Nouveau rédacteur en chef de Respekt : fin de deux semaines d'incertitude ?

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C'est presque un rituel pour quelque 16 à 17 000 Tchèques : depuis 16 ans, leur semaine démarre avec l'hebdomadaire Respekt (en français « respect »), un des plus réputés dans le pays, parce que soucieux de l'indépendance, de la fiabilité de l'information et de la pensée critique. Considéré par beaucoup comme un oiseau rare dans la jungle médiatique tchèque, cet hebdomadaire en noir et blanc imprimé sur papier journal a annoncé, au début de l'année 2006, qu'il allait procéder à certains changements de son format. Rien de dramatique jusqu'au 21 septembre, quand l'ensemble de la rédaction a annoncé son départ en signe de révolte contre la conception du nouveau directeur pour la stratégie de Respekt, Milos Cermak.

Replaçons les faits dans leur contexte. Créé, sous un autre titre d'abord, dans la foulée de la Révolution de velours, en novembre 1989, Respekt a renoué avec deux anciennes revues samizdat. Durant ses seize ans d'existence, il s'est doté d'une rédaction érudite et d'un lectorat exigeant. « Ecrire pour Respect » est même devenu une question de prestige, un privilège des pointures du journalisme et de la vie publique. Respect se profile, dès le début, comme un journal d'investigation, axé sur les malaises du post-communisme ainsi qu'à l'actualité internationale, tout en étant agréable à lire, grâce à son style frais et captivant. Il est auréolé de nombreux prix journalistiques, met en rage, à plusieurs reprises, les milieux politiques et... devient déficitaire.

Au printemps 2006, son actionnaire majoritaire, l'actuel sénateur et défenseur des droits de l'homme à l'époque communiste, Karel Schwarzenberg, accepte la proposition du milliardaire Zdenek Bakala d'investir dans le journal. Ce dernier charge le journaliste Milos Cermak de modifier le format de Respekt, à l'instar des magazines en couleurs, sur papier couché brillant, réservé davantage à la publicité. La rédaction se mobilise : « Ce que nous considérons comme problématique, ce n'est pas le changement de la forme, mais du fond », s'est inquiété le rédacteur en chef Marek Svehla.

Le conflit au sein de la rédaction et l'avenir incertain de Respekt ne sont pas restés sans échos : « La crise de l'hebdomadaire Respekt est une des pires nouvelles annoncées dans l'univers des médias depuis la suppression de la rédaction pragoise de la BBC », titre Jan Sicha dans « Le Journal littéraire » Literarni noviny. L'écrivain et journaliste Pavel Kosatik a développé, dans l'édition de vendredi du quotidien HN, une réflexion globale sur la notion de « modernité » : « imposer des changements parce que 'vivre, signifie changer' » ne peut pas être, d'après lui, la devise d'un éditeur. Il a ajouté : « Un bon texte ne nous quitte pas aussi vite qu'une voiture usée ou un mobile. Parfois, il nous accompagne, souvent à notre insu, pendant toute la vie. L'ambition de Respekt était justement d'adresser de tels articles à des gens susceptibles de les percevoir. »

Néanmoins, une nouvelle prometteuse a été publiée, lundi, dans le nouveau numéro de Respekt : sa rédaction, son éditeur et son investisseurs ont trouvé un compromis en la personne du nouveau rédacteur en chef, Martin Simecka, qui dirigeait auparavant le quotidien slovaque SME.