Oiseau de l’année en Tchéquie, le grèbe à cou noir est menacé par l’élevage de la carpe

Le grèbe à cou noir, photo: Marek Szczepanek, CC BY-SA 3.0 Unported

Le grèbe à cou noir sera l’oiseau de l’année 2015 en République tchèque. Le choix a été annoncé par la Société ornithologique tchèque (ČSO) ce lundi 2 février, à l’occasion de la journée mondiale des zones humides. Après les cigognes blanche et noire en 2014, l’hirondelle de rivage en 2013 ou encore le grand tétras en 2012, le grèbe à cou noir, petit oiseau aquatique au plumage remarquable, est une autre espèce menacée en République tchèque, notamment en raison de l’élevage intensif de la carpe dans de nombreux étangs du pays. Radio Prague a demandé à François Turrian, vice-directeur de l’Association suisse pour la protection des oiseaux, membre comme la ČSO de l’ONG internationale BirdLife, de nous en dire plus sur cet « oiseau tchèque de l’année » :

Le grèbe à cou noir,  photo: Marek Szczepanek,  CC BY-SA 3.0 Unported
« Les grèbes, contrairement à ce que l’on peut penser, ne sont pas des canards. Une des différences importantes est qu’ils portent leurs petits sur le dos, alors que les canetons suivent leur mère. Là, chez les grèbes, les petits se dissimulent dans les plumes de la mère. C’est une famille d’oiseaux plongeurs et il en existe quatre espèces différentes en Europe. Le grèbe à cou noir est un oiseau qui a besoin de plans d’eau relativement propres avec une riche végétation aquatique. Ce qui est particulier aussi chez les grèbes, c’est qu’ils font des nids flottants, c’est-à-dire amarrés à la végétation aquatique. Ce sont des oiseaux qui se nourrissent surtout d’insectes aquatiques, de larves d’insectes, de petits mollusques, de têtards ou encore de petits poissons. »

Mais pour satisfaire ce régime alimentaire, le grèbe à cou noir a donc besoin d’une eau claire. Or, la pisciculture d’étang, et notamment l’élevage intensif de carpes en République tchèque, nuit à celle-ci. Et c’est précisément pour cette raison que la ČSO a choisi le grèbe pour 2015. L’espèce a pratiquement disparu de Bohême et de Moravie alors que ses populations étaient relativement nombreuses il y a quelques années encore de cela. En 2014, les ornithologues tchèques n’ont ainsi trouvé trace que d’une cinquantaine de nids de grèbes à cou noir. François Turrian confirme cette explication :

François Turrian,  photo: CanalAlpha
« Le grèbe a besoin effectivement d’une riche faune aquatique et donc d’une grande diversité de petits animaux vivant dans l’eau qui ont cependant besoin que celle-ci soit d’une certaine qualité. C’est dans un étang naturel ou semi-naturel que le grèbe va pouvoir trouver sa nourriture. Donc, si son environnement est pollué, que ce soit par les engrais ou par la nourriture que l’on donne à des poissons d’élevage, la qualité de l’eau va être troublée et ne vas pas permettre le développement de toute cette faune aquatique qui sert de nourriture au grèbe à cou noir. Dès lors, on peut penser que ce sont ces raisons qui conduisent à la diminution des populations en Tchéquie, en sachant que le grèbe à cou noir se porte encore bien dans les autres pays d’Europe centrale. »

Bien conscients de l’évolution problématique de la situation, les ornithologues tchèques vont organiser d’ici à la fin de l’année diverses opérations de sensibilisation du public pour appeler à la prise de mesures concrètes pour sa protection. Le vice-président de l’antenne suisse de BirdLife précise quel type de mesures pourraient être adoptées :

Le grèbe à cou noir
« Le grèbe a souffert aussi de l’assèchement des zones humides. C’est un oiseau qui dépend d’étangs et de rives de lacs relativement limpides. Nos partenaires en Tchéquie sont très conscients de la chose et il faut tout mettre en œuvre pour préserver les dernières zones humides qui existent. Il faut essayer aussi de concilier les élevages de la carpe avec la création de plans d’eau qui seraient gérés de manière un peu moins intensive de façon à permettre au grèbe à cou noir, mais aussi à d’autres espèces des milieux humides, de pouvoir survivre. »

En Suisse pour cette année, c’est un oiseau plus familier en raison de sa proximité avec l'homme qui a été choisi : le moineau domestique. Une espèce certes plus adaptable que le grèbe à cou noir, mais dont l’important déclin des populations observé ces dernières années est aussi, comme le note l’ASPO sur son site Internet, un bon indicateur de notre façon de traiter notre proche environnement.