OTAN : l’armée tchèque est en crise

Anders Fogh Rasmussen, photo: ČTK

Le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a effectué une visite à Prague ce jeudi. La crise ukrainienne et les missions de l’Alliance atlantique dans le monde ont été les deux principaux thèmes abordés avec le Premier ministre, Bohuslav Sobotka, et le président de la République, Miloš Zeman.

Anders Fogh Rasmussen, photo: ČTK
Le chef de l’OTAN a tout d’abord évoqué l’état déplorable de l’armée tchèque. Anders Fogh Rasmussen a informé les représentants tchèques que des investissements plus importants dans le domaine de la défense sont nécessaires afin que l’armée tchèque puisse être modernisée et qu’elle continue de contribuer aux différentes missions de l’OTAN, notamment en cas de guerre. Anders Fogh Rasmussen :

« On considère la République tchèque comme un fort allié. Et malgré un budget très restreint, la République tchèque s’est engagée aux côtés de nos missions en Afghanistan ainsi qu’au Kosovo. La République tchèque participe donc activement à de nombreuses opérations internationales de défense. Nous apprécions la contribution tchèque à l’égard de l’OTAN. Mais j’ai néanmoins exprimé certaines préoccupations aujourd’hui. Vis-à-vis d’un proche avenir, la République tchèque dépense trop peu dans les investissements liés à la modernisation des capacités militaires. »

Le ministre de la Défense, Martin Stropnický, a fait savoir qu’il s’agit là de la pire évaluation de l’armée tchèque depuis les cinq dernières années. Les investissements à l’égard de l’armée ont baissé d’un quart depuis 2007, passant de 55 milliards de couronnes (environ 2 milliards d’euros) à 42 milliards de couronnes (près d’1,5 milliard d’euros). Le nombre de militaires ne semble pas satisfaisant, lui non plus, dans la mesure où l’armée dispose uniquement de 20 000 soldats, au lieu des 22 000 souhaités. S’il est recommandé par l’OTAN de consacrer 20% du budget national à l’armée, actuellement la République tchèque n’y consacre que 10%. A ce sujet, l’ancien chef d’état-major, Jiří Šedivý, a précisé :

Jiří Šedivý, photo: Site officiel de l’armée tchèque
« Il ne s’agit malheureusement pas du premier avertissement. Cela se répète pratiquement chaque année, et malheureusement chaque année la République tchèque diminue le budget accordé à la Défense. Je crois qu’il s’agit là d’un grave problème et quelqu’un devrait enfin s’en occuper. Après tout la situation en Ukraine montre qu’il est nécessaire de se consacrer aux forces armées. Dans le cas contraire, nous allons vraiment être le pire membre de l’alliance atlantique. »

L’armée tchèque nécessite un renouvellement plus prononcé de ses équipements militaires, dans la mesure où certains programmes de modernisation, qui avaient été lancés par le passé, n’ont pas tous abouti. L’ancien chef d’état-major, Jiří Šedivý, a précisé sur ce point que certains soldats tchèques ne disposaient que de casques en acier, et non pas de casque métalliques. Dans ce sens, Jiří Šedivý a tenté d’attirer l’attention sur la problématique :

« Il n’est pas possible d’un côté, de raconter sans arrêt, dans quel Etat sûr et certain nous nous trouvons, après avoir adhéré à l’OTAN, et de l’autre côté de nous comporter comme des opportunistes. Je crois que cela montre tout simplement la grande disproportion qui existe entre ce qui est dit et ce qui est réellement évoqué. »

A propos de la crise en Ukraine, le chef de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a également fait savoir ce jeudi à Prague :

Des soldats russes en crimée, photo: ČTK
« Je ne prévois pas le déploiement des troupes de l’OTAN sur le territoire ukrainien. Mais bien évidemment, le renforcement de la coopération avec l’Ukraine, de surcroît le renforcement de la coopération dans le domaine militaire, fait partie de notre réponse à cette crise. Dans le cadre d’une commission spéciale OTAN-Ukraine, nous bénéficions d’une coopération spéciale avec l’Ukraine. Nous voulons ainsi renforcer notre collaboration d’une manière pratique, et ce spécialement lorsqu’il est question de développement des capacités militaires, des réformes de la Défense. Nous essayons donc de consolider notre coopération avec l’Ukraine. »

Le message du secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a donc été clair : les représentants politiques ne doivent pas négliger le budget de la Défense, dans la mesure où la sécurité ne peut être considérée comme « chose acquise ».