Certes, l’ancien Premier ministre et ancien chef de l’ODS, Petr Fiala, n’était pas le leader le plus charismatique, mais tous les partis de l’ancienne coalition gouvernementale qu’il dirigeait, l’acceptaient comme figure de proue. »
Les partis de l’opposition sont capables de coopérer sur certains points, comme lors de l’élaboration de projets de loi. En revanche, ils semblent être incapables de s’imposer de manière visible sur des sujets importants. Un constat que Seznam Zprávy illustre avec un exemple remontant au début du mois de juillet :
« Pendant que la Chambre des députés débattait du différend entre le gouvernement et le président de la République concernant la composition de la délégation tchèque au sommet de l’OTAN à Ankara et le non-respect de l’engagement pris vis-à-vis de l’Alliance atlantique de consacrer 2 % du PIB à la défense, les députés chrétiens-démocrates ont eux proposé de modifier les horaires d’ouverture des magasins pendant les jours fériés. »
La finale du simple dames 100 % tchèque de Wimbledon
« Quand même la perdante est la gagnante. Ce que la Tchéquie peut apprendre de ses joueuses de tennis » est le titre d’un des nombreux commentaires qui ont suivi la finale du tournoi de simple dames de Wimbledon 100 % tchèque entre Linda Nosková et Karolína Muchová. Son auteur raconte :
« Les larmes coulaient sur les joues des deux joueuses. D’euphorie pour l’une, d’une immense tristesse pour l’autre. Karolína Muchová a consacré de nombreuses années d’efforts pour que son rêve professionnel se réalise, elle est revenue à plusieurs reprises à la compétition après des blessures et n’a jamais abandonné. Et voilà qu’elle se trouvait dans le rôle de la finaliste malheureuse sur le court central de Wimbledon. Et pourtant, elle aussi avait gagné. »
Le chroniqueur constate qu’après la défaite la plus amère de sa vie, Karolína Muchová a prononcé un discours que peu de politiciens tchèques seraient capables de tenir. « Elle a touché son rêve du doigt et c’est dans cet état d’esprit qu’elle s’est présentée devant le public et devant des millions de téléspectateurs à travers le monde. Puis, dans un anglais impeccable, elle a prononcé ce discours profondément émouvant », explique-t-il. Avant d’ajouter :
« La sensationnelle championne Linda Nosková, quant à elle, au lieu de se reposer dans un complexe hôtelier cinq étoiles, s’est envolée l’année dernière pour la Tanzanie afin d’aider, en tant que bénévole, des écoliers africains. Quel soulagement de voir cela à une époque de gestes creux. Une sportive de haut niveau au succès fulgurant a entrepris une démarche pour faire avancer le monde, ne serait-ce qu’un tout petit peu, vers le mieux. C’est là une source d’inspiration que l’on attend généralement d’autres personnalités que des joueuses de tennis. »






