Œuf décoré ou bière verte ? À Prague, se laisser fouetter les fesses sur les marchés de Pâques
Comme chaque année, les marchés de Pâques battent leur plein tout au long de cette semaine un peu partout en Tchéquie. Dans le centre historique de Prague, sur les grandes places de la capitale, entre deux spectacles de chant et de danse folkloriques, les étals remplis d’objets et de souvenirs traditionnels ou les cabanes en bois proposant des spécialités culinaires ravissent les touristes comme les locaux. Reportage.
Le printemps installé pour de bon, les traditionnels marchés de Pâques ont fait leur retour à Prague. Les deux plus importants se trouvent sur les places Venceslas et de la Vieille-Ville, d’autres plus petits sur les places de la République (náměstí Republiky), de la Paix (náměstí Míru) ou encore au château de Prague (Pražský hrad).
Ouverts jusqu’au 27 avril, les vendeurs, installés dans de belles cabanes en bois, étalent leurs produits plus ou moins traditionnels devant les yeux des touristes et des autochtones dans une atmosphère joyeuse, où les couleurs printanières des rubans se mêlent aux musiques traditionnelles. Souvenirs en tous genres, spectacles folkloriques, nourriture et boissons, tout est là pour célébrer gaiement le retour des beaux jours.
Parmi les nombreux objets et souvenirs proposés à la vente, il en est un, symbôle des fêtes pascales, que l’on retrouve absolument partout. Peints de différentes couleurs, taillés ou sculptés, voire même pour certains habillés de dentelle ou de tissu, les œufs décorés s’affichent comme la décoration phare de Pâques.
Nous avons rencontré Petr, qui tient un stand exclusivement dédié aux œufs sur la place de la Vieille-Ville. Il nous en dit plus sur les techniques de décoration et sur leur symbolique :
« Je vends des œufs que je décore moi-même. C’est ma production et celle de ma famille. Il existe de nombreuses techniques pour décorer les œufs de Pâques en Tchéquie, qui diffèrent selon les régions. La technique la plus traditionnelle est de peindre l’œuf avec de la cire. On peut également les décorer en utilisant la technique batik qui consiste à protéger la couleur obtenue à l’aide d’une couche de cire. Une fois les motifs peints à la main, on plonge l’œuf dans l’eau bouillante pour faire disparaître la cire, et ainsi laisser apparaître les couleurs. On peut aussi orner les œufs de paille et les gratter ou les sculpter avec un couteau. Traditionnellement, les œufs sont peints en rouge et noir, le rouge symbolisant la vie et le noir la mort, ce qui renvoie bien évidemment à la mort et à la résurrection du Christ célébrées à Pâques. »
Si ces œufs-là ne sont donc pas destinés aux ventres des gourmands, pas de panique toutefois pour ces derniers, puisque de nombreux stands proposent de quoi satisfaire tout éventuel petit creux ou envie gourmande.
Des spécialités salées typiques des pays tchèques ou voisins, des pâtisseries ou encore les incontournables bières, il y a ici indéniablement de quoi ravir tous les estomacs. Comme celui de Johanna, une étudiante allemande qui séjourne actuellement à Prague et qui savoure avec son amie belge Clémentine des « knedlíky » fourrés :
« Oui, nous sommes en train de manger des ‘dumplings’ qui sont vraiment très bons. Nous avons aussi bu une chope de bière verte, ce qui est super drôle car je n’en avais encore jamais bu. »
Une tradition séculaire remise au goût du jour
La bière verte (couleur obtenue le plus souvent grâce à l’ajout d’un colorant) est depuis quelques années une tradition associée au jeudi dit « vert » en tchèque, (« Zelený čtvrtek ») qui précède le Vendredi Saint.
Un peu plus loin sur la place de la Vieille-Ville, habillée en costume traditionnel, Martina tient un stand où s’amoncellent biscuits et pâtisseries. Elle nous présente ses produits :
« Je vends des pâtisseries traditionnelles de Moravie. Certaines d’entre elles sont typiques de Pâques mais d’autres, comme le ‘lopaťák’, sont également préparées le reste de l’année. Pour Pâques, je propose notamment des petits pains d’épices en forme de lapin ou de canard, des motifs traditionnels de Pâques. »
La tradition des marchés de Pâques en Tchéquie remonte au Moyen-Âge tardif. Ils étaient alors intrinsèquement liés aux fêtes religieuses. Tombés en disgrâce pendant la période communiste, où l’aspect religieux était banni et où seul subsistait la célébration du printemps, ils jouissent d’une popularité renouvelée depuis 1989.
Si les Tchèques sont fidèles à cette tradition ancienne, le concept séduit indéniablement également des touristes pourtant pas toujours au fait de l’existence de ces marchés avant leur voyage. C’est le cas de Clémentine qui les a découverts une fois en Tchéquie :
« Je n’avais jamais entendu parler des marchés de Pâques avant. Mais nous nous sommes renseignées, et nous avons trouvé intéressant le fait que ce soient des marchés de Pâques et pas de Noël. »
Cependant, comme pour ces derniers, ces marchés de Pâques souffrent de la surabondance de produits pas toujours artisanaux. Nombreux sont ceux qui font également de la revente de produits, comme Ilarion, qui ne s’en cache pas, sur la place Venceslas :
« Je vends des œufs de Pâques faits à la main ainsi que des mugs en métal et des lapins en paille. Nous achetons ces produits pour les revendre. »
« C’est nous qui fouetterions les garçons ! »
La ‘pomlázka’, autre grand symbole des traditions entourant les fêtes de Pâques en Tchéquie, est elle aussi un objet indissociable de ces marchés. Ce fouet fait de branches de saule tressées et décoré de rubans multicolores est utilisé lors de la journée du lundi. Et ce, lors d’un curieux rituel que nous rappelle cette vendeuse qui se réjouirait presque déjà à l’idée de se faire elle aussi fouetter le popotin par ses proches, amis, connaissances et autres voisins, dans quelques jours :
« La ‘pomlázka’ est un outil traditionnel utilisé à Pâques par les garçons et les hommes pour frapper plus ou moins doucement les jeunes filles et les femmes sur les fesses tout en récitant un petit poème traditionnel ou en chantant. En retour, ils reçoivent un œuf peint ou décoré, quelques friandises pour les enfants ou un petit verre d'alcool pour les adultes. »
Une tradition surprenante censée garantir santé et fertilité aux filles fouettées, mais qui ne manque pas de faire réagir certains touristes de passage, à l’instar de Maude, Chantal, Françoise et Caroline, un groupe de Françaises venues passer quelques jours à Prague. Toutes s’étonnent de la présence de ces fouets parmi les objets vendus sur les marchés :
« Des œufs, des peluches, des fouets ! Des fouets avec des rubans ! On nous a dit que c’était pour que les garçons puissent fouetter les filles, c’est tout ce que l’on sait. On leur a dit qu’avec nous, ce serait le contraire... Comme nous sommes entre filles, c’est nous qui fouetterions les garçons ! »
Attention, donc, quand vous promenerez au milieu des étals des marchés de Pâques en Tchéquie, de jeunes garçons, et peut-être même quelques touristes taquines, pourraient bien vous y attendre, fouet traditionnel à la main !













