OTAN - Dépenses de défense : un nouveau responsable en Tchéquie pour atteindre les 2 % du PIB

Jakub Landovský

Alors qu’il lui est souvent reproché ces derniers temps de consacrer une part insuffisante de son budget aux dépenses de défense, le gouvernement a nommé, lundi, un nouveau délégué qui sera chargé de veiller précisément au respect des engagements de la République tchèque vis-à-vis de l’OTAN. Avec pour première mission de jongler avec les chiffres pour faire en sorte que l’objectif des 2 % du PIB soit atteint.

Après la visite du secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, Mark Rutte, à Prague en avril dernier, Andrej Babiš l’avait reconnu : cette année, la République tchèque consacrera bien moins de 2 % de son produit intérieur brut aux dépenses de défense. Selon une évaluation faite par les responsables de l’OTAN, il ne s’agira même que d’une part de 1,78 %.

Mais comme dernièrement encore à Erevan lors de sa participation au sommet de la Communauté Politique Européenne, un sommet en marge duquel il avait rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Premier ministre, bien qu’il considère que l’organisation politico-militaire dispose de données différentes de celles de son cabinet, l’a aussi promis : il fera désormais tout son possible pour parvenir à ces fameux 2 %. Un défi qu’Andrej Babiš a même qualifié de « nouvelle priorité clé » pour son gouvernement.

Deux semaines plus tard, c’est dans ce contexte qu’est intervenue la nomination de Jakub Landovský. Ancien ministre-adjoint de la Défense (2015-2019) et ancien ambassadeur tchèque auprès de l’OTAN (2019-2024), cet avocat et politologue de formation, qui occupait les fonctions de directeur exécutif de l’antenne centre-européenne de l’Institut Aspen il y a quelques mois encore,  a été chargé de la coordination et de la supervision du respect des engagements de la République tchèque envers l’OTAN. Et donc, notamment, dans les domaines de la défense et de la sécurité :

« Je serai certainement en mesure, au nom de la Republique tchèque, de fournir des informations précises sur les dépenses pouvant être reconnues ou non comme des dépenses de défense. Je suis absolument certain que la République tchèque atteindra ces 2 % et il s’agira alors d’une première historique, car le gouvernement précédent, bien qu’il prétende le contraire, n’y est pas parvenu. Pour l’instant, je ne peux pas vous donner de date précise, car je ne sais pas quel sera le PIB et je ne sais pas non plus tout ce qui sera pris en compte dans ce calcul (de la part). »

Fin avril, Andrej Babiš a déclaré que le gouvernement précédent dirigé par le conservateur Petr Fiala n’avait lui non plus pas respecté cet engagement des 2 % l’année dernière, l’OTAN ayant reconnu des dépenses de défense ne s’élevant qu’à 1,85 % du PIB. Une déclaration à laquelle Petr Fiala et l’ancienne ministre de la Défense, Jana Černochová, ont réagi en accusant Andrej Babiš de mentir, la République tchèque ayant selon eux consacré 2,01 % de son PIB à la défense en 2025.

Pour 2026, le ministère de la Défense dispose d’un budget de  près de 155 milliards de couronnes (environ 6,3 millards d’euros). Et selon les prévisions faites par le gouvernement et la loi des finances, ce sont au total près de 185 milliards (7,5 milliards d’euros) qui seront consacrés aux dépenses de défense.

Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

Selon les experts, quelque 20 milliards de couronnes (près de 820 millions d’euros) manqueraient donc encore pour que la République tchèque puisse atteindre cet objectif des 2 % du PIB et, ainsi, considérer qu’elle est dans les clous, ne serait-ce que pour cette année. C’est donc précisément cette mission qui a été confiée à Jakub Landovský :

« Il s’agit d’une mission déterminée par deux chiffres. Il y a d’abord le montant des dépenses de défense directes du ministère de la Défense qui, si l’on s’en tient aux dernières déclarations du Premier ministre, et comme c’est d'ailleurs l’usage au sein de l’Alliance, devraient se situer quelque part au-dessus de 2 % du PIB. Bien sûr, nous ne savons pas quel sera le chiffre exact, mais la part devrait se situer dans cette fourchette, et d’ici à 2035, soit donc dans dix ans, elle devrait atteindre 3,5 % du PIB, conformèment à ce qui a été défini. »

« À cela s’ajoutent les dépenses liées à la résilience de la République tchèque et à sa sécurité. Celles-ci ne sont pas directement liées à la défense, et c’est la raison pour laquelle la création de cette fonction de délégué est logique, car ces autres dépenses sont réparties entre les différents ministères. Cela va de la santé aux transports en passant par le ministère de l’Intérieur ou le ministère de l’Agriculture. Il convient donc de travailler de manière transversale et d’impliquer les différents ministères dans cette activité, car la défense n’est pas seulement l’affaire du ministère de la Défense, mais de l’ensemble du gouvernement et toute la République tchèque. »

Pour rappel, après s’être engagés, lors d’un sommet au pays de Galles en 2014, après l’annexion de la Crimée par la Russie, à stopper la baisse de leurs budgets de défense et à « chercher à se rapprocher, dans les dix années à venir, des 2 % du PIB » dans une volonté de contribuer à l’effort de défense commun, les pays alliés au sein de l’Alliance ont convenu, en 2025 à La Haye, d’un nouvel objectif consistant à porter les dépenses totales de défense et de sécurité à 5 % du PIB d’ici dix ans, dont 3,5 % consacrés exclusivement à l’armement. Si elle n’est certainement pas la seule dans ce cas, la République tchèque, pour l’heure, n’en reste donc pas moins très loin du compte.