Revue de presse : « Y viva España ! »

Donald Trump sur le podium aux côtés des Espagnols en liesse

La question de savoir si l’Institut de traduction et d’interprétation de la Faculté des lettres de l’Université Charles sera bientôt supprimé constitue le premier thème de cette nouvelle revue de la presse tchèque. Au sommaire également : la cohabitation extrêmement tendue entre le président de la République et le gouvernement, les Tchèques qui sont peu enclins à quitter leur pays ou encore la Coupe du monde de football et le modèle espagnol.

La direction de la Faculté des lettres de l’Université Charles envisage de supprimer son Institut de traduction et d’interprétation (de « translatologie », en tchèque). En l’espace de quelques jours, plus de 7 000 personnes ont signé une pétition dans laquelle enseignants et étudiants réclamaient l’annulation de cette décision qui a suscité une vive émotion et une vague de protestations non seulement parmi les traducteurs, les interprètes et dans de nombreux autres cercles directement concernés, mais aussi au sein de l’opinion publique (mercredi 22 juillet, suite à ces multiples réactions, la direction de la Faculté des lettres est finalement revenue sur cette décision et a annoncé la création d’un groupe de travail qui sera chargé de réfléchir à l’avenir de l’Institut, dont la suppression n’est donc plus envisagée, pour l’instant). Selon le quotidien Deník N, cette volonté met en évidence l’absurdité du système de fonctionnement et de financement des universités ; un système qui, dans le cas présent, pourait aboutir à la disparition d’une discipline de pointe, la traductologie, pourtant utile dans la vie de tous les jours :

Photo illustrative: Université Charles

« On pourrait penser que l’on a là affaire à un institut obscur dédié à la recherche sur l’histoire de la traduction et aux théories de traduction les plus diverses, élaborées par des universitaires qui traduisent, par exemple, du catalan. En réalité, il s’agit d’une institution de formation linguistique de premier plan où les étudiants apprennent tout à la fois à traduire, à interpréter et à rédiger un texte. Autant de compétences utiles et pratiques. Pourquoi donc un tel sabotage ? Pourquoi vouloir licencier des experts ou les disperser au sein des départements de philologie de la Faculté des lettres ? Au vu de l’état des affaires publiques, on ne peut s’empêcher de penser que les Tchèques ne savent décidément pas se gouverner. Et ce constat vaut également pour la politique dans le milieu universitaire. »

Parallèlement à ce point de vue, les commentaires en ligne révèlent néanmoins que nombreux sont aussi ceux à penser que, compte tenu de l’évolution et de l’accessibilité des traductions automatiques grâce à l’intelligence artificielle, cette discipline est devenue, ou tend à devenir, inutile. Une idée reçue, qu’il qualifie « d’impression profane », que le traducteur auteur du texte publié dans Deník N s’efforce de démonter :

« Les traductions ‘statistiquement probables’ générées par les grands modèles linguistiques semblent fluides, mais sous la surface, elles peuvent être inexactes, farfelues ou d’une pauvreté désespérante. Elles ne sont pas adaptées non plus à l’interprétation et encore moins à la traduction d’œuvres littéraires ou de poésie. En revanche, elles conviennent à la traduction de formulations stéréotypées, même si, même dans ce cas, une relecture par des professionnels des langues s’impose. Précisément le type de professionnels formés à l’Institut de la traduction et de l’interprétation. »

Comme l’indique encore Deník N, le décanat de la faculté justifie cette suppression envisagée par sa situation économique globalement délicate et  le déclin démographique attendu parmi les candidats à à des études supérieures.

Sur la scène politique tchèque, une cohabitation extrêmement tendue

« Une cohabitation extrême s’annonce », peut-on lire en titre sur le site Seznam Zprávy. Un commentaire dans lequel l’auteur revient, une fois encore, sur les relations de plus en dégradées entre le président de la République, Petr Pavel, et le chef de gouvernement, Andrej Babiš :

Petr Pavel et Andrej Babiš | Photo: Jakub Jirásek,  Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« La communication entre les deux hommes commence à ressembler à cette ‘cohabitation extrême’ dont le ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka, avait récemment menacé le président par SMS. Andrej Babiš, qui jusqu’à récemment encore, et ne serait-ce qu’en public, s’efforçait d’entretenir des relations courtoises avec le chef de l’État, s’en est pris verbalement à lui à plusieurs reprises ces derniers jours. Il l’a qualifié de ‘marionnette manipulée’ par ses conseillers et l’a accusé de ne se soucier que de sa réélection au Château de Prague. Petr Pavel a répliqué en affirmant qu’il n’était pas totalement sans armes face au gouvernement. »

La première occasion pour Petr Pavel de faire valoir son droit de veto s’est présentée avec la loi sur la responsabilité budgétaire. selon le président, son assouplissement entraînerait  une augmentation massive de la dette. Un éventuel veto présidentiel, comme l’indique encore Seznam Zprávy, plane également sur d’autres projets de loi que la coalition gouvernementale s’est engagée à adopter. Dès cette année, ce cas de figure pourrait concerner, par exemple, le texte visant à supprimer les redevances audiovisuelles et financer les médias de service public via le budget de l’État. « Le Premier ministre dépeint régulièrement le président comme le leader de l’opposition à son gouvernement. Et Petr Pavel réagit en prétendant qu’il s’agit, au contraire, d’une campagne de dénigrement menée par Andrej Babiš », peut-on encore lire dans le texte, et ce, même si son auteur souligne également que, « dans le même temps, les deux hommes affirment publiquement qu’ils souhaitent voir la situation s’apaiser et rétablir entre eux de bonnes relations. »

Les Tchèques, des Européens qui n’ont guère envie de quitter leur pays

Une étude de l’agence DataPulse démontre que les Tchèques comptent parmi les Européens qui quittent le moins leur pays pour partir vivre ou travailler ailleurs. « C’est une bonne nouvelle pour l’économie tchèque, qui conserve sa main-d’œuvre et en attire une autre de Slovaquie, d’Ukraine et d’autres pays, notamment d’Europe de l’Est », constate le site Info.cz, avant de préciser :

Source: No-longer-here!,  Pixabay,  Pixabay License

« En 2024, seuls 1 430 citoyens tchèques de souche ont officiellement quitté le pays. À l’échelle de 1 000 habitants, ce chiffre représente une perte de 0,13 habitant, soit le troisième ‘meilleur’ résultat de l’étude. Les Tchèques n’émigrent donc que dans une faible mesure et le pays parvient manifestement à retenir ses talents bien mieux que bon nombre d’autres pays plus riches en Europe. »

Toujours selon Info.cz, le problème lié aux ressortissans étrangers est que de nombreux parmi eux sont ceux qui possèdent un emploi dont le niveau de qualification est inférieur à leurs compétences réelles. Une réalité qui s’explique notamment par la complexité et la durée du processus de reconnaissance des diplômes. Seuls les Slovaques se trouvent dans une situation entièrement différente :

« Ils comptent une forte proportion de médecins, de spécialistes en informatique et d’autres experts titulaires d’un diplôme universitaire. Il s’agit pour beaucoup d’étudiants slovaques qui ont étudié dans les universités tchèques et qui sont ensuite restés travailler et vivre en Tchéquie. »

L’article indique également qu’outre le faible taux de chômage et les possibilités qui en découlent sur le marché du travail, les ressortissans étrangers sont majoritairement satisfaits de leurs conditions de vie dans leur pays d’accueil. À tout cela s’ajoutent la situation stratégique de la Tchéquie au cœur de l’Europe, son accessibilité par les transports ainsi que la proximité à la fois culturelle et linguistique. Ces atouts jouent un rôle important, en particulier aux yeux des travailleurs originaires de pays d’Europe centrale et orientale.

Coupe du monde : le foot de haut niveau confronté aux pressions politiques

L’hebdomadaire Respekt dresse un bilan de la Coupe du monde de football, qui s’est achevée le 19 juillet avec la victoire de l’Espagne aux dépens de l’Argentine en finale (1-0), pour constater que « outre différents records, le mythe selon lequel la politique et le sport fonctionnent séparément a sans doute été battu en brèche une bonne fois pour toutes » :

Donald Trump sur le podium aux côtés des Espagnols en liesse | Photo: Sathire Kelpa/M.i.S.,  ČTK/IMAGO sportfotodienst

« Après un appel téléphonique sans détour lors duquel Donald Trump a plaidé avec succès auprès du président de la FIFA, Gianni Infantino, pour que le carton rouge infligé à un attaquant américain soit annulé, le mythe d’un sport apolitique a pris un sacré coup. Il s’agit de l’incident le plus marquant parmi tant d’autres survenus lors du tournoi. Pour n’en citer qu’un seul autre, rappelons ce moment embarrassant où la FIFA s’est contentée d’observer en silence le renvoi d’un arbitre somalien depuis un aéroport américain vers son pays d’origine, en raison d’un attachement irrationnel aux strictes règles d’immigration imposées par Donald Trump. »

D’un autre côté, comme l’observe aussi Respekt, l’aspect sportif de cette Coupe du monde a largement effacé l’arrière-goût qu’ont laissé les interventions du président américain. Selon l’auteur, le tournoi a réuni les plus grandes stars du football au sommet de leur forme, a été le théâtre d’histoires exceptionnelles d’outsiders et a, une fois encore, attiré devant les écrans un public, hommes comme femmes, qui, habituellement, ne s’intéresse guère au football. « La Coupe du monde a ainsi montré une double face d’elle-même : la plus belle et la plus détestable. Elle a enchanté le monde sur le terrain avec un niveau de jeu élevé, mais ses responsables n’ont pas hésiter à céder à la pression politique pour réaliser les profits les plus importants possible », résume-t-il.

Le quotidien économique Hospodářské noviny replace, lui, ce grand événement sportif dans un contexte plus large : « Si les Espagnols ont aujourd’hui tant de succès, c’est aussi parce qu’ils font certaines choses différemment des autres en Europe. Et pas seulement en matière de football. » Selon le chroniqueur du journal, ce constat ressort plus particulièrement lorsqu’on observe l’évolution de la situation depuis la République tchèque, qui, à l’instar d’autres pays d’Europe centrale, connaît actuellement « une vague de nationalisme et de populisme égocentrique » :

« Compte tenu de la structure de son économie, la prospérité et la sécurité de la région devraient au contraire reposer sur une ouverture et une coopération aussi grandes que possible, comme le montrent justement les Espagnols, même s’ils se heurtent à des obstacles dans le reste de l’Europe en raison de l’idéologisation généralisée. Les Espagnols mènent tout simplement leur propre politique, qui semble s’écarter du courant dominant mais qui présente des atouts que la plupart des gouvernements européens ne peuvent qu’envier. Elle est source d’avantages concrets pour les Espagnols et n’affaiblit pas l’Europe en ces moments difficiles marqués par un tournant géopolitique mondial. La Coupe du monde de football ne fait que confirmer et souligner cette singularité espagnole. »